‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 11 sur 249 · LA BELLE-RIVIÈRE (OHIO · texte numérisé non relu

LA BELLE-RIVIÈRE (OHIO

de la Jonquière, les dispositions pacifiques (1) de Longueuil, son successeur par intérim, firent ajourner l'entreprise jusqu'à riiiver de 1752-53. A cette époque, le marquis Duquesne venait de prendre possession de son poste ; il avait reçu comme instructions (2) de faire tous les efforts possibles pour expulser les Anglais des cantons de TOhio, et « de les empêcher d'y venir faire la traite, en saisissant leurs marchandises et en détruisant leurs postes » . Il devait en même temps faire entendre aux sauvages qu'ils auraient la liberté d'aller chez les Anglais pour trafiquer avec eux, mais qu'on ne souffrirait pas ces derniers sur rOhio, dont le bassin avait appartenu à la France longtemps avant l'invasion des Iroquois (3).

Peu de temps après le départ de France du nouveau gouverneur général, le ministre lui écrit (4-) : « Je viens d'apprendre la mort de M. de la Jonquière et je reçois en même temps des lettres de M. le baron de Longueuil, qui contiennent des détails peu satisfaisants par rapport aux sauvages des pays d'en haut... On aurait prévenu les embarras où l'on se trouve si, dès l'année 1750, ou du moins en 1751, ou peut-être même cette année-ci, on eût envoyé à la Belle-Rivière (Ohio) des forces suffisantes pour en expulser les traitteurs [sic] anglais. M de la Jonquière avait malheureusement adopté un système tout différent; c'est à réduire ces sauvages rebelles qu'il paraissait uniquement s'attacher... Je compte qu'à votre arrivée à Québec, vous aurez fait vos dispositions pour commencer par chasser les traitteurs anglais de la Belle-Rivière. C'est là en effet l'objet capital dans cette affaire... il serait très important que cette expédition pût être couverte de quelque autre

(1) Bigot au ministre, 26 octobre 1752.

(2) Ministre, Instructions à Duquesne, 15 mai 1752.

(3) Les Anglais soutenaient que la région de l'Ohio appartenait aux Troquois, sur lesquels ils exerçaient une espèce de protectorat.

(4) Ministre à Duquesne, 9 juillet 1752.

prétexte apparent, afin de surprendre les traitteurs anglais avec leurs marchandises , ce qui serait plus propre à les dégoûter de ce commerce que toutes les autres mesures qu'on pourrait prendre. »

Duquesne entra dans l'esprit de ses instructions et, avant même la réception de la lettre que nous venons de citer, fît les préparatifs nécessaires. Une expédition, sous les ordres de M. Marin, fut envoyée, au printemps de 1753. Arrêtée par des difficultés de transport, par la mort de son chef et les maladies de la troupe, elle ne put atteindre l'Ohio et se contenta d'établir un fort à la Presqu'île sur le lac Érié, et deux postes sur la Rivière aux Bœufs. Les fatigues de ce voyage furent considérables : « Il n'y a que les Canadiens », dit Duquesne (1), « dans le monde, qui soient en état de coucher en plein air, et qui puissent tenir à l'ouvrage immense que ce détachement a fait pour fournir au transport des effets dans deux portages, dont l'un a sept lieues et l'autre trois. J'y avais bien prévu en y envoyant 55 chevaux; mais le plus grand nombre est mort dans la route ou exténué de fatigue , de façon qu'on n'en a pas tiré un grand secours. »

Une partie des hommes fut laissée dans les nouveaux forts, le reste revint à Montréal dans un triste état. « J'ai passé moi-même en revue, écrit le gouverneur (2), le détachement qui est revenu de la Rivière aux Bœufs, et je n'ai pu m'empêcher d'être touché du pitoyable état où l'ont réduit les fatigues excessives des portages et le coucher à la belle étoile pendant près de trois mois. Il n'y a pas lieu de douter que si ces hommes exténués s'étaient mis en route pour suivre leur destination , la rivière d'Ohio aurait été jonchée de morts par les fièvres et les fluxions de poitrine qui commençaient à gagner cette troupe, et que

(1) Duquesne au ministre, 2 novembre 1753.

(2) Duquesne au ministre, 29 novembre 1753.

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