‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 102 sur 249 · IMPRESSIONS A PARIS · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS A PARIS

du traité prussien est générale, écrit Yorke (1); seuls, le prince Louis et le comte Bentinck, partisans du vieux système, sont mécontents. »

Si, à Londres et à La Haye, l'accord intervenu entre les souverains protestants fut reçu avec un sentiment général de surprise, mêlé à la joie chez les uns, à la méfiance ou au regret chez les autres, à Paris la note presque unanime fut celle de l'indignation et de la colère. Nous avons vu, dans ses lettres de la fin de décembre, le roi de Prusse faire à Knyphausen « quelques insinuations » sur des négociations avec l'Angleterre. Ce fut seulement le 3 janvier, alors qu'il avait en main depuis trois jours le texte du projet de la convention, qu'il se décida à s'exprimer plus clairement (2) . « Après ceci, je vous dirai encore que, de la part des Anglais, on continue à me faire des propositions relativement à la neutralité de l'Allemagne. » Frédéric expose les dangers dont il est menacé de la part de l'Autriche et de la Russie , dans le cas d'une invasion française du Hanovre; puis il ajoute : « Comme les circonstances deviennent par là très critiques à mon égard, et quand je réfléchis d'ailleurs que je n'ai point d'allié sur lequel je saurais me confier pour en être soutenu efficacement; que de plus aucun traité ni aucune liaison ne m'obligent à prendre part à des querelles qui ne regardent que les affaires indiennes, et que mon traité avec la France va expirer, sans déranger mes nouvelles alliances défensives à faire avec la France , je pourrais bien me voir forcé d'accepter la neutralité. Vous pourrez bien en dire quelque chose convenablement à M. de Rouillé. »

Knyphausen , qui connaissait bien son maître , sut lire entre les lignes , comprit que les choses étaient plus avancées qu'on voulait bien le dire , et répondit (3) par une

(1) Yorke à Newcastle , 27 janvier 1756. Newcastle Papers.

(2) Frédéric à Knyphausen, 3 janvier 1756. Correspondance^ vol. XII, p. 8.

(3) Knyphausen à Frédéric, 21 janvier 1756. Archives des Affaires Étrangères.

dépêche , qui témoigne du bon sens , de la clairvoyance, des excellentes informations et de l'intelligent dévouement de son auteur. Il est juste d'observer que le roi de Prusse, tout en restant sourd à des conseils qui arrivaient d'ailleurs trop tard, sut gré à son ministre de sa franchise et de son indépendance. La lettre du ministre de Prusse est intéressante, non seulement parles appréciations sur la politique à suivre , mais aussi par l'exposé des vues et des tendances de la cour de Versailles.

« Comme cette négociation (avec l'Angleterre) me parait être de la plus grande importance , tout le zèle que j'ai pour le service de Votre Majesté se ranime en cette occasion, et me détermine à lui faire les observations suivantes qui pourraient échapper à sa pénétration , et que me suggère la connaissance que j'ai du local de la France et de la façon de penser du ministère. Ces observations concernent uniquement la forme des démarches que Votre Majesté aura à faire en cette occasion vis-à-vis de la France, et non le fond de la question, car elle se sera aperçue plus d'une fois que je suis persuadé que la neutralité est le parti qui convient le mieux à ses intérêts dans la conjoncture présente.

« Le royaume de France est gouverné par un prince qui, étant tout à fait livré à la dissipation et peu sensible à la gloire , redoute la guerre comme une calamité qui appesantirait considérablement un fardeau qu'il se sent incapable de porter.

« Le ministère auquel il accorde sa confiance est peu éclairé sur les véritables intérêts du royaume, souvent divisé sur ce qui les concerne, peu capable de résolution, et animé continuellement par cet amour immodéré de la paix qu'il puise dans la soumission aveugle qu'il a pour les volontés de son maître, et que nourrit le sentiment de sa propre faiblesse et de sa dépendance.

« Ce même conseil est dirigé par une femme , qui a un

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