TRAVAIL DE DÉMOLITION
la Vie dans le malheur, ce paradis du pauvre et du souffreteux, dut être effacée de l'espérance humaine, et Ton ne laissa plus à la misère que le double martyre de Fabnégatiou et du travail.
Et pour comble de délire , lorsqu'on disait au peuple : souffre sans espoir d'une vie meilleure, d'un paradis pour toi , d'un enfer pour le riche , on voyait s'épanouir dans ses joies l'école sensualiste la plus délicate, la plus raffinée. Helvétius *, fermier-général aux formes obligeantes , aux manières aisées, réunissait , comme La Popelinière , tout ce qu'il y avait de plus luxurieux et de plus spirituel à Paris; il confirmait par la pratique sa théorie sur le triomphe des sens; les vins exquis, les femmes les plus folles s'asseyaient aux soupers sous des bougies resplendissantes ; et là , à côté des souffrances du pauvre , on élevait des autels à la luxure, à la bonne chère, à l'impiété. Mille bons mots étaient dits quand le vin d'Aï s'échappait en mousse pétillante; poésies licencieuses, contes libertins venaient remuer ces hommes riches, heureux et énervés. Le petit Crébillon ^ contait à merveille des aventures galantes , des allégories de canapé, qui faisaient fureur; le
* Claude- Adrien Helvétius, né à Paris en janvier 1716, fit ses études chez les jésuites, au collège Saint-Louis. Son livre de l* Esprit parut plus tard.
> Claude-Prosper Jolyot de CrébiUon, fils du graud Créhillon,
conte oriental venu à la mode permettait beatH coup de licences et d'allégories; on raillait les institutions, les hommes, le Christ, et c^tte sainte et pieuse croyance en la Vierge, personnification delà femme souffrante et glorifiée. Saint-Lambert', jeune officier de cavalerie , récitait ses poésies sur la Saisons, qui ressemblent aus suaves compositioDs de Boucher, à ces divinités qui s'envolent en laissant des rayons de feu et des myriades de roses. C'était le petit espiègle des soupers d'Belvétius, tandis que Bernard " ( le Gentil Bernard ) faisait retentir les accents de Tibulle et d'Ovide; secrétaire des dragons à l'armée d'Italie, Gentil Bernard » avait vu Coigny Bellone et la victoire, et sa faible voix n'avait pu
élail né à Paris en 1707. Il avait déjà publiù : Lettre» de la moTguùe de "*' au comte de "". 1732, 3 vol. iii-i2, Tanzaï et Nr.adarné. 1734, a vol. 10-12. Les égaremenlg du cœur et de re»pril. La Haye, 1738, trois partiesin-12. LeSopha, conte moral. 174S, 2 vol. in-12. Les amours de ZeokinUut, roi des Kotirtm (Louis XV, roi des Français). Amsterdam, 174(i, in-S".
1 Cliarles-Frunçoia, marquis de Samt-Lambert, né en 1717 i Viizclise eu Lorraine , servit dans les gardes lorraines et s'attacha au roi Stanislas.
• Pierre-Joseph Bernard, connu soua le nom de Gentil Btrnard, né à Grenoble eu 1710, était fils d'un sculpteur; il fit ses éludes chez les jdsuiles de Lyon et vint à Paris oii il fut pendant deui ans clerc de procureur. C'est dans ce temps qu'il compoita son Épure à Claudine et sa chauson de la Rose-, Bernard se trouva aux batailles de Parme et de Guastalla. Le maréchal de Coigajie prit pour secrétaire, et à la nioit du maréchal, son lils lui iit accorder la
cliaoter la gloire', u Et c'est aux applaudissemeiiU dç tous qu'il délioissait Pamour sensualiste, l'entier oubli de soi-même et du monde. Avec Gentil Bernani , l'abbé de Bernis^ récitait aux pieds de madame de Pompudour ses vers, dignes enfants deChaulieu, qui se jouaient comme une fraîche cascade au milieu des groupes d'amours. Dans tous ces vers à Chloé, dans ces épiires aux Nymphes , trouvez-vous une seule pensée religieuse qui remue Tàme; n'est-ce pas l'éplcurisme le plus complet, le code le plus enivrant de sensualisme ? Si l'école du baron d'Holbach fait du matérialisme dissertateur et ennuyeux, l'école eensualiste se couronne de ils et de roses, et veut que la vie s'achève comme un grand banquet d'enivrement entre un baiser et une coupe de vin pétillant. L'abbé Prévost couronue toute cette école de démora- «jisatioii par ses romans; Manon Lescaut vient de pa-
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^^K,* Francois-Jooctùm de Pierre de Berais, né h Saint-Marcel de ^^QfArdècIie le 22 mai nia, était issu d'une famille très ancienne; il entra d'abord dana le cliapilre nolile de Brioudc-, d'où il p»9s<i duns celui de Ljon ; il vint a Piirîs, et après avoir éli «judquea un nées dans le aëminairc de Siiinl'k>ulpice,il entra dans le monde, où il t fil remarquer paras ligure et ses bonnes manitrca. Il jouera plus un riïle siiriciu et diplomaljijut*.
e de liccrëtaire-génfral des dragons, dont il était le coloacl-gé- 1. GeUe place valait 20,000 livres de rentes.
< ïii vu Coign;, Oelloua et U TieWire Ma riible voix u'a pu chaaier U gloire.
(A-l d'Aimer).
raîlre.el dans ce chef-d'œuvre de cœur et d'analyse, on s'intéresse à une fille perdue, à un escroc; lelle est la puissance du talent, que l'on est presque tenté de blâmer Tordre social qui les a procrits Tuu et Tautre '. J
Voici maintenant Voltaire ; il a aimé les souperfl ■ les femmes, le vin qui pétille; mais il est maladiff son estomac est devenu mauvais ; il craint les in&rmilés comme une vieille femme ; il célèbre encore ce qu'il ne voit plus que de loin; il est au régime du plaisir, mais il se donne à cœur joie de cette moquerie qui prend tous les ridicules et veut démolir le passé. Lui est incrédule, spirituel; il ne disserte pas, il raille; il veut en vain être sérieux, il ne le peut pas; il embrasse tout dans la superficie, et il sait bien que la célébrité ne vient que de ce battement d'ailes léger et brillant, de ce journalisme qui embrasse tout sans rien approfondir. Voltaire, employé quelque temps au ministère des affaires étrangères par M. d'ArgensoD , s'est maintenant brouillé avec madame
■ A Dtoi De-François Priîvosl d'Eiilës, i m procureur du roi au bailliage, fit s
j a Hcsdin e s éludes choz les jésuites ins, on le vil passer volontaire dans les rangs de l'armée; dégoûté de l'étal militaire, il se jeta de nouveau dans les liras des jésuites; cependant il abandonna encore la vie religieuse pour celle des camps ; et à vlngtdeni ans, il se réfugia dans l'ordre des bénédictins de Saint-Miut; élevé i la prêtrise, il se livn a l'enseignement, puis à la prédica-