‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 119 sur 249 · LE RENOUVELLEMENT REPOUSSE A VERSAILLES · texte numérisé non relu

LE RENOUVELLEMENT REPOUSSE A VERSAILLES

Après avoir épuisé le chapitre des plaintes, Rouillé avait énuméré les préjudices pour la France, et les dangers pour la Prusse, qui découleraient des nouveaux engagements contractés vis-à-vis de l'Angleterre, Nous lisons dans la correspondance de Frédéric le résumé des arguments du ministre français et de ceux qu'il leur opposait sous forme d'une note intitulée (1) : « Raisons de maître Rouillé pour réfuter la défense de ma conduite , et des motifs qui ont fait faire à maître Frédéric la convention de neutralité pour l'Allemagne. »

Dans sa dépèche à Knyphausen du 16 février (2), le roi rétorque les observations faites à son envoyé , et termine sa justification en déclarant que la France ne pouvait être plus offensée de l'attitude de la Prusse que de celle de l'Espagne , et que « l'arrivée du duc de Nivernais ne peut rien aggraver, vu que ce n'est pas le caractère de la personne , mais les conditions acceptables qui décident du succès de la mission ».

Quelque soin que mît le roi à répondre aux griefs de la cour française, il dut surtout porter son attention sur le compte rendu de la séance tenue parle conseil de Louis XV, le 4 février, dans laquelle avait été discutée la question du renouvellement proposé par Nivernais. Plusieurs membres du conseil s'étaient prononcés contre un nouveau traité qui serait préjudiciel aux intérêts et à la dignité du roi; ils avaient rappelé la défection du roi de Prusse à l'occasion de la paix de Breslau (3), et avaient réclamé le rappel immédiat de Nivernais.

« Mais après des débats très vifs », ajoutait Knyphausen, « on est enfin convenu qu'il serait imprudent d'aliéner tout

(1) Correspondance de Frédéric, vol. XII, p. 114.

(2) Frédéric à Knyphausen, 16 février 1756.

(3) Frédéric, quoique lié à la France par le traité du 5 juin 1742, avait traité avec Marie-Thérèse et signé avec elle, sans la participation de la France, la paix de Breslau, le 11 juillet 1742.

à fait Votre Majesté, et de se livrer entièrement au ressentiment dont on était animé... Le maréchal de Belle-Isle a fort influé sur cette résolution... Il est le seul qui ait osé parler au roi et au ministère en faveur du renouvellement de son alliance. »

Le 23 février, arrivent de nouveaux renseignements de Paris. Knyphausen mande (1) que les mauvaises impressions produites par la convention de Westminster ont été accrues à la lecture du texte communiqué par Nivernais : il soupçonne la cour de Vienne « d'avoir entamé une négociation secrète auprès du ministère de France , dans la vue de profiter du refroidissement que peut avoir occasionné le traité avec l'Angleterre » ; il croit, d'après des propos recueillis ou surpris, que « cette négociation se traite entre M. Rouillé, l'abbé de Demis, le comte Stahremberg, M"° de Pompadour et l'abbé La Ville , et que les autres ministres de France n'en ont aucune connaissance, pas même le comte d'xVubeterre (2) qui devrait naturellement en être instruit. » Cette dépêche parvint à Potsdam après le séjour que venait d'y faire Nivernais, et par conséquent après les entretiens résumés dans son rapport du 27 février, dont nous avons cité plusieurs passages. C'était en connaissance de cause que le conseiller Eichel pouvait écrire (3) au comte Podewils, que le langage du ministre à Paris était fort différent de celui que venait de tenir son représentant à Potsdam.

Cependant, le ton du cabinet français devenait plus rassurant : Knyphausen rendait compte (4) d'une longue conversation avec Rouillé , au cours de laquelle ce dernier

(1) Knyphausen à Frédéric, 13 février 1756.

(2) M. d'Aubeterre, ambassadeur de France à Vienne, ne fut averti des négociations entamées entre les deux cours qu'après la signature du traité du 1«' mai 1756.

(3) Eichel à Podewils. Correspondance de Frédéric, vol. XII, p. 137.

(4) Knyphausen à Frédéric, 22 février 1756.

Page 1