‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 105 sur 249 · RÉQUISITION FRA^'ÇA1SE ADRESSÉE A LONDRES · texte numérisé non relu

RÉQUISITION FRA^'ÇA1SE ADRESSÉE A LONDRES

La cour de Versailles s'était enfin décidée à sortir de l'attitude passive que, depuis le rappel du duc de Mirepoix, elle avait gardée vis-à-vis des provocations de l'Angleterre. Nous avons raconté plus haut les pourparlers secrets qui avaient eu lieu , tant à Londres qu'à Paris , entre les émissaires plus ou moins autorisés des deux cours. Vers la fin de l'année 1755, le duc de Newcastle, effrayé par la menace du débarquement d'une armée française en Angleterre, et encore peu édifié sur les intentions du roi de Prusse, manifestait des tendances conciliantes : « Ce que dit Bunge (1), écrit-il (2), du désir de la France de conclure la paix est d'accord avec tous nos rapports et avec les lettres de Walpole que je vous envoie; nous verrons mardi ce que le roi en dira. Si ces bruits sont exacts, nous pourrions sans grand inconvénient proposer à nouveau les mêmes conditions que nous avions offertes dans le temps. » Fort de l'assentiment du lord chancelier (3), le premier ministre mande (i), quelques jours après, au duc de Devonshire : <( Nous recevons tous les jours de France des rapports sur les dispositions pacifiques, surtout celles du roi et de la dame. Votre vieil ami Horace (5) voudrait les encourager, car nos informations nous parviennent par le canal de son ami sir Joshua (Van Eck). Sans doute il ne faut pas négliger ces ouvertures, qui n'ont qu'un caractère général. »

Au moment même où Newcastle écrivait le billet que nous venons de citer, une note officielle, en date du 21 décembre 1755, résumant les demandes de la cour de Versailles, arriva à Londres par la voie de la Haye, et par l'intermédiaire des ministres français et anglais de cette

(1) Il s'agissait d'une dépêche interceptée écrite par M. Bunge, envoyé de Suède à Paris, et adressée au ministre suédois Hopken. Newcastle Papers.

(2) Newcastle à Harwicke, 28 décembre 1755.

(3) Hardwicke à Newcastle, 29 décembre 1756.

(4) Newcastle à Devonshire, 2 janvier 1756.

(5) Horace Walpole.

résidence. Ce document, dont l'abbé de Bernis (1) affirme avoir été à la fois l'inspirateur et le rédacteur, était une mise en demeure au gouvernement anglais d'avoir à rendre les prises faites depuis le commencement des hostilités, tant sur les vaisseaux du roi que sur la marine marchande. Aussitôt cette satisfaction donnée, le gouvernement de Louis XV se déclarait prêt à reprendre la négociation pour la fixation des limites dans l'Amérique. Une réponse négative de la part de la cour de Londres serait considérée comme équivalant à une déclaration de guerre.

Le ton et les expressions de la note n'étaient pas de nature à aplanir les objections de fond que ferait surgir la réquisition française. L'exposé des motifs parlait « des brigandages de la marine anglaise , des pirateries que les vaisseaux de guerre anglais exerçaient depuis plusieurs mois... au mépris du droit des gens, de la foi des traités, des usages établis parmi les nations policées et des égards quelles se doivent réciproquement, »

Quelque justifiée que pût paraître au roi et à ses ministres la flétrissure des procédés du gouvernement britannique, il est difficile de faire cadrer le langage employé avec le désir de la paix qu'affichaient encore la favorite et son entourage (2). Au dire de Bernis lui-même, et à en juger par la communication aux cours étrangères de la pièce française , par les mesures militaires (3) que prit la cour de Versailles au moment même de son envoi , l'ultimatum fut destiné à clore officiellement le système d'ater-

(1) Mémoires du Cardinal de Bernis, voL I, p. 247, etc.

(2) Une dépêche de Yorke contient le récit d'une conversation entre M. de Massones, ambassadeur d'Espagne à Paris, et la marquise de Pompadour, dans laquelle cette dernière affirme son désir de travailler au maintien de la paix. YorJve à Newcastle, 20 janvier 1756.

(3) Le maréchal de Belle-Isle fut nommé au commandement de toutes les côtes de l'Atlantique et de la Manche, le 27 décembre; le maréchal de Richelieu, à celui des côtes de la Méditerranée, quelques jours après. Mémoires de Litynes, t. XIY, p. 352, etc.

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