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ARMÉE ET FINANCES DE LA FRANCE

d'Ostende, d'Ypres ou Nieuport. Si l'une quelconque de ces éventualités se réalisait, l'armée française entrerait immédiatement dans les Pays-Bas autrichiens. A cet effet, un plan de campagne dressé par le maréchal de Belle-Isle prévoyait la conquête des Pays-Bas, le siège de Namur et celui de Maastricht, dans le cas où les Hollandais ne resteraient pas neutres. Le corps expéditionnaire, qui pourrait être porté à 100 bataillons et 50 escadrons, aurait facilement raison des 40 bataillons et des deux régiments de cavalerie dont se composaient les forces autrichiennes. Ce projet stratégique devait être communiqué à Frédéric , en cas d'entente pour une action commune.

A la notice sur les ressources militaires de la France, était joint un aperçu de la situation financière. Les dépenses correspondant à ce que nous appellerions aujourd'hui le budget de la guerre étaient évaluées à 70 millions; les départements de la marine et des colonies devaient absorber 30 millions. En regard, on évaluait les revenus ordinaires à 115 millions, et on s'était procuré, grâce au renouvellement de la ferme générale et aux avances des officiers de chancellerie et des gens de finance, une recette extraordinaire de 100 millions, suffisante pour couvrir les premiers frais des hostilités.

Malheureusement, si les renseignements sur l'armée et le trésor, que l'envoyé de Louis XV emporta avec lui , ne manquaient ni d'ampleur ni de précision , il n'en fut pas de même des desseins politiques de la France , que les mémoires et les communications verbales du ministre laissaient encore très mal définis. Nivernais, quelques jours avant son départ , s'adressa à Rouillé pour obtenir sur ce point capital des instructions explicites. « Je crois devoir, écrit-il le 11 décembre (1), avoir l'honneur de vous rappeler le petit agenda que vous me remites le jour que vous

(1) Nivernais à Rouillé 2 décembre 1755, dépêche citée par Lucien Perey.

me fîtes l'honneur de venir chez moi à Paris. Le premier article de cet ag-enda porte que le conseil du roi a balancé jusqu'à présent, et balance encore, entre le parti de faire une guerre de terre ou de se borner à une guerre de mer avec l'Angleterre, c'est-à-dire que le conseil du roi n'a pas encore pris de parti. Je ne puis me dispenser d'avoir l'honneur de vous demander si c'est encore là le langage que je devrai tenir au roi de Prusse, et si c'est sur cette base que je devrai échafauder mes discours et ma négociation. »

La réponse du ministre (1) ne dut pas ajouter beaucoup aux lumières de l'ambassadeur : « Je suis à portée. Monsieur, écrit Rouillé, de m'expliquer avec vous aujourd'hui plus nettement. Le roi ne se connaît d'ennemis que l'Angleterre; il ne veut pas en augmenter le nombre et craint encore plus d'occasionner une guerre générale en Europe. Sa Majesté se propose donc de tirer une juste satisfaction du roi d'Angleterre, et d'employer tous les moyens que Dieu lui a mis en mains pour se venger de ce prince, soit par ses forces navales, à l'augmentation desquelles on travaille sans relâche, soit en attaquant ses États de Hanovre, soit en l'allant chercher jusque dans Londres. Voilà, Monsieur, quelles sont jusqu'à présent les intentions de Sa Majesté. Elle désire qu'on les tienne fort secrètes, mais elle me permet de vous en faire part, afin que vous puissiez les confier à Sa Majesté Prussienne. »

En prenant connaissance d'un programme qui, sous de grands mots et avec une apparence de mystère quelque peu ridicule , résumait les indécisions caractéristiques du cabinet français depuis la rupture avec l'Angleterre, Nivernais dut se dire qu'il n'y avait guère à compter, pour la tâche dont il était chargé, sur la direction du ministre des Affaires Étrangères. En revanche, le crédit dont il

(1) Rouillé à Nivernais, 15 décembre 1755. Dépêche citée par Lucien Perey.

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