IMPRESSIONS EN HOLLANDE
sympathie personnelle de son ami Bentinck et de tous les clients de la maison d'Orang-e. Le mouvement en faveur de la neutralité des Provinces-Unies grandit de jour en jour. Née parmi les représentants des villes de la province de Hollande appelées à contribuer pour plus de la moitié aux dépenses de l'État, l'opposition à tout conflit avec la France, motivée par les risques et les charges qui en résulteraient, gagna jusqu'aux partisans les plus dévoués de la princesse régente. De son côté, Newcastle, fidèle à son système de tout demander à ses alliés sans rien donner en échange , avait indisposé les esprits en refusant catégoriquement (1) le payement de 70,000 livres sterling que les Provinces-Unies prétendaient leur être dues par l'Angleterre, et qui leur auraient été fort utiles pour les premiers armements. « La conduite de la cour de Vienne, écrit Yorke (2), a ruiné l'alliance. Tout le monde proclame ici que la République ne doit pas se mêler de la querelle ; . . . le pensionnaire M. Stein incline pour la neutralité.... Il sera très difficile d'enrayer le courant d'opinion qui insiste pour que l'on sonde la cour de France sur ses intentions , avant de prendre les mesures militaires proposées par la princesse. »
Le silence de Holdernesse, pendant le court séjour qu'il fit en Hollande au mois de septembre , avant de s'embarquer pour l'Angleterre, ne laissa plus d'illusions aux personnes les plus inféodées à la vieille alliance. Il devint évident que l'Angleterre se désintéressait des affaires du continent, que la cour de Vienne, n'ayant pu s'entendre avec elle pour la protection des Pays-Bas, chercherait à conclure, peut-être aux dépens de ses voisins, un arrangement avec la France. La perte (3) d'une partie de la province de
(1) Newcaslle à Yorke, 4 juillet 1755. Newcastle Papers.
(2) Yorke à Newcaslle, 4 juillet 1755.
(3) Conversation de la princesse régente, relatée par Yorke dans sa dépêche à Holdernesse a most secret », du 7 octobre 1755.
Gueldre , des bouches de l'Escaut , la liberté pour le commerce et la navigation d'Ostende, constitueraient la rançon imposée à la République qui , réduite à ses seules forces, serait incapable de résister à une invasion française. La régente et ses conseillers se plaignirent amèrement de la désertion du gouvernement de George II , et exprimèrent leurs regrets d'être obligés d'écouter son adversaire.
Ces sentiments d'inquiétude et de mécontentement furent fortement accrus par la demande du ministère anglais (1) d'avoir à fournir pour la défense de la Grande- Bretagne le contingent de 6,000 hommes, stipulé par les anciens traités conclus entre les deux puissances. Cette requête des plus embarrassantes coïncidait justement avec l'arrivée du comte d'Affry, envoyé extraordinaire de France, qui avait pour mission, de concert avec son collègue M. de Bonnac, le représentant ordinaire de la cour de Versailles, d'exiger des Provinces- Unies une déclaration de neutralité. A cette double invitation, on répondit d'une façon évasive. On se garda bien de refuser à l'Angleterre le secours réclamé ; mais sous le prétexte des formalités qu'entraînait la constitution très compliquée de la République (2) , on ne fit rien pour réunir les 6,000 hommes. A Versailles, on s'excusa d'être obligé d'obtempérer à la réquisition anglaise, et on proposa d'étendre aux Pays-Bas autrichiens la neutralité dont la France ne parlait que pour la Hollande. La riposte du gouvernement de Louis XV à ce contre-projet était facile à prévoir; aussi ce fut un soulagement réel pour le gouvernement hollandais de voir assurer par le traité de Westminster la tranquillité de l'Allemagne , et éloigner de leur territoire le danger du passage d'une armée française. « La satisfaction à la nouvelle
(1) Yorke à Newcastle, 9 décembre 1755.
(2) Voir sur l'organisation des Provinces-Unies : La République des Provinces-Unies en 1630, par Albert Waddington. Paris, 1893.