LA COUR ET LA VILLE. — BRUITS ET ANECDOTES
Veuvage de M. le dauphin. — Le deuil. — Nouveau mariage. — La princesse de Saxe. — Fêtes et plaisirs de Paris. — L'Opéra. — Enlèvement du prince Edouard. — Ordre donné à M. de Yaudreuil.
— Madame de Pompadour — Ses voyages avec le roi. — La retraite de Gboisy. — Le lever et le coucher de la favorite. — Les mille petits vers. — Protection accordée aux poètes, aux artistes et aux encyclopédistes. — Disgrâce de M. de Maurepas. — Couplets et noëls. — Modes et vêtements. — Meubles et bijoux. — Réceptions de Versailles. — Les appartements. — Les entrées. — Le jeu.
— Les mets du roi. — Les courtisans. — La vie de Versailles. — Le faubourg Saint -Germain. — La magistrature et le Marais. — Fermiers - généraux ; leurs salons. — Uelvétius et M. de La Popelinière. — La vie bourgeoise et marchande. — Richesse des classes commerciales. — Tendance vers un changement dans les conditions.
Durant ces intervalles de violente guerre , quand le roi et le dauphin étaient sous la tente, Versailles n'avait plus cet aspect de fêles et de plaisirs qui signa-
laient la présence du souverain. Le roi, dnris la vieille monareliie, c'était le symbole Je la vie, ranimatinn de toute la société; avec lui, la joie ; sans lui, la tristesse et l'ennui; on avait donc peu de distractions à Versailles pendant ces longues campagnes ; seulement, comme il était d'habitude de prendre ses quartiers d'hiver chaque fois que Noël arrivait, Louis XV revenait à Versailles et à Choisy; on prenait alors sa revanche, on se délassait des fatigues de la campagne par une frénésie de plaisirs : bals, comédies, soupers, chansons gaies, iioëls mordants, jusqu'à ce que vers Pâques fleuries la trompette sonnât de nouveau le boute-sello pour les chevau-légers et les mousquetaires (le la maison du roi.
La cour venait de quitter le deuil de madame la ilauphinc, l'infante d'Espagne, morte en couelies '; les noirs catafalques aux insignes de mort, aux draperies funèbres, avaient disparu des églises; et pourtant la douleur de M. le dauphin se manifestait toujours avec une exallatiou d'idées et de sentiment dont on ne le croyait pas capable; il pleurait Tinfanle avec une tendresse que rien ne pouvait distraire ; cette noble fleur de Castille s'était flétrie à dix-huit ans; les frimais de Paris , la ville aux tristes brouillards l'avaient emportée dans toute la ferveur de ce premier mariage. Des causes politiques motivèrent, ainsi
< Madame la ilauphinc mounii le 32 juillet I74G.
LA NOUVELLE DADPHIME (1747).
qu'on l'a dit, la nouvelle union de M. le douphin avec une princesse de Saxe '; Tinfanle n'avait apporté dans son alliance avec M. le daupliin que cette nonclialance si douce , si coquette des filles d'Espagne ; elle savait peu de chose , elle dédaignait toute instruction ; il n'en était pas de mcme de In jeune Alloinande qui allait partage!' la couche de M. le dauphin ; éminemment instruite, elle savait le latin , Tilalien , et parlait le français au^si bien que sa langue nationale. Fin opposition avec le caractère de l'infante, première dauphine, elle aimait le travail, dessinait les fleurs avecsrl; on la disait même fort érudite , et par dessus tout elle était bonne, douce, résignée. Le duc de Richelieu , qui fut chargé de la mission de demander officiellement sa main à Dresde ^, avait tracé dans ses dépêches un portrait presque cnlliousiaste de mudanio ta dauphine ; elle Dictait pas jolie pourtant, mais cllo
< n Od parla dans le mois d'octobre IT4(i ilc rcm.iricr le dnupliin. Le roi voulait lui lioiiiicr une priDccaaf de Siivoie, et écrivit lui-mime trois jours après la mort de la daupliinc au roi de Sardaignc, pour lui dcmuodcr su fille, sans apposer aucune condition. Lo roi de Sardaignc en ÎM si touché, qu'il lîtuit dtilcrminé h accepter la proposition ; mais trois jours uprès il reçut une autre lettre contenant, entre outres conditions, la garantie du royaume de N;ipres; il répondit iju'il e&l été Qalté et honoré ilc l'alliance du roi Louis XV, mais que les enga[[emeDls oti il se trouvait le mettaient dans l'impossibilité absolue de promettre ce qui lui était demandé, ce qui rompit ce mariage, u
' n Le duc de Richelieu, dont la faveur croissait journcllemciil,
semblait montrer tant de soumission et d'obéissance, h lu inanicTe des jeunes filles nllcmnndes, qu'elle gagnait tous les cœurs. Elle s'aperçut bientôt de lo tristesse de M. le dauphin, amoureux de Tinfanle morte plus que d'elle-même, jeune lîlle si frniclie; il la pleurait silencieusement, et lorsqu'après les cérémonies de mariage , les deux époux marchaient ensemble vers la chambre délaissée de la pauvre infante, M. le dauphin ne put retenir un torrent de larmes a l'aspect de ces meubles, de ces trumeaux, de ces fleurs, qui lui rappelaient un laaientablc souvenir. La noble Allemande, au lieu de s'en fâcher, lui dit avec une admirable douceur: « Donnez, Monsieur, un libre cours a vos pleurs, ne craignez pas qu'elles m'offensent ; elles m'annoncent au contraire ce que je suis en droit de posséder si j'acqjiiers votre estin;ie. «Toute sa vie ne fut dès lors qu'un doux travail pour plaire à M. le dauphin, fort instruit lui-même; elle lui récitait les chants du Tasse dans cette langue d'Italie quelle parlait comme la sienne propre; issue du san[| carlovingien , fort érudite dans l'histoire des blasons de l'Europe, elle parlait de tout, de sciences, d'art, et la savante princesse mérita que Voltaire lui adressât
employé tour à tour à la gu<frre, nia négociniioDs, aux intrigues galantes, am cérémonies d'apparat, et propre k taul de fonctions diverses, fut nommé a mbH soldeur entraordinairc du roi de France pré» la cour de Saxe, et lit, ie 7 janvier 17^7,1.1 demiindc de la princM |H)ur le daupliio.