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LES RUSSES DANS LA COALITION

événements, plus ils brûlaient de sevenf^er; quand un parti a eu de grandes craintes, il a toujours de grandes vengeances; les whigs juraient une guerre d'extermination à la France. Aussi la Hollande, plus paciûque, trouvait d'activés difficultés pour amener rAijgleterre aux conférences de Breda, depuis surtout que, par un traité de subsides, l'Angleterre avait engagé 50,000 Russes sous son drapeau.

L'existence de ce traité, signé à Saint-Pétersbourg , ne faisait plus de doute ; les Russes s'avançaient déjà vers la Pologne; 20,000 devaient débarquer à Hambourg; les dépèches de M. de Castera à M. d'Argenson et à M. de Puysieux signalent celle attitude nouvelle de In Russie. Placé à Varsovie . au centre des nouvelles , le chargé d'affaires de France ne dissimulait pas que les Russes s'avançaient à marelles forcées, et l'Angleterre les attendait en ligne comme un secours essentiel dans la lulle. La reine de Hongrie, la grande Marie-Thérèse, avait aussi ses griefs profonds contre la France , qui avait favorisé et secouru Pempereur Charles-Albert de Bavière , au mépris de la pragmatique sanction. Marie-Thérèse ne pardonnait pas ce qu'elle appelait la déloyauté du cabinet de Versailles, qui avait me-

oaverlure ; JU ^rcssiireiit l'Angleterre de s'y rendre, et le comte de Sindwick écrlvil (13 septembre IT4T) nu marquis de Puysicui, pour lui propoKr de recommencer k Ait-k-ChapelIe Ici coalcrenccs pour la paix ; sa proposilioii fut acceptée. i>

connu 6es promesses i Cliarles VI, son p donc répugnance d'envoyer un pléni Breda. Depuis leurs récents succès eu Italie, les impériaux avaient l'espérance de revenir sur le Rliiu; Marie- Thércsc ne désirait donc pas la paix immédiate ; la guerre était dans sa volonté comme dans ses desseins d'avenir.

En présence de ces vives répugnances, le cabinet de La Haye dut se prononcer nettement j IcsLtats-Géuéraux déclarèrent que s'ils ne trouvaient pas clicï leurs alliés un désir de paix avec des conditions justes, ils se sépareraient d'eux pour signer un traité avec la France et conclure même, au besoin, uoe alliance offensive et défensive. Cette déclaration insjtiice par M. Dulheil était très importante ; si l'on parvenait à faire prononcer la Uollande en faveur de la France, l'armée royale de Flandre devenait disponible, et en la portant sur le Rhin ou en Italie un ferait repentir l'AulricIie de sa présomption. A mesure que le Uiéûtre des hostilités se rapprochait de In Hollande, son opinion pour ta paix devenait plus dessinée; Breda, tombé déjà au pouvoir des Français, ne pouvait rester le lieu des conférences'; l'Escaut n'était plus une barrière suffisante pour préserver te

' MM. DutUeil et de Macunas, plénipoti pngne, déclarèrent aui ministres dus au proximité des années ne pcrmetUiil pas de coulinuer les conffreucei

du France eld'

puiasanccs : n Qi

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FIXATiOH D'DM CÛMGBÈ8. (1718). 375

IIollandG. Les Êtats-Géiiérauidevlnrentalors exigeants, impéraliftj; ils forcèrent leurs alliés à consentir, sous peine d'un abandon , à un congrus pour la paix générale , dans lequel paraîtraienl l'Angleterre, la reine de Hongrie, le roi d'Iispagne, le roi de Sardaigne et môme le roi de Prusse; la guerre commençait à devenir une charge pour tous, et la tlollande ne voulut {MIS en supporter exclusivement le poids. L'idée d'un congrès à Breda fut abandonnée, et l'on dut chercher une ville paisible pour délibérer à l'abri des batailles. C'était généralement dans tes cités calmes et paciûqucs du Rhin que s'étaient réunis presque tous les grands congrès diplomatiques; ces cités n'appartenaient a aucune grande puissance, et il était facile d'y mettre une garde mixte et d'honneur. On voulut choisir Trêves, la cité carlovingicnne, ensuite Cologne, au centre de la Flandre et de l'Allemagne; on préféra Aix-la-Chapelle, célèbre déjà dans les fastes diplomatiques. A Vienne , lors du dernier traité, tout avait été splendide sous les yeux de la cour d'Autriche; à Aix-la-Chapelle, ce furcntd'abord des conférences d'intimité dans une sorte de partie de bain; on put se rencontrer comme par hasard , les pléni- |iolentiaires durentarriver avec des instructions et des jwuvoirs de leur courdont ils devaient faire un usage

An Brctla cl (|ue leurs mailrcs conaenli raient qu'il tùt assemblé u rongris ï Trêves, k Colog;ne ou & A ti»la- Chapelle. »

discret. La France accepta Aix-Ia-CIiapclle, citépresque aussitôt neutralisée par un protocole préliminaire.

Il y eut bien des longueurs avant la réunion du congrès; la règle en diplomatie qu'il nn faut jamais trop se presser fut observée dans toutes ses conséquences. Le plénipotentiaire qui arriva lo premier h A ix-ta -Chapelle fut lord Sandwick, esprit froid, méthodique, impérieux dans ses exigences. On tint d'abord des conférences privées entre les pléaipoteotiaires hollandais , français et anglais, et le point sur lequel on discuta parut si important, qu'il dut être l'objet d'un débat préliminaire avant même l'ouverture du congrès. Le parti whig , vivement irrité contre le cabinet de Versailles , exigea avant toute espèce de traité : o que le roi de France prit une mesure pour eitpulser le prétendant Charles- Edouard , dont la tête était mise à prix à Londres; on n'imposait pas de le livrera la justice anglaise, c'eut été par trop lâche; mais comme sa présence eu France était Tobjet de menaces incessantes pour l' Angleterre ', il fallait le placer dans un lieu où il serait plus facile de le surveiller et de le contenir; Rome et l'Italie devaient être la prison d'état du iils de Jacques 111. * L'Angleterre insista tellement sur ce point, qu'elle

' 1 Charles-ËdDuard, après avoir lutté pendant plus d'un an cw- Iri! sa mauvaise destinée, Était repassé en France. La balaille île CuUodcn (IG avril 1716) qu'il avait perdue eu Ecosse contre le duc

coi«os^.s d'aix-la-chapellr. (1748).

déclara : « que la guerre serait élernellc si la Fronce ne consentail |ileiiipmeiit fi cette condilinn. » La Uollonrfe se joignit aux wliigs parce qu'elle était prononcée contre les Stuarts, et depuis la révolution de JG8S elle ne se sépara jamais de l'Angleterre dans les intérêts dynastiques de la maison d'Orange.

Cette hauteur qui semblait caractériser le ministre anglais dès sa première entrevue venait de ce que l'Angleterre était parfaitement informée de la situation épuisée où se trouvait la France ; les conquêtes (le Louis XV ne pouvaient faire illusion qu'à un petit nombre d'esprits superficiels ; on n'ignorait l>as la difficulté de l'impôt et des emprunts , l'épuisement des provinces, l'état d'irritation des esprits. L'Angleterre avait ses agents dans toute la France; les débris du parti protestant l'informaient de tout avec exactitude; elle était parvenue à se procurer aux affaires étrangères copie des instructions de Louis XV et de ses uUimatum de paix ou de guerre ; elle avait vu que pour éviter la continuation et le développement des hostilités meurtrières et déplorables pour ITui-ope , la cour de Versailles était dis[)nsée à faire les concessions les plus larges. Partant de ces données, tord Sandwlck insista d'abord sur l'exil jiréalablc du

de Ciimberland l'avait ri^ituît nu [rislc rAle de fii|;iti[ et de proscrit, x

On peut consulter ïflistoire vérilable, contenant »n récit trii

eireonsl^ncié de ce qui e*t arrivé de phti secrrl el de plui re-

prétendant Chu ri es -Edouard et sur le priocipe à restitution absolue de toutes les conquêtes faites la France, afin de tout recoitstituei' sur l'ancien pied. D'autres questions furent encore immédiatement discutées, toujours entre les plénipotentiaires de h Hollande, de la France et de l'Aiiglelerre, dans des conférences àpart. llrésultaitde stipulations connues sous le nom de Traité des BaTriéres le droit pour h Bollande de tenir garnison dans les places frontières de la Bel}^ique, depuis Ostende jusqu'à Mons. Cette mesure de précautions avait deux objets : garantirles Pays-Bas d'une invasion française, puis donner à lu neutralité de la Hollandeun caractère toujoursarmé: la France ne serait-elle pas arrêtée souvent dans sa pensée de conquérir les Pays-lîas, en voyant qu'il faudrait passer sur tes garnisons hollandaises au pavillon neutre, car toute l'Europe ménageaitia Uollaudc? Comme elle avait abandonné son caractère de neutralité dans la guerre actuelle, ses places étaient tombées au pouvoir de Louis XV ; la France offrait de les restituer, mais la Hollande ne se souciait plus précisément d'entretenir des garnisons coûteuses sur des points aussi rapprochés des frontières françaises, Dans les conférences premières d'Aix-la-Chapelle, on convint que le traité des Barrières seraitannulé; les Pays-Bas

marguable auprinee Charles-Edouard Stuart, davg le nord de VÈcome, depuù la bataille de Cultoden (uvril iT^O) jusqu'à»

f89*TÈ^-LA-CHAPELLE. (1748).

n'auraient plus de garnisons hollandaises ; mais , on écbango, \a Frnnee donnerait des garanties de son respect de celte neutralité.

Dana toutes les guerres , la France ne commençaitelle pns d'abord par envahir la Belgique? Dunkcrque était lit point offensif , la porte toujours ouverte d'une double campagne aux Pays-Bas, position menaçante pour Ostende et Anvers et pour TÂngleterre ellemôme. Rien n'était plus simple que d'admettre le principe suivant : « ^'' L'Angleterre et la Hollande consentent à retirer les troupes des places frontières belges, à la condition que la France s'engagerait à démolir la partie offensive des fortifications de Dunkerque, afin de donner sécurité h la Hollande et h l'Angleterre ; 2° le prétendant Charles-Edouard serait obligé de sortir de France; on lui désignerai! un lieu de résidence en Italie. » Il arrive souvent dans les traités qu'on stipule que certaines fortiGcations seront démolies et rasées comme garanlîede paix, en même temps qu'on exige la construction d'autres forteresses comme sécurité européenne , et ceci n'a rien de liontcus, La France, dans la campagne de Flandre, avait usé largement de ce droit; à mesure qu'elle prenait une ville, elle rasait la citadelle, et dès lors Hta Dcutralité armée de lu Hollande ne garantissait )itus

moii de teplembre de la même année; traduite de I' lucntëc de remarques liislotiquea. Lille, 1740, in- 12.

nglau et aug-

la Belgique; on voulait faire de Dunkcrque un port lie coniQierce , et non plus une pince de guerre offensive. Et quant à Tesil du prince Edouard, il est mallieureusement des sacrifices en diplomatie qu'un gouvernement peut exiger comme condition de la paix; il peutdésirer et imposer même que certains hommes qui troublent la sccuritégcnérale soient placés dans une position telle qu'ils ne puissent plus nuire: la noblesse des sentiments, ta générosité des idées, la turbulence du patriotisme importunent souvent dans la mai sérieuse des affuires.

Lord Sandwick eut ensuite à traiter une questi( nonmoinsgrave avec les plénipotentiaires de la France; les wliigs , BOUS le ministère Walpoole , avaient exigé qu'en échange de l'intluence de la France sur le continent , le cabinet de Versailles ne pût grandir sa marine, h ce point de menacer l'Angleterre ; lord Sandwick i-a]]pelait les clauses de la convention secrète de •1726. Mais il trouva une résistance ferme dans M. Dutbeil ; selon le plénipotentiaire français : « les clauses se trouvaient annulées parleschangements survenus dans la politique continentale ; pendant la guerre actuelle, le gouvernement britannique avait tellement grandi ses flottes , qu'il ne pouvait désormais exiger l'inlériorilé d'aucune autre marine ; l'Angleterre entretenait 1 09 vaisseaux de ligne en mer, elle avait tenté de s'emparer des colonies; la France, supérieure sur le continent, ne pouvait exciter aucune crainte par le dé-

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NEGOCIATIONS 'd'ÂÏXLA-CHAPELLK. (1748). 281

jiloieinent de sa flolle ; elle avait un liers en moias de vaisseaux; la forcer à une diminution de marine, c'étaill'liumilier; il lui fallaitd'incessanls efforts pour la développer; puisque le roi se montrait magnanime en abandonnant ses conquêtes, pourquoi l'Angleterre inanifesterait-elledes craintes pour la pais générale?» A ces motifs , le plénipotentiaire hollandais ajouta : n que la garantie de Dunkerque était sufûsante, et qu'il fallait laisser la France maîtresse de sa marine, eu se conCant à sa modération. » Ainsi, modiilcalion du traité des Barrières, Dunkerque port commercial, l'esildu prince Edouard, et liberté dans le développement des Hottes, telles furent les premières conditions arrêtées entre les plénipotentiaires.

Bientôt le congrès s'agrandit par l'arrivée des ministres de la Hongrie, du roi de Prusse et du roi de Sardaigne, qui venaient tous prendre une part active aux négociations. La reine de Hongrie envoyait là M. de Kaunitz ' , habitué aux grandes transactions européennes, ministre h vues fort étendues ctconciliantes, et qui a formé la véritable école diplomatique en Autriche. Ses instructions portaient avant tout la reconnaissance de la reine Marie-Thérèse et de son mari de Lorraine aux titres impériaux. Les intérêts prussiens étaient tellement définis, si bien arrêtés d'avance par les stipulations de Dresde, qu'il ne devait pas y

ft Vencctslns, prince de Kïtiiiilz-Rivlber!;, ni! eu 17 ID, (ul d'abord

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d'autre but. Eiiliii , quaut à la Sai-daigne, un cliangemcnt de politique élait à la veille de s'upérer dans cette cour; naguère clic s'était déclarée contre l.i France, de concert avec les Autrichiens; maintenant elle s'était tournée vers le cabinet de Versailles, pour signer un traité d'alliance offensive et défensive. Enfin , l'Espagne, qui avait envoyé M. de Macanas, ne lui avait donné qu'une seule instruction : <> S'entendre cl marcher de concert avec le plénipotentiaire français dsns la discussion de tous les intérêts diplomatiques. > L'Espagne n'avait qu'à gagner à rinlimilé la plus vive, la plus sincère avec la France.

Celte adhésion intime de la plupart des cabinets secondaires à la politique de la cour de Versailles venait de la déclaration désintéressée do Louis XV, en ouvrant les conférences d'Aix-la-Chapelle, à savoir : « Qu'il était décidé à faire toutes les concessions possibles, pourvu que le sort des alliés de la France fût largement décidé. » Le plénipotentiaire français avait développé avec beaucoup d'art, dans un mémoire de cabinet, l'importance de sincères alliés : « Dans ud étal bien constitué , la force ne résulte pas toujours, disait-il , d'une armée permanente, de conquêtes et de

destiné à l'éial ecclésiustique ; la mort de son (rëre iiiné lui tit chuiiger de vocation, et il deviot cliambclInD de l'empereur Chnries VI ;

HÉCOCtATIOrîS D'AIX LA CHAPELLE. ;i746). 283

victoires; il y a souvent bien de la puissance dans une ceinture d'alliés qui s'unissent à vous dans toutes les questions européennes, et pour cela que faut-il faire? donner à ces mêmes alliés la preuve qu'on ne tes abandonnera en aucun cas, et qu'on sera pour eux des amis sincères et des protecteurs naturels; la France devait s'apercevoir que son alliance avec r£spa{i[ne lu rendait invincible; la maison de Bourbon formait en Europe un contre-poids â toutes les coalitions ; les trois cabinets de Paris, de Madrid et de Naples pouvaient rester maîtres de la Méditerranée ; il fallait donner à la brancbe des Uourbons espagnols des preuves de sincérité telles, qu'en aucun cas elle n'eût désir de se séparer, n

En conséquence de ce mémoire, il fut donné ordre è M. Dutheil de défendre spécialement les intérêts de lafamilleespagnole; le royaume des Deus-Siciles avait été reconnu par TAngleterre et l'impératrice de Hongrie, dans le traité de Vienne; la France obtint que l'Europe reconnaîtrait aussi la souveraineté de Parme et de Plaisance pour un des cadets de la muisoo de iiourbun, puis JModène également était destiné à uit membre de cette maison. De sorte que le cabinet de Versailles, en paraissant très désintéressé, se créait une puissance très grande, une prépondérance remarqua-

il entra de bonne beure dans la carrière diptoma tique, et s'ncquitta de plusieurs missions d'une manière remarqua blc.

hie; il y avait donc desBourboiisen France, enEspagi à Parme, à Modène, et il ne faut pas croire que ce fut R une politique cgoïstede famille, c'était Taccomplissement delà pensée de Louis XIV, l'agrandissement de la France contre le système anglais; on se donnait d'immenses C(Mes et des forces navales capables de lutter contre la Grande-Bretagne sur l'Océan et la Méditerranée.

Le désir d'assurer ainsi un vaste système d'alliance opéra également un cliangenient de front dons la politique allemande; la maison de Saxe avait été constamment liostlle aux intérêts français en Allemagne; depuis que les droits d'un électeur de Saxe avaient prévalu sur les efforts de Stanislas, pour la royautâ de Pologne et dans les récentes guerres, les Saxons avaient marché de concert avec la confédération allemande. Mais tout à coup le cabinet de Versailles s'aperçoit que de nouveaux intérêts sont nés pour la Saxe ; cette puissance qui craint la Prusse a peur d'être absorbée par elle , il lui faut un protecteur, et ce moment décisif la Franre le choisit pour lui proposer une alliance de famille. M. le dauphin est veuf, l'infante est morte en couches, il ne faut pas que la France reste sans héritier; la Bavière a quitte nos drapeaux, l'Autriche vient de l'absorber; puisque la Saxe a besoin d'une protection , la France lui offre appui ; elle nous laisse par ce moyen un pied dsDs les affaires d'Allemagne, et nous nous plaçons au centre ,

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