‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 117 sur 249 · RAPPEL DE NIVERNAIS · texte numérisé non relu

RAPPEL DE NIVERNAIS

1er ce traité : le roi de Prusse a fait la sourde oreille jusqu'au temps où il a fait sa convention avec le roi d'Angleterre. Actuellement il le désire, et Sa Majesté ne croit pas devoir se presser de se déterminer dans la circonstance présente. »

Pendant les derniers jours de sa mission, Nivernais eut, un peu malgré lui , à s'occuper de la médiation que Frédéric avait offerte à la France et à l'Angleterre , et que les puissances belligérantes avaient acceptée plutôt par égard pour le médiateur que par espoir d'un résultat utile. Seul, le roi de Prusse avait pris son rôle au sérieux. La grosse difficulté était la restitution des prises, sur laquelle la France insistait comme mesure préliminaire de tout pourparler, tandis que l'Angleterre entendait la rattacher au fond de la négociation. Frédéric fit de son mieux pour tourner l'obstacle en offrant sa garantie ; mais la mauvaise volonté des parties fit échouer ses efforts.

Le gouvernement français , devenu , depuis son ultimatum de décembre 1755, aussi belliqueux qu'il avait été pacifique avant cette époque , peu enclin à des concessions quelconques, était encore moins disposé à les faire par l'intermédiaire de son ancien allié. La cour de Saint-James, rassurée par le traité de Westminster sur la sécurité du Hanovre, se montrait peu soucieuse de braver l'opinion en rendant sans conditions les bâtiments, dont le public anglais avait sanctionné la capture par ses clameurs et par le vote de ses députés.

Avec si peu de bon vouloir de part et d'autre , les tentatives de rapprochement ne pouvaient aboutir; elles traînèrent cependant jusqu'à la déclaration de guerre faite par l'Angleterre en mai 1756, à la suite de l'expédition de Minorque.

Nivernais eut son audience officielle de congé, le 27 mars. 11 se loue beaucoup du roi, qui le combla de grâces et de témoignages d'amitié. « Il n'a pris aucune humeur.

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mande-t-il à Paris, du retardement du traité, et persiste dans le système de conserver et cimenter notre union. » Si l'aimable et brillant ambassadeur avait pu jeter un coup d'œil sur les dépêches de son royal interlocuteur, il est probable qu'il n'eût pas tenu un langage aussi optimiste.

Parfaitement renseigné par son représentant de Paris, Frédéric n'avait pas attendu la fin de la mission extraordinaire pour se rendre compte que le gouvernement français n'était plus disposé au renouvellement. Il attribua d'abord à une blessure d'amour-propre les hésitations manifestées par la France, mais il ne s'arrêta pas longtemps à cette explication. Quelle que fût la susceptibilité de Louis XV et de son entourage, il n'était pas possible de supposer que la cour de Versailles, en abandonnant son seul allié, se fût résignée à l'isolement la veille d'un conflit qui pouvait s'étendre à toute l'Europe. Si le cabinet français ne voulait pas écouter ses avances, c'est qu'il cherchait d'un autre côté, à Vienne probablement, le concours qui lui faisait défaut à Berlin. Aussitôt cette pensée entrée dans le cerveau soupçonneux du roi, elle se fait jour, comme nous l'avons vu , par des questions insidieuses à Nivernais , par des demandes formulées, presque en termes identiques, aux ministres prussiens de Paris, Vienne, Londres et Dresde, et par la communication, sous forme interrogative aux uns, des renseignements que lui fournissaient les autres.

L'une des caractéristiques de la correspondance diplomatique de Frédéric est, en effet, le soin tout particulier avec lequel il veille à ce que ses envoyés à l'étranger soient bien au courant des nouvelles que donnent leurs collègues. Sans doute il ne leur dit pas tout; il ne confiera pas à ses agents de Vienne et de Paris les incidents de sa négociation avec l'Angleterre, mais il les tiendra suffisamment au courant de sa politique générale, des faits, des bruits et des commérages contemporains , pour que , bien

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