‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 12 sur 249 · WASHINGTON PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

WASHINGTON PARLEMENTAIRE

les sauvag-es mal intentionnés n'auraient pas manqué de l'attaquer, n'étant composée que de spectres... »

La plupart des traitants anglais expulsés, ou faits prisonniers par les détachements français, relevaient de la puissante compagnie de l'Oliio (1), dont les principaux associés étaient des commerçants de la Virginie et du Maryland et des banquiers ou personnes notables de la métropole. Cette société avait obtenu de grandes concessions de terres dans le bassin de l'Ohio, ainsi que le monopole des échanges avec les Indiens ; aussi les plaintes des intéressés reçurentelles bon accueil des gouverneurs de la Pensylvanie et de la Virginie. Le premier, M. Hamilton, proposa, pour la protection de ses compatriotes, l'établissement d'une chaîne de postes fortifiés; mais ce projet, mal accueilli par l'assemblée provinciale, peu disposée à faire des sacrifices et jalouse des privilèges de la compagnie, ne fut pas mis à exécution. M. Dinwiddie, gouverneur de la Virginie, se décida à envoyer aux commandants des nouveaux forts français un officier, chargé de faire des remontrances et de s'enquérir de leurs ordres ; il confia cette mission à la fois délicate et dangereuse à Washington, jeune officier de milice , dont le nom , destiné à être couvert de tant d'éclat, apparaît pour la première fois dans les annales de son pays. Celui-ci a laissé de sa mission un journal qui a été publié et contient un récit fort émouvant de ses aventures. Washington arriva au fort de la Rivière aux Bœufs au milieu de l'hiver de 1753-54, et y fut très poliment reçu par M. Legardien de Saint-Pierre , qui promit de faire parvenir au Canada la lettre dont il était porteur. Au retour du parlementaire à Williamsburg, alors capitale de la Virginie , Dinwiddie annonça à Londres (2) qu'il ferait partir pour la région contestée un détachement de milice , avec

(1) John Buik, Uisiory of Virginia, Petersburg, 1805.

(2) Dinwiddie à Holdernesse, 29 janvier 1754. Record Office. Londres.

n LE RENVERSEMENT DES ALLIANCES. — CHAP. L

ordre, tout en restant sur la défensive, d'empêcher les Français d'y créer des établissements.

Au dire du gouverneur et de son collègue Shirley, les districts arrosés par TOhio et ses affluents auraient été achetés aux Indiens par un traité dit de Lancaster en 1744, confirmé en 1752, pour la somme de 400 livres sterling (1), payable moitié en marchandises, moitié en espèces; l'instrument de cession reconnaissait le droit du roi d'Angleterre « à toutes les terres que Sa Majesté a attribuées ou attribuera à la colonie de la Virginie ». Dinwiddie, qui en raison de sa fonction devait être bien renseigné, est moins affirmatif : « On ne sait pas, écrit-il (2), si l'Ohio appartient à cette province ou à celle de Pensylvanie, mais jl faudra, quand le temps sera venu, fixer les limites. »

Quelle que fût l'opinion du gouverneur sur la valeur des titres de possession du territoire disputé, il n'hésita pas à prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les Français, dont les projets venaient de lui être confirmés par Washington. Il obtint de l'assemblée de Virginie un crédit de 10,000 livres sterling, et résolut (3) d'ériger un fort à l'endroit où les deux rivières de la Monanghahela et de l'Alleghany se réunissent pour former l'Ohio, et un autre sur le cours inférieur de ce fleuve , pour intercepter la communication des postes français avec le Mississipi. Des terres, d'une superficie de 200,000 acres, devaient être réservées pour concessions aux volontaires qui prendraient part à l'expédition.

Pendant que le Virginien Trent s'avançait vers l'Ohio, avec la mission (4) « de déloger les Français, et en cas de refus ou résistance, de tuer, détruire ou faire prisonnière

(1) Shirley à Holdernesse , 19 avril 1754.

(2) Dinwiddie à Holdernesse, 25 octobre 1754.

(3) Dinwiddie aux Lords of ïrade, 12 mars 1754.

(4) Dinwiddie, instructions à Trent, 26 janvier 1754.

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