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L'ANGLETERRE REFUSE DE RENDRE LES PRISES

moiement et d'effacement dans lequel s'était cantonné le gouvernement français pendant le second semestre de 1755; le refus que l'Angleterre devait infailliblement lui opposer serait à la fois la justification et le signal des représailles auxquelles on s'était enfin arrêté.

La cour de Saint-James ne pouvait, en effet, accorder une restitution, qui eût été le désaveu de la politique suivie depuis l'origine du conflit par le ministère Newcastle, et sanctionnée par les votes répétés du Parlement. Aussi les hésitations ne furent- elles pas longues sur la teneur de la réponse à faire. La réquisition parvint entre les mains de Fox le 3 janvier 1756; dès le 10 de ce mois, Newcastle rend compte (1) de la décision du conseil : « Les Français nous ont envoyé un mémoire des plus insolents, nous enjoignant de rendre les bâtiments capturés et qualifiant ces prises d'actes de piraterie et de brigandage ; ils considéreront notre refus comme une déclaration de guerre. Nous avons décidé de répondre négativement par une note très courte, dans laquelle nous démontrons que nos agissements ont été motivés par les attaques de la France et dictés par l'obligation de soutenir l'honneur du roi, les droits de sa couronne et la sûreté de ses États. Quelquesuns d'entre nous auraient été partisans d'une déclaration de guerre immédiate ; mais on a pensé que nous ne retirerions aucun bénéfice de cette mesure, qui probablement aliénerait la Prusse , mécontenterait l'Espagne , et nous ferait considérer comme les agresseurs par d'autres puissances de l'Europe. »

Dans sa réplique , le gouvernement anglais se borna à faire l'apologie de la conduite adoptée vis-à-vis de la France, et tout en repousant la restitution des prises comme mesure préliminaire, informa la cour de Versailles que Sa Majesté Britannique continuait à « souhaiter la con-

(1) Newcastle à Devonshire, 10 janvier 1756.

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servation de la tranquillité publique », et qu'elle « se prêterait volontiers à un accommodement équitable et solide ».

A la cour de Versailles, on n'essaya pas de renouer officiellement les pourparlers, auxquels le cabinet de Londres, à en juger d'après les termes dont il s'était servi, ne voulait pas fermer la porte. A partir de ce moment, l'attitude de la France ne variera plus; le ministère de Louis XV, soit dans les conversations officieuses, qui se prolongèrent encore pendant quelque temps (1), soit dans sa réponse aux offres de médiation que lui firent , dans les premiers mois de 1756, les rois de Prusse et d'Espagne, ne démordra pas des conditions posées dans son ultimatum , et insistera sur la remise des bâtiments capturés comme préambule de toute négociation.

Réveillé de sa longue torpeur, le gouvernement de Louis XV renonça à tout espoir de rétablir la paix, et se décida enfin à demander aux armes la réparation des insultes qu'il avait essuyées de la part de l'Angleterre. De grands efforts furent faits pour mettre sur le pied de guerre les troupes de terre et pour activer les armements maritimes. Le maréchal de Belle-Isle fut chargé de la surveillance des côtes de l'Océan et de la Manche, et appelé au commandement de l'armée destinée à l'invasion des Iles Britanniques; le maréchal de Richelieu reçut le mandat d'inspecter les côtes de la Méditerranée et d'organiser une expédition contre File de Minorque, occupée par les Anglais en 1708 ot restée entre leurs mains depuis cette époque.

(1) Vernet à sir Joshua Van Eck. Paris, 24 janvier 1756. Cette lettre, communiquée à Newcastle, fut écrite probablement par le négociant français dont parle Walpole dans sa correspondance de Paris. Vernet était un banquier de Genève.

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