VOLTAIRE ET LES MATÉRIALISTES
Pompadour, parce qu'elle lui préfère Crébillon ; celte disgrâce a révélé son caractère irritable, passionné, perscculeur; lui qui préebe la tolérance n'a pas eu de cesse qu'il n'eût fait mettre à la Bastille ses critiques et les hommes qui n'admirent pas ses ouvrages; mécontent, il se retire auprès de Stanislas de Lorraine, jusqu'à ce qu'il se fasse Prussien en acceptant ■ la place de cbambellan avec o,000 écus de Frédéric. Voltaire se pose avec toute son école comme cosmopolite; il se fait universel en abandonnmit cette empreinte de nationalité française, le plus beau litre qu'on puisse souhaiter.
Alors vient sa seconde manière, sa haine contre la lîible et les traditions chrétiennes; il ne sait ni le syriaque ni Phcbreu , il ne sait du grec que ce que les jésuites lui en ont appris, et il disserte sur toutes les traditions dont il ne peut même pas lire une ligne. C'est pourtant avec ces notions imparfaites qu'à force d'esprit il établit des théories sur l'Ancien et le Nouveau Testament; il ridiculise tout, et la mission du Christ, et celle des apôtres; il persifle saint Pierre,
tton. Epnujé de la vieauslÈcedeB bénédictins, il se rélugùi en Hollande oit il publia, en iT!9,ecs Mémoires d'un homme de quOrlité; il alla ensuite à Londres et y fit juiraîLre, en 1732, Clévelanâ, ou le Philosophe anglaii, et VHittoire du chevalier Deagrieuai et de Manon Lescaut. Il fiilre|irii alors dans celte ville une feuille périodique intitulée le Pour et le Contre. Rentré ensuite en France, le prince de Conti le nouimii son aumônier.
saint Paul ; quand il trouve une é[tillictc grossière, Il la jetle à ces grandes intelligences qui ont remué le raonde ; il ne peut croire que des hommes de rien qui ne sont pas marquis, tels que Simon Barjone (saint Pierre, les apôtres), aient fait parlé d'eux. Rien de moins démocratique que Voltaire, il déteste le peuple, la canaille, sa vie se passe au milieu de Paristoeratie, il est plat et bas devant elle; il a rampé devant madame de Pompaduur, et d'un coup de sa mule de satin blauc madame de Pompadour le renverse dans la poussière où il s'était prosterné; et s'il s'en venge, c'est avec la méchante langue d'un valet renvoyé, et c'est dans la licencieuse Pucelle qu'il jette à madame de Pompadour ses souvenirs de griselte '. Mais alors Voltaire n'est plus en France, il s'est fait Prussien; de gentilhomme de la chambre de Louis XV il est devenu chambellan du roi de Prusse, comme plus tard il signera le Suisse Voltaire.
La haine contre la Bible se propage et s'universalise; Boulanger est un géomètre remarquable; il étudie les monuments romains, les chemins et chaussées qui préoccupent l'administration de Louis XV;
' Édition de 1756. Ghant m de la Pueelle ^OrUam :
Telle plutôt cette heureuie grlBelle
Que la Diliirfl alDf 1 que l'arl forniB
Pour le aihvil ou bien pour l'Opéra,
Qu'une mamaD ai\sée el discrète
AU noble lil d'uu Cennlsr éleia,
El que l'amour d'une main plut adroite
Soui un monarque cutrc dcui draps plata.
LA SECTE ÀNTI-CHB&TlBIINê(
ingénieur instruit, il s'est livré à la géologie pour connaître parfaitement les terrains superposés, et c'est (te là qu'il part pour établir ses ibcories anlibibliques ; très peu avancé dans les études liisloriques, les livres <le Moïse lui paraissent en contradiction avec la formation de la terre'. D'Alembert s'empare de la géométrie à cette même fin ; Buffon n'échappe pas à la fausse tendance de son siècle; son 7>i'scours préliminaire à l'Histoire naturelle qu'il prépore dans son beau château de Monlbard sur la Côle-d'Or est empi'eint des préjugés de l'école encyclopédique, si complètement détruite aujourd'hui par les travaux modernes ; ses considérations géologiques si'inblent destinées à ébranler la foi des peuples. Il étabUt sa création sur des idées en opposition avec les idées religieuses; et que restera-l-il donc au peuple lorsque vous lui aurez enlevé les légendes qui le consolent dons l'avenir? tous ne peuvent pas être riches, sen-' EUallstes, comme Helvétius et La Popelinière , dans leurs beaux hôtels et sur leurs tapis soyeux, alors, hommes d'intelligence et de bonheur, prenez garde h vos propriétés, à vos jouissances !
Cette manie de liltéralure incrédule s'étend a tous
' Nicolos-Anloine Boulanger, né à Paris le 11 navembre I7Î2, était fils d'un marcliaud ; il fit ses études au collège de Bt^uvais , où il montra une grande aptitude pour les matliéma tiques , et fut emmené à l'armée par le baron de Thicrs comme ingéiiieurj il entra «iisuile daiu les ponls et cliaussées.
les esprits ; la classe noble en donne l^xemple, comme si sa suprématie o'étaltpas en eltc-nième un préjugé! Quelques abbés mêmes prêtent la main à ce mouvemenl railleur de la génération ; le plus impie de tous les philosophes n'est-ce pas le marquis d'Argens? Non seulement il n'est pas cbrétien , mais il doute de Dieu ' ; or Voltaire, qui est le plus spirituel de tous les penseurs, et qui veut au moins qu'on laisse Dieu à l'homme, lui écrit cette charmante phrase, où loul son bon sens se révèle : a Mon cher ami , lorsque le soir, couronné de fleurs, vous êtes assis sur les geaoux de votre maîtresse avec un verre d'aï à la main , que vous ne croyiez pas en Dieu , cela m'est parfaitemeut égal ; mais si je vous rencontrais le soir , mourant de faim , un fusil à la moin, et que vous ne croyiez poa en Dieu, je n'aurais pas assez de jambes pour courir.» Ici Voltaire révèle bien avec son intelligence éminenle la plaie profonde que les philosophes font a l'étut social ; c'est pour la morale des peuples surtout quu ta religion est un frein , c'est pour les malheureux qu'il faut des croyances ; oh ! laissez-les leur si vous voulez qu'ils aiment, qu'ils vivent, qu'ils espèrent. Le brillant dtic de Itichelieu , la gracieuse et noble du-
' Jcan-Baptisie de Boyer, marquis il'Argens, né eu Provence le Stjuin nni, i^tiiit t'il^ d'un procureur giJnéral ; il entra dons la carrière militaire dès l'ûge de quinze ans, et fut envoyé à Conslautinoplc avec l'ambassadeur de France. A son retour, il voulut suivre le barreau pour complaire à sa famille, mais des aventures
LES MATÉRIALISTES (1740-1750). 3l7
chesse de Luxembourg, les princesses de Conti ou du Maine, les fertniers-généraux Helvétius et La Popelinière pouvaient être gaiement incrédules, oublier Dieu et s^oublier eux-mêmes , ils pouvaient disserter et railler dans leurs salons dorés, sur leurs sofas de Perse, leur petit épagneul blanc à leurs pieds, sous des lustres étincelants, quand un vin généreux les échauffait et que les éventails de femme les touchaient de leur pointe d'éeaille comme un sceptre diamanté. Jusque-là iln'y avait d'autre mal que le mauvais exemple et l\énervement des âmes. Mais que ces questions tombent jusqu'à la classe aux bras nerveux, aux vêtements en lambeaux, quand il y aura des visages affreux qui manieront la pique et qui, avec Voltaire, le baron d'Holbach et Helvétius , disserteront sur Tégalité des hommes et la négation d'un Dieu , alors vous verrez ce que produisent ces fausses doctrines répandues parmi le peuple.
Dans cet enivrement de maximes et de mœurs , une portion du clergé s'associait avec les gentilshommes pour l'œuvre de destruction; que quelques petits abbés au visage rebondi pussent offrir de leurs mains blanches et potelées une rose , un bouquet ou leur
avec des actrices l'empêchèrent de se livrer à ce grave métier. En 1734, il assista au siège de Kelh oii il fut blessé, puis à celui de Philisbourg; une chute de cheval le mit hors d'état d*y remonter jamais. Déshérité par son père, il se fit écrivain et passa en Hollande,
hoite de tabac d'Espagne à de jeanes femmes toules couvertes de guipures et de dentelle», cela n'ébit qu'un scandale, qu'une décadence profonde de eei siècles religieux oii saint Augustin remuait le monde par sa parole ardente, où saint Jérôme s'abîmait au désert. Mais lorsqu'il y avait un abbé de Prade qni, en pleine Sorbonne, vint soutenir dans une ibèse que la révélation de Moïse était mensongère et le Cbrist presque une bypotbèse, n'était-ce pas le clergé lui-même qui se donnait In mort? Il ne savait pas où il allait avec cet oubli des principes et des devoirs? Le sang des prêtres devait épurer celte prcvfanalion du sviii" siècle; au règne des petits abbét devait succéder celui des martyrs ; aux salons de Versailles, le massacre des Carmes et de l'Abbaye.
A ces Idées économistes et philosophiques si îstales , venait se joindre déjà une école politique dont il est nécessaire d'indiquer l'iniluence sur la société française. J'ai déjà parlé de Montesquieu , de l'effet produit par son pamphlet des Lettres persanes et par SCS premières lectures de l'Esprit des Lois. Ce vaste livre venait enfin de paraître avec un éclat inaccoutumé; un parlementaire , un président de chambre,
oii il publia sca Lettre» juivte, ckinoiseg et cabalistiques. Il alla ensuile à Berlin, oii Frédéric 11 le nomma ctiambEllan, avec G,000 ^cu3 de pcDsion et la pl.icc de diruclcur ^éiiérdl des belles-leiim de l'Aciidiîmic.
l'école anglaise (1740-1760). 319
un homme considérable publiant des essais sur la législation, devait vivement exciter la curiosité publique. Bientôt un caractère particulier ressortit de cette œuvre, c^est que Montesquieu appartenait essentiellement h Técole anglaise; la thèse dominante de son livre, c^est de prouver que la constitution anglaise est la plus belle institution politique : un parlement libre, le vote de Fimpôt, les élections, tout excite son enthousiasme ; s^il jette quelques souvenirs sur la vieille monarchie , c^est pour y rechercher des parlements , des chambres , même sous le règne de Charlemagne ; il veut donner aux cours de justice en France la même autorité qu^à la chambre des communes , comme si les parlements avaient la même origine que les deux chambres anglaises I On veut désormais une presse libre , la censure devient odieuse; on admire T Angleterre et sa constitution; Voltaire y pousse comme Montesquieu ; et Tabbé de Mably^, qui parait avec quelques lourdes œuvres, vient rechercher dans notre histoire des éléments de peuple, d^assemblée, de discussions au Champ de Mai ; protégé par le cardinal de Tencin , Mably a d^abord été le partisan du pouvoir absolu ; il a
^ Gabriel Bonnot de Mably, d'une famille du parlement du Dauphiné, né à Grenoble le 14 mars 1709, fit ses études au collège de Lyon, chez les jésuites. 11 vint à Paris, et le cardinal de Tencin le fit entrer au séminaire de Saint-Sulpice; il se contenta du sous-
Routcnu l'autorité royale contre le parlement; il est en dehors du jansénisme; bientôt il suit le torreat, car on n'obtient un peu de bruit et d'éclat qu'a ce prix. Il publie ses Essais sur l'histoire de France; c'wt le premier historien de ta bourgeoisie, panégyriste dutiers*état, précui'seur dcSieyos. Voltaire fait peu de politique rationnelle , il n'a pas d'œuvres qui correspondent à la dissertation , mais à chaque vers, a chaque discours, il jette des principes sur l'abus des distinctions , il fait des discours sur l'égalité des conditions, sur la nécessite de la liberté humaine; et l'on voit la noblesse de France se presser dans leslhéâtres pour applaudir Bi*mIus et Cassius, la Mort de César, les principes d'égalité et de démolition sociale; ceJA devient une mode, une manie. Pour être admis dans certaines compagnies, il faut faire son épigramme contre la religion ; c'est tout au plus si on reconnaît Dieu; Fréret, qui vient d'expirer, a mis en honneur une certaine école historique qui fouille incessamment dans le passé pour chercher des arguments contre la religion révélée, la royauté et les gouvernements; dans les collèges, on élève les jeunes hommes, la noblesse même, dans des Études enthousîas-
iliacnnol et suivit son goftt pour l'iîrudilion. Il publia, en 11(0, Parallèle des Romains et des Français, par rapport au go^eernemenl , 2 vol. iH'll. Mably aida beaucoup le cardinal de Tcncin duDs lei atFaircs de l'état.
LES ÉCOLES POLITIQUES (lMO-1750)-
tes pour les républiques antiques; les collèges d^Harcourt et de Louis-ie-Grand , sous la direction des jésuites , servent à l'éducation d^une multitude de geiitilstionimes qui, tous, se font gloire d'une sorte d'épicurisme matériel dans le plaisir et les joies. On commence à disserter sur Torigine des gouvernements, û se demander la cause et la raison de toutes les formules politiques qui régnent sur le monde. La lecturo favorite de cette génération , ce sont les pamphlets de Hollande et d'Angleterre : on étudie avec avidité les écrits républicains, anti-papîstes qui circulent h Toccasion de l'cipédition du prince Edouard en Ecosse; ces pumplilets enlèvent l'auréole de gloire de cette tète si poétique, même dans ses héroïques illusions : la république n'est plus un mot vide de sens ; on en raisonne avec légèreté, mais on s'babitue à celte pensée que la France peut odopler cette forme de gouvernement; quand un système est dans l'éducation , laissez passer vingt ans, et vous le retrouverez au pouvoir.
L'école genevoise et républicaine vient de produire un homme d'exception qui puise dans son cœur ulcéré et flétri les formules d'une société nouvelle ; si Montesquieu a soutenu les principes de la constitution onglaise, la pondération des pouvoirs, leur séparation en deux chambres, avec un ministère responsable, J.-J. Rousseau , qui prend le titre de citoyen de Genève , aborde franchement la sauvage théorie de la
SDUverainelé popi
ilaire '. Rousseau, forleineut iiourâ
des doctrines de Ilolibe, a lu k'S pamphlets des écoleS bollandaisc, angrlaise et genevoise; il ne produit rien de neuf, rien de spuntunu, il ne puise pas dans son imagination qui reste stérile; mais il se fait le granil plagiaire de Técole du xïi» siècle ; sa première forniu est didactique, pédante, ennuyeuse ; c'est un paria qui proteste contre l'ordre social; sa vie a été bonleusc; enfant, il vole et se montre ingrat envers ses bienfaiteurs; bommefait, siTauiourvientà lui, il le dénonce; si la confiance s'abandonne à son cœur, il la oiéconnalt et l'oulrage ; d'après ses Confessions , il a mérilû le cbâtimenl des lois divines et buniaines ; il n'est d'abord que musicien, musicien médiocre que Rameau juge d^un coup d'œil et rejette dans son obscurité; Lableur de salons, on lui constate cliez madame d'Épiuay qu'il a été domestique de l'ambassadeur à Venise; il s'amouraebe d'une fdle d'auberge , il se glisse dans lu uiaison d'un fermier-général; il ades enfants, il les jette dans les hospices ; il s'enrôle dans l'Encyclopédie, ot c'est quelques années plus tard qu'il publie sou fameux Discours sur l'origine de l'xntgalUé ■parmi kf hommes, sorte de déclamation qui appellerait à peine aujourd'hui l'attention sur un écrivain politique, tant
' Jean-Jacques Rousseau, fils d é dans ceUc ville le SB jiiiu Ml'i,
1 borla|;er de Gi.'uève, éu.\l
j.-j. noUSSEAD [1740- 1750).
les idées en sont communes et le style boui-souflé ; c'est la \ie des forôls qu'il exalte; l'iiomme est dégénéré par la civilisation ; c'est Tinstinet brut à la manière de Hobbe et de l'école anabaptiste : ce discours excita partout Tenthousiasme, le temps esta ces idées, et la vogue au sophisme. Noblesse, bourgeoisie et clergé, toute celte société marche vers un avenir inconnu, un de ces grands mystères que le temps no révèle qu'à travers des tlots de san^. Rousseau devient donc le chef d'une nouvelle école politique, qui va droit à l'égalité sauvage; la guerre est déclarée à l'homme civilisé; on est dégénéré parce qu'on est décemment mis et qu'on a une famille ; il faut vivre sous des chênes, manger des glands, pour être dans la perfection; les gouvernements, les lois sociales sont des abus, une dégradation de la nature primitive; si vous vous groupez, ce n'est peut-être qu'en vertu d'un contrat ; vous êtes tous membres du peuple souverain, sauf à vous manger les uns les autres; qu'imporle. Et ces principes si fatals, qui démoralisent la génération , Rousseau les jette à la face de tous et s'applaudit du succès qu'ils obtiennent. La plus grande aristocratie se fait le champion de cette politique dévastatrice et du triomphe de la brute : il devient presque évident pour tous que la société est un abus et le gouvernement une usurpation.
Quand tous ces philosophes écriveul sur la France,
ils oiil liûlti de la dégrodei
r comme un pays d'al>ii&ti <le ianalisme : n ou pense en Aiiglelerre, on nVs et pliilosopltequ'à Berlin , on n'est bien gouverné qu'ù Genève el Amsterdam. » Voltaire est pins Prussien, Anglais, qu'il n'est Français j en lisant ses livres d'histoire, on dirait qu'il ne trouve d'éloges que pour la ptiilosopliie, la politique des cabinets étrangers; ses lettres à Frédéric, prince royal et monarque, sont tout ce que la souplesse et l'adulation réunies peuvent produire de plus complet; Frédéric a trahi deux fois la France , il a fait défection à nos armées qu'il s'était engagé à soutenir, il a compromis les campa^pies d'Allemagne et d'Autriche; qu'importe, Voltaire le (latte; les Français ne sont pas assez pliilosoplies , les Prussiens le sont bien plus. Trouvez quelque chose de plus anti-national que cette académie d'otliécs entourant Frédéric qui s'en sert, s'en moque , les joue, et fait bien ; dans les soupers du Potsdam et de Sans-Souci, tous ces hommes-là sont rampants devant lui , sans songer qu'ils ont une France, uue patrie qu'ils abîment de leur philosophie et de leurs pamphlets.
Quant à Rousseau, TAngleterre ne lui plaît pas; là il reconnaît encore trop d'aristocratie; il ne voit que Sparte et I^ncédémone, il veut des hommes nus el forts; il sacrifierait la grande politique de Louis XiV, pourvu que l'on créât partout des Spartiates dans les
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mes (le Paris; pour lui une province conquise est moins précieuse qu'un jeu de ihéùtre ou de pugilat. Au moins Montesquieu a dans la tête une plus grande niasse d'idées politiques; s'il est séduit par une seule pensée, la constitution anglaise, c'est qu'il ne voit de ressources , d'avenir, de grandeur, que dans l'élahlissement de ce gouvernement par deux chambres , Ijouverncment qui n'est puissant que par son arislncratîe, et n'esl on Angleterre qu'une fiction nationale et historique. En résultat, tous ces hommes firent un mal eonsidérahie à cette nationalité française qui se foimulait dans de si graves conditions.
Depuis Henri IV, toute la sollicitude de la maison de Bourhon avait été de grandir la patrie, ou, pour parler leur langue, le domaine. La première période du règne de Louis XV donnait la Lorraine et le duché de Bar, comme Louis XIV avait donné cinq grandes provinces; et voilà qu'une école étrangère se forme ; des écrivains qui avaient puisé leurs doetrines à Londres, à Genève, à La Haye, dans les idées sceptiques et impies, se jettent sur la France comme sur une proie; ils démoralisent toutes les classes; ils arrêtent et compriment la diplomatie; ils se font les complaisants du roi de Prusse, comme plus tard ils se prosterneront devant Marie-Thérèse et Catherine de Russie. Les philosophes du xviii'^ siècle lurent le vrai parti de l'étranger, ils sacrifièrent la nationalité française pour quelques flatteries; lorsque
Frédéric avait besoin de justifier ses trahisons de Breslaw et de Dresde , il écrivait à son ami Voltaire, et celui-ci l'appelait dans ses épitres laudatives Mare- Aurèle et Trajan.