‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 86 sur 114 · NÉGOCIATIONS D'AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS D'AIX-LA-CHAPELLE

entro la Prusse et l'Aulricbe. Paris salue une dauphine saxonne , douce et bonne princesse allemande , qui vient aimer et accroître la noble famille des Bourbons et lui créer une puissance nouvelle dans la confédération germanique. En Sardaigne , d'autres négociations aboutissent à un résultat d'intimité; un peu plus tard les alliances de famille viendront; ce qu'on a fait pour la Saxe, on l'accomplira pour la maison de Savoie. En attendant ces stipulations do mariage , le cabinet de Versailles prend le roi de Sardaigne par ses propres intcrèls : <■ sur quel point peut-il s'agrandir? C'est toujours dans le Milanais, au pouvoir de la maison d'Autricbe; son alliance militaire avec elle est donc entièrement contraire h ses véritables intérêts; on offrait donc à la maison de Savoie de la soutenir en ses prétentions comme une bonne et sincère alliée ; on ne demandait rien en écbange, la France aiâme au besoin se sacrifierait pourassurer une bonne garantie, un agrandissement de territoire à tous ceux qui se déclareraient désormais ses alliés et l'aideraient à devenir le centre de la politique européenne, a

Cette politique désintéressée vint prêter appui à (a république de Gènes; la France déclara avant toute chose qu'elle voulait que la république fût reconstituée sur le même pied qu'avant la guerre et qu'on lui rendit tous ses territoires. Gènes était ainsi a l'abri du Piémont et de l'Autriche; !a révolution

qu'elle venait de subir indiquait pour elle l'inii tance de chercher un appui constant; elle avait besoin de la France pour se reconstituer, et de là naissait la naturelle influence du cabinet de Versailles sur les états isolés en Italie , Venise comme Gènes. Louis pouvait trouverdcs moyens d'emprunt dans les rii banques d'Italie, et en servant Gènes la France ne s'oubliait pas elle-même. Des négociations étaient depuis longtemps ouvertes sur la souveraineté de I lie de Corse; la république reconnaissait qu'elle ne pouvait tenir sous sa domination une colonie si vaste, aussi coûteuse; les Corses avaient vout! une vendetta aux Génois; la révolte était partout. La France voyait dans la souveraineté de la Corse nn nouveau point de domination dans la Méditerranée; le Piémont avait la Sardaigne, TEspagne, les iles Baléares; Minorque était momentanément occupée par les Anglais; amener lentement et successivement la réunion de la Corse était un acte de haute politique, et le cabinet de Versailles s'en préoccupait vivement; il ne fallait pas bâter les événements dans la crainte de trouver des résistances; la chose viendrait toute seule par le temps et la fatigue.

La Prusse avait cessé d'être l'alliée de la France, et néanmoins c'était par son concours que Frédéric avait accompli ses conquêtes; la Prusse soutenait un système bien simple dans les négoeialions d'Aix-lo-Cliapelio ; eu pleine possession de la Silésie et de quelques

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comtés arrachés à l'Autriche ou à la Saxe, elle demandait qu'on la couQrmât dans ses conquêtes. Tout avait été convenu à Dresde ; Frédéric n'avait plus qu'à foire reconnaître par le congrès les actes arrêtés séparément avec les alliés ; les agrandissements récompensaient sa foi punique. Il avait à deus reprises défeclionné; à la première, Frédéric avait fait manquer la campagne d'Autriche, lorsque les avant-postes français étaient à Linlz; sa trahison avait compromis la France après Fontenoy; et cependant telle était sa position militaire , qu'on ne pouvait le blesser impunément; ce qu'il exigeait, il fallait le lui donner; il s'était placé dans une situation telle que tous le caressaient ou du moins le ménageaient; c'était le résultat habile de celte position mixte , de ce système qui l'avait fait se Jeter au milieu des événements en portant sa force du côté de celui qui l'achetait le plus cher. C'est ainsi que procédait Frédéric : quand il voulait faire une conquête , il faisait la guerre à l'Âutricbe avec les Français ; quand cette conquête était accomplie, il trahissait la France pour se l'assurer avec l'Autriche par un traité , et il ne suivit pas d'autre |)olitique pendant tout son règne pour grandir la maison de Brandebourg. *

L'intervention des Russes dans les affaires de l'Allemagne ne devait satisfaire pour l'avenir ni la Prusse ni l'Autriche ' ; c'était un événement extraordinaire dont on redouterait plus tard les conséquences; l'An-

glelcrre , qui déjà achetait les armées, l'avait seale négociée; le cabinet de Londres, par une stipulalion de subsides, venait d'entraîner 50,000 Russes dans la guerre, tant il avait peur de Tinfluence froaçaise et du rétablissement des Stunrts. La czarine Elisabeth s'était montrée très facile sur les conditions d'argent ; ce n'était pas les quelques cent mille livres sterling qui l'avaient déterminée à jeter ainsi qd midi une grande armée ; elle voulait montrer à l'Europe la fermeté de ses troupes, leur bonne tenue; elle semblait dire : « Je ne suis pas seulement une jiuissance orientale, mes soldats ne se battent pas exclusivement contre les Turcs ; car après avoir vaincu ta Pologne, ils entrent en Allemagne. Si une coalition est nécessaire contre la France vous me verrez paraître en Franconie, sur le Rhin, en Italie même, et tout cela, par le progrès et la tendance active de idod cabinet, n Au congrès d'Aix-la-Chapelle , la Russie n'assistait pas comme partie délibérante ; elle écoutait les stipulations sans y prendre aucune part.

La position de la reine de Hongrie dans le congrès devenait toujours plus simple ; la reconaaissaoce du

' DÈS l'origine de la D^i^ociation, le roi de France n'avait pas hésité i s'adresser h lu Russie :

Lettre du rotLouU XV à la Czarine, pour te projet

de paix.

•t Madame ma sœur,

•• Le dcsaciii magDanimc que V' M. a conçu d'Être la inëdialriu

des puissances qui sonl eu Qucrtc est digne de votre grand caiu,

NÉCOCIATIOSS D'MX-L A -CHAPELLE (1748). 289

lïlre impérial dans la maison de Lorraine clait un fait tellement accompli qu'il ne pouvait plus y avoir de doute, de discussions sérieuses; le plénipotentiaire de Marie-Thérèse, M. de Kaunilz, en avait fait une condition préliminaire à toute autre, et la France l'avait acceptée comme elle avait subi Texil du prince Edouard imposé par l'Angleterre. )l n'y a pas de traité possible avant que chaque puissance ait fait reconnaître la validité de son titre. Une fois ce litre salué, il n'y avait pas pour Marie-Thérèse un avantage dans la position qu'on lui faisait en Allemagne , à moins qu'elle ne se rapprochât de laFrance; obligée de céder son influence sur le Piémont, elle voyait sa prépondérance décroître en Italie; la Lorraine, berceau de sa maison, restait à la France ; la Prusse l'enlamaîl par la Silésie. Ainsi dans ce congrès d'Aix-la-Chapelle si la France n'acquérait rien, l'Autriche perdait beaucoup ; et dans cette conjecture, l'habileté du cabinet de Versailles fut de négocier secrètement avec Marie-Thérèse un remaniement complet.

et touclie sensiblement le mien. C'est un nouveau sujet de vous admirer; tous les princes vous en doivent des remercîmeats, et j'en dois d'aulaut plus è V- M. que je vois mes désirs les plus chera secondés par tes vôtres,

« je peui vous jurer, madame, que je n'ni jamais eu les armes à la main que dans des vues de paii, et mes succès n'ont servi qu'à forti&er ce sentiment que les revers seuls auraicDt pu rendre moins vil .peut Être.

Louis XV avait à se plaindre de Frédéric de Prusse, on ne pouvait pas ee ûer k lui ; tout prêt h seconder quand cela lui convenait, il lûcliaitpied h la première circonstance; d'ailleurs on voyait parfaitement qu'il allait trouver son appui en Angleterre ; les maisons de Brunswick, de Hanovre et de Brandebourg se pressaient la main, elles s'étaient portées garanles les unes des autres; or, si l'on voulait lutter vigoureusement dans l'avenir par une marine formidable contre TAnglelerre , il fallait s'assurer dans le continent une grande et sûre alliance. Il existe de M. Dutlieil un mémoire excessivemeul curieux, parce qu'il fait tomber toutes les causes puériles auxquelles on a rattaché le rapprochement subît de l'Autriche el de la France : n'a-t-ou pas écrit que c'^^tait parce que Marie-Thérèse écrivait à modame de Pompadour: Ma cousine, que ces grands intérêts s'étaient rapprochés dans les négociations ; petites anecdotes de cour, ramassées dans des cartons de boudoir.

Ce mémoire de M. Dutbeil indique les causes sé-

■ Je vois avec joie que la souveraine à qui je devait le plui l Être la bienfaitrice des nations. Les rois ne peuvent aspirer cliet eux qu'à la gloire de faire la fdlicitë de leurs ■ujcU, s ferez celle des rois et de leurs peuples. Les v&lrei, midanie, CD voyant que vous travaillez au bonheur des autres, senlininl auge peut, leur vénéraiion pour leur souveraÎDe, el votre ra plus beuieui quand les acdanations de rEunpc redoubleront les bënédictiotis qu'on voui donne dans vos ëlati.

PROJET d'ALLUKCE (1748).

Heoses de co rapproclieinent : la maison d'Aulriche cessant désormais d'être redoutable, ne pouvait plus lutter contre la maison de Bourbon qui possédait la France, l'Espagne, Nnples, Parme et Plaisance ; la rÏTatité était une cbose yieillie , usée ; il fallait cbanger ces rapports de méfiance et d'boslililés en une alliance intime qui rassurât la France désormais inattaquable sur le continent. L'Àotriche marcbant avec nous, il n'y avait plus de guerre possible sur le Rbin, dans la Flandre ; on se garantissait la paix continentale et le repos; ralHance avecrAutriche, c'était la paix politique en Europe. On avait déjà des rapports de famille en Saie, on devait se bâter d'en préparer avec la Sardaigne et le Piémont; Talliance avec i'Âulriebe devenait le complément de ce système. Il n'y aurait plus désormais qu'une puissance devant laquelle il faudrait toujours avoir les yeux ouverts, c'était l'Angleterre, pour empocher qu'elle ne s'accrût démesurément : « Tous les efforts de l'Espagne , de Naples et de la France, continuait M. Dutbeil, doi-

■ Non seulement, madame, j'accepte avec une vive rcconnaù- Bance cette mëdinlion glorieuse, mais plus la guejTe est Iieureuse pour moi, plus je vous conjure d'employer tous vos boDs officei pour la terminer. Mais les peuples que j'aime, et dont je me Satte d'£tre aimé, vous devront la conservation du sang qu'ils sont toujoun prËls à répandre pour ma cause.

■ Commencez et acbevei cegrand ouvrage qui vous couvrira d'une gloire immortelle. Ne voua bornez point, madame, aux simples pr»-

vent se porter sur la développement de la mai lilalre ; la France n'ayant plus 5 redouter une guerrt* conlinentale par son alliance avec l'Âulriche, pourra se consacrer entièrement à sa marine ; elle a de vastes côtes, de bons marins, et dans quelques années, avec l'aide de TEspagne, elle pourra lutter sans crainte contre la Grande-Bretagne. » Ce mémoire infiniment remarquable trace le cbangement politique qui marque la lin de Louis XV et le commencement de Louis XVI , époque de transition.

Les négociations actives d'Aix-Ia-Chapelle étaient tellement préparées par les traités antérieurs, qu'elles n'offraient plus véritablement qu'une ratiÛcation de ce qui déjà avait été conclu j des projets de traité furent présentés à la fois par la France, l'Angleterre et les États-Généraux; le plénipotentiaire anglais, lord Sandwick, fut frappé de la facilité que la France mettait à tout céder; il n'aperçut là qu'une conséquence d'épuisement dans lequel se trouvait le pays ; il fallait ajouter cet instinct habile et généreux de la France qui voulait témoigner à ses alliés que la cour de Versailles ne demandait rien pour elle, mais tout pour

positions dictdes pur votre âme généreuse ; aplanissez tous les obstacles, el soyez sCkre de n'en trouver aucun devant moi.

n Tous les autres princes doivent concourrir sans doute k ce noble projet. L'Iiumanité, les malheurs de lonl de provinces, le respect qu'ils ont pour vos vertus les engagera k vous déférer avec empressement ce litre de médiatrice de l'Europe, le plui

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