‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 110 sur 249 · ARRIVEE DE NIVERNAIS A BERLIN · texte numérisé non relu

ARRIVEE DE NIVERNAIS A BERLIN

jouissait auprès du roi, l'appui qu'il pouvait attendre de M"^ de Pompadour, son amie, et du maréchal de Belle- Isle, son parent, lui permettaient une initiative qui eût été vertement blâmée chez des diplomates moins bien en cour. Dans ces conditions, il pouvait avoir dans le succès de sa misson d'autant plus de confiance, qu'au moment de son départ il devait ignorer la négociation secrète avec la cour de Vienne. S'il eut des soupçons à cet égard, comme» semblent le prouver certains passages de sa correspondance , ils lui furent probablement inspirés par les bruits qu'il recueillit , et par les avis que lui firent passer ses amis de France pendant son séjour en Prusse.

Ainsi armé de toutes pièces, le duc de Nivernais partit de Paris le 22 décembre 1755 (1). A Leipzig, où il se reposa le 7 janvier, il reçut un courrier de France et un billet de M™* de Pompadour, dans lequel la favorite s'applaudissait de l'envoi de l'ultimatum à la cour anglaise. « Le parti est bon et ferme, écrit-elle (2). Vous savez que telle a toujours été ma façon de penser; vous pouvez eu assurer très affirmativement Sa Majesté Prussienne Frédéric II, ainsi que du peu d'intérêt que je prends à la banque anglaise. » L'envoyé extraordinaire, arrivé à Berlin le 12 janvier 1756, eut sa première audience du roi de Prusse le 14 de ce mois, un mercredi, à 4 heures du soir. Dans l'entretien qui dura cinq quarts d'heure, Frédéric aborda de suite le sujet de sa correspondance avec le ministère anglais ; il eut soin de rappeler qu'il en avait averti le cabinet de Versailles ; que d'ailleurs dans ces pourparlers, « il n'y avait rien qui pût répugner aux engagements qu'il a avec nous, et qu'il ne pût montrer et publier hautement ». La conversation roula ensuite sur les différends en Amérique, sur les opérations à entreprendre contre

(1) Voir, sur la mission du duc de Nivernais, l'intéressant ouvrage de Lucien Perey : Un petit-neveu de Mazarin; 1890, in-S».

(2) Ce billet est reproduit par Lucien Perey.

l'Angleterre , sur les projets et les moyens d'action de la France que Nivernais parait avoir exposés en détail , et sur l'attitude des principales puissances européennes. L'envoyé français résume ainsi ses impressions (1) : « Ce qui me parait résulter assez clairement de tout ce qu'il m'a dit, c'est un aveu qu'il est depuis long-temps en négociation avec l'Angleterre; qu'il a, ou qu'il affecte, une grande crainte de l'invasion des Russes; qu'il n'a pas envie de prendre avec nous aucune mesure qui pût le compromettre; que l'ouvrage qui devrait être tout simplement de faire un nouveau traité d'alliance avec lui sera probablement fort difficile , quoiqu'il paraisse sentir que nos ennemis sont les siens et que les siens sont les nôtres. »

Frédéric semble avoir été surpris du silence que l'ambassadeur avait gardé au sujet de la prorogation du traité de 1741, et fait part de cette impression à Knyphausen(2) et à Podewils (3).

La seconde entrevue eut lieu le 17 janvier. Nivernais, inquiété par le bruit de l'arrivée prochaine d'un ministre anglais à la cour de Berlin, entame franchement la question. « Je crois voir clairement, » écrit-il à Rouillé (4), « que le roi ne veut prendre aucun engagement qui le forçât à une offensive ; mais je ne crois pas devoir désespérer de l'amener à un traité d'alliance défensive . Il est certain que le voisinage des Russes et le concert des trois cours de Vienne, de Pétersbourg et de Londres, le tiennent en grande crainte, et j'ai lieu de croire par tout ce qu'il m'a dit, et le ton dont il me l'a dit, qu'il n'a pas à présent envie de remuer, »

A partir de ce moment, les conférences avec les ministres prussiens et les audiences du roi se succèdent de jour

(1) Nivernais à Rouillé, 17 janvier 1756. Archives des Affaires Étrangères.

(2) Frédéric à Knyphausen, 17 janvier 1756. Correspondance , vol. XII.

(3) Frédéric à Podewils, 18 janvier 1756.

(4) Nivernais à Rouillé, 20 janvier 1756.

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