CRÉDIT DE MADAME DE POMPADOUR
et la rcîne raccueillait toujours avec douceur * ; le dauphin, qui ne voulait pas blesser son père, lui adressait même la parole, quoique d^me manière sèche et laconique. Cette puissance de la favorite avait fortifié le parti, du jeune prince, formé de tous les mécontents; le roi vivait trop isolé pour qu'il ne s'organisât pas autour de lui une opposition politique placée sous un chef, et ce chef naturel c'était Théritier présomptif de la couronne ; son éducation sérieuse, ses mœurs austères faisaient un véritable contraste avec la vie énervée du roi. Ce parti s'était montré déjà puissant lors de la maladie du roi à Metz; depuis, le dauphin croissant en âge, ses amis étaient devenus plus nombreux. Les pleurs qu'il avait donnés à l'infante, la ré- {jularité de sa vie dans un nouveau ménage avaient attiré sur lui un grand intérêt; le peuple l'entourait de tous côtés comme l'espérance d'un meilleur avenir; le roi le savait, mais il ne voulait pas que son succès-
* La famille royale et le minùtêre en 1748.
vr La reine vit en simple particulière. La dauphine ne pense qu'à nous donner des enfants. Le duc d'Orléans fait le baroque au couvent avec les saints pères. Son fils ne pense qu'à manger et à aimer sa femme partout oii il se trouve. On appelle Belle-Isle le Moulin à projets. Tencin au conseil fait l'hypocrite , et le maréchal de Noaillcs, le fin. M. Herryer est sorti du néant pour régir la police. Puysieux tâtonne toujours, embrouillant de plus en plus les affaires, et madame de Pompadour, qui prend le roi au bout du nez, le sait tirer du bout de la grande galerie jusqu'à l'autre. Voilà la cour en 1748. »
seur agit en i
roi avant que lui-mcime ne fût coud
dans la tombe de Saint-Denis.
Le grand soin de madame de Pompadoi de distraire son royal amant, plus difficile ser dans lâge moyen de sa vie que Louis XIV dans son extrême vieillesse : à vingt-deux ans jouer le rôle de madame de Maintenon avec un rot de quarante ans il peine, c^était trop tôt; madame de Pompadour ima- [[ina dès lors des petits voyages qui pouvaient secouer I esprit du roi et varier incessamment ses uccupatîoDs; les voyages avaient ce grand avantage de renouveler les objets accidentels du paysa():e de la vie en la laissant dominer, elle la favorite, au fond du tableau. On venait de former après la guerre un camp de plaisance à Compiègne ', où s'étaient réunis les grenadiers royaux, milice d'élite qui avait parfaitement suivi la campagne ; les corps appartenant à des armes particulières et nouvelles récemment instituées, tels que les régiments de Grassin, infanterie et cavalerie, portant couleur blou avec cbapeau de feutre à plu-
' « Il (m toruié en juillet nso un camp a CompiÈgnc, oii l'on fil voir au roi un nouveau corps nommé les grenadiers de Frmct; c'»!liiit une ciccllentc iilf'e du minislre de la guerre qui, pour ne pal perdre ce qu'il y avait de plus précieui iluns chaque ri]ginienl réforme, imagina de les conscrvi-r cl réunir bous une dénorainalion générique. M. de Crémille, inspecteur de cavalerie, inFanlerie el dnigons, les fil manœuvrer devant Su Majesté et madame de Pomp-
E LA, COUR {i74Si-l752y 3-il
mes; les régiments de liulans, emprunlés à rÀutricfae et à la Hongrie, avec leur bel uniforme et leur pelisse; Royal-Croate, depuis Royal-Cravate, cavalerie légère nu brillant uniforme ; enfin lescbasseurs cautabres, qui portaient le béret basque, le costume bleu de ciel des montagnards , troupes formées à la Iiâle pour les besoins de la dernière guerre, et qui devaient recevoir à Compiègne une nouvelle organisation. Le roi y vint avec madame de Pompadour, et partout la favorite fut accueillie avec cette politesse chevaleresque qui caractérisait l'ofûcier noble , vieille tradition de famille. De Compiègne, elle mena le roi au Havre, pour visiter un port do mer et donner une noble impulsion à la marine, car elle était éprise de tous les grands travaux qui pouvaient jeter de l'éclat sur le règne.
Le roi revint à Versailles à travers les fêles; ma-, dame de Pompadour en fut la fée; belle et gracieuse favorite , elle savait que le grand château avec son cérémonial pesait à Louis XV, et que Choisy, au contraire , était son séjour de prédilection. Ce fut donc » Choisy qu'elle Gxa sa résidence, réunissant autour d'elle une cour dévouée eties plusuobles blasons;ellu était TeDchanteresse du palais, l'Armide de toutes les féeries; combien de petits vers, aujourd'hui oubliés, ne furent-ils pas récités en son honneur? Voltaire fut son poète de prédilection, et Crébillon plus encore que Voltaire; l'abbé de Bernis lui adressait
ses poésies galamment libertines ; ce n'était l'iiomme sérieux, le diplomate remarquable ; le pelîT abbé bouton de rose dominait encore; il était toujours fia6e( la bouquetière, comme l'appelait spirlliieilement Voltaire ; le soir, le nez tout garni de tobac d'Espagne, l'abbé deBcrnis, à table devant le roi, improvisait des madrigaux pour la marquise de Ponipadour avec la galanterie la plus rafOnée ; « le plaisir couronné de Ileui's n'attendait que le moment favoralile pour éclater; il ne pouvait nous séduire aui lieux où la belle Zépbire n'était pas; Vénus aïnil besoin de ses appas pour fonder son empire ; qu'elle vint donc sous ce berceau de Itlas réveiller l'espril et la saillie ; les ris attendaient la noble marquise sur un tonneau que la folie avait percé ; le ebampagne était prêta partir pour la couvrir de sa brillante écume'.» Ainsi disait l'abbé de Bernis; mais si la marquise avait ses poètes , ses admirateurs , clic avait aussi ses critiques mordants, impitoyables; M. de Maurcpas lui-même, qui nélait plus en faveur, se vengeait du
' M. l'abbé de Bernis se trouvanlà table avec le roi, PompadDur et quelques scif;ncui's, lit cet iRipromptu :
Le plauir couroniiè de neurs
viontrèHUIersouBcebi'
Vleotvolersurlauible;
L'esprit el la saillie ;
Il n'iuend pour charmer nos eœut:
Qu'un raomenl favorahle.
Uu-a percé la folie;
Belle zéphire,oii lu ii'ei pas
Le diampagne est prêt i
Pourrnil-iJ nous iéduire?
Dans 11 prison II rume,
Il a bBaoJD de tes appas
ImpaUenliieloComrir
Pour fonder son empire.
De sa bouillante dcunie.
KPIGRAMMES SUR M"' DE POMPADOLR lyW-IÎSS). 3^3
la favorite par des épigramiues vives, saisissantes, et certes ne s'épargnait pas les mots durs , les implacables allusions sur la marquise : « Celte petite boui^eoise élevée à la grivoise ; l'amour ridicule du roi faisait rire tout Paris, car la marquise avait les dents tachetées , la peou jaune et truit<^e , les yeux froids et ie cou long; chacun jugeait le roi fou de faire des sacriûces pour une telle créature '. u £t cependant la marquise continuait à rehausser sa condition de cour par une attentive bienveillance pour les arts, les poètes et les nobles produits du l'indus- U'ie. Comme elle excellait dans l'art de jouer la comédie , elle l'avait mise en vogue aux petits salons de Cboisy ; elle recevait des leçons et pouvait en donner. Rien de plus gracieux que la marquise de Pompadour jouant une comédie de Marivaux ou récitant un conte de Crébillon. Elle était souveraine si Cboisy, la retraite bîen-aimée de Louis XV; tout l'Iiiver il y avait théâtre, ce qui mettait en communication la marquise avec les beaux esprits, les poètes et les artistes; elli: les encourageait ))ar des pensions,
BL Gliaque dcnl Uchelée L> petu JWK et iruiii», La yeut Iroidl el le cou I
Si Aaas loi lieaulés choisies Elle éu\t des plus jolleg.
Un ptnlannc îles [ullea ttulMl l'oblel m un Iiljoa.
et tous lui riipoodaient par de petits vers qui I. paraient aux liivinités mylliologiques ; les : travaillaient pour elle ces mille riens délicieux, un meuble, une bei^erie, une de ces étranges figurines qui embellissaient les appartements à la Pompadour. La marquise fonda sur uii vaste pied la manufacture de Sèvres', où furent façonnés les beaui vases , dignes de rivaliser avec la porcelaine de Chine, du Japon et de Sase j les produits en étaient portés au cbSleau, et ceux qui voulaient faire la cour à la favorite ou aii roi les achetaient par forme de loterie. Louis XV disait : a Voilà un beau vase , M, le duc ou M. Tabbé , le prix en est fixé à mille, deux mille écus. » Cet argent était destiné à secourir de pauvres artistes qui donnaient desformes brillantes et nouveUcl~ aux produits de la manufacture j les verres et crislaiB devinrent aussi à la mode ; on les faisait de milq couleurs comme ceux de Bohême. Des lettres pB« tentes donnèrent la qualité de gentilshommes à cetu qu'on appela désormais les nobles verriers.
Les encouragements ne manquèrent pas aux pbil^ sopLes qui attaquaient les vieilles institutions de | monarchie. Les encyclopédistes, baulains pour tooH
' Depuis quelque temps le gouvernement avait ordonné des tentatives pour parvenir à faire en France des porcelaines semblables ï celles de Saxe. Elles avalent rëussî. La marquise de Pompadour d^
(24 juillet ITiR) et, depuis, de la Iransli^rer à S<