‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 116 sur 249 · PROJET DE TRAITE FRANCO-PRUSSIEN · texte numérisé non relu

PROJET DE TRAITE FRANCO-PRUSSIEN

« que cette idée était trop contraire aux préjugés qui subsistent depuis trois cents ans. . . , pour n'avoir pas l'air d'une récrimination. » Quelques jours après, nouvelle question du Prussien. «Je lui ai demandé, avait riposté le ministre (1), si c'était un conseil qu'il voulait nous donner, et en ce cas s'il nous le donnait de bonne foi. »

Comme conclusion des conférences de Potsdam, Nivernais, de plus en plus acquis au maintien de l'entente avec Frédéric, rédigea et expédia à Paris un projet d'alliance défensive, prorogeant le traité en cours qui devait expirer le 5 juin 1756. Un article secret stipulait la garantie de la Silésie, la faculté pour les navires prussiens de trafiquer pour le compte français, et un secours de 10,000 hommes à la France en cas d'attaque et de réquisition de cette puissance.

Cette pièce, datée du 27 février, dut partir de Berlin au moment même de l'arrivée du courrier de Paris qui apportait à l'envoyé extraordinaire ses lettres de rappel, signées le 19 de ce mois. Une dépêche du ministre, écrite le même jour, exprimait toute la sollicitude qu'occasionnait à Versailles l'état de santé du duc : « Le roi vous permet , lui mandait-on, d'en faire usage (des lettres de rappel) plus tôt ou plus tard, suivant ce que pourra exiger votre santé, à laquelle Sa Majesté s'intéresse véritablement. »

Malgré cette autorisation sur la portée de laquelle il était difficile de se tromper, malgré les avis plus ou moins déguisés que devait contenir la correspondance soutenue qu'il entretenait avec M™° de Pompadour (2) et le maréchal de Belle-Isle , Nivernais s'acharna à poursuivre une œuvre dont sa cour ne désirait plus l'achèvement. Sous prétexte d'attendre la réponse à la proposition qu'il vient de transmettre à Paris, il ajourne son retour en France. « Si Sa

(1) Rouillé à Nivernais, 19 février 1756.

(2) Les dépêches échangées avec le ministre des Affaires Étrangères mentionnent à plusieurs reprises des billets destinés à M™^ de Pompadour, avec prière de les lui faire parvenir.

Majesté, écrit-il (1), a pris le parti de faire ici un traité d'alliance défensive, je crois qu'il sera utile que je travaille à cet ouvrage , et que je le conduise jusqu'à la forme d'un projet respectivement convenu et rédigé; et, dans ce cas, cela retarderait mon départ de quelques semaines, peutêtre de fort peu , car ici ce n'est pas seulement de la diligence qu'il y a dans les résolutions, c'est de la soudaineté. » Entre le cabinet de Versailles et son représentant à Berlin, la divergence de vues s'accusait de plus en plus. Soit par obéissance à l'attraction que Frédéric savait exercer sur ceux qu'il admettait dans son intimité, soit par désir de ne pas revenir les mains vides d'une mission autour de laquelle on avait fait tant de bruit , soit par la raison politique qu'il avait fait valoir, Nivernais était devenu partisan d'un accord quelconque avec la Prusse. Le roi de France, au contraire, n'avait pu se résoudre à pardonner l'offense, et se décidait, non sans de grandes hésitations et quelques regrets, à abandonner le système de l'alliance prussienne pour écouter les ouvertures de l'impératrice Marie- Thérèse. A l'ambassadeur qui n'avait pas voulu saisir le sens caché des inquiétudes que l'on manifestait à Paris sur les dangers pour une santé débile d'un séjour prolongé a Berlin, Bouille écrivit un billet (2), qui ne permettait plus l'équivoque. « J'avais cru, Monsieur, que vous auriez compris par les lettres particulières que j'ai eu l'honneur de vous écrire, par vos deux derniers courriers, que le roi ne croit pas devoir se presser de renouveler son traité avec le roi de Prusse. Il faut donc vous confier ce secret , afin que vous preniez vos arrangements pour votre retour, de façon cependant que la cour où vous êtes n'en prenne aucun ombrage. Nous avons, Monsieur, depuis près de deux ans, proposé de renouve-

(1) Nivernais à Rouillé, 9 mars 1755.

(2) Rouillé à Nivernais, 13 mars 1755.

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