VALORY NOMME A BERLIN
avait insisté sur l'incompatibilité des anciens arrangements de Londres, remis en vigueur (1) par l'acte du 16 janvier, avec le maintien de l'alliance prussienne ; mais sans doute pour adoucir l'effet de cette remarque, il avait ajouté que l'accession de la France au traité de 174-7, conclu entre la Prusse et la Suède, rendait inutile la signature d'une nouvelle convention ; le ministre avait d'ailleurs professé les sentiments les plus amicaux pour le roi de Prusse , et confirmé la nomination du marquis de Valory <;omme remplaçant du chevalier de la Touche.
Cette déclaration , et surtout l'envoi d'un diplomate qui passait à bon droit pour persona gratissima à Berlin , autorisait à penser, d'après Knyphausen, « que la cour de France ne cherche point à entrer dans aucune ligue contre Votre Majesté, en haine de sa démarche (vis-à-vis de l'Angleterre); au moins, n'ai-jepas lieu de supposer que ce soit son intention dans le moment présent, comme je l'avais d'abord soupçonné. Je suis également porté à croire que la crainte qu'on a de se voir privé entièrement de l'alliance de Votre Majesté, et de la voir passer dans le parti opposé, fera qu'on consentira très incessamment, pour peu qu'elle y insiste , au renouvellement du traité d'alliance défensive, malgré les difficultés qu'on y trouve actuellement. Quant à ce qui concerne le rétablissement de la confiance entre Votre Majesté et la France, il est certain que la convention de neutralité qu'elle vient de conclure avec l'Angleterre , a considérablement affaibli celle que les ministres , et tous ceux qui prennent part aux affaires , avaient placée en elle, et qui n'a peut-être jamais été aussi étendue ni plus sincère qu'elle l'était à l'époque de cet événement. ))
Malgré l'opinion de son représentant et en dépit du dé-
(1) Plus spécialement le traité de Westminster de 1742, par lequel le roi de Prusse s'était engagé à défendre les États du roi de la Grande-Bretagne et à lui fournir un secours en troupes.
menti que ce dernier avait recueilli de la bouche du ministre au sujet des ouvertures autrichiennes (1), Frédéric, tout en continuant de désirer la conclusion d'un nouvel accord avec la France, ne compte plus sur ce résultat. Le 7 mars, il écrit (2) à Podewils, qui lui avait soumis un projet rédigé probablement de concert avec Nivernais : « Je doute fort jusqu'ici que la France veuille entamer une telle négociation, vu que, si elle l'eût voulu, elle l'aurait d'abord fait, au lieu .<que jusqu'à présent elle n'a fait que demander mille explications frivoles, apparemment pour gagner le temps de faire ses affaires avec la cour de Vienne. »
Plus on perd l'espoir à Berlin de rétablir l'entente cordiale avec le cabinet de Versailles , et plus on se rapproche de celui de Londres ; les rapports de Michell avec les ministres anglais semblent plus intimes. Le roi ordonne à son chargé d'affaires (3) d'attirer l'attention d'Holdernesse sur les pourparlers entre les gouvernements de Marie-Thérèse et de Louis XV, dont le bruit croit de jour en jour, et d'insister, pour que l'Angleterre s'assure le concours de la Russie qu'il ne faut, à aucun prix, laisser entraîner par l'Autriche.
Sur ces entrefaites, les informations de Paris prennent un caractère plus précis; Knyphausen raconte (4) que « la cour de Vienne vient de faire proposer à la France... d'échanger la partie des Pays-Bas autrichiens qui avoisine la Flandre française contre les duchés de Parme et de Plaisance, dont l'infant don Philippe est maintenant en possession... L'on assure que cette idée a été extrêmement goûtée ici. » L'envoyé « persiste toujours à croire que la négocia-
(1) Knyphausen, dans sa dépêche du 27, avait enregistré un nouveau démenti de Rouillé; mais, en présence des renseignements positifs qui lui étaient parvenus , il ne conseillait pas d'y ajouter foi.
(2) Frédéric à Podewills. Correspondance de Frédéric, vol. XII, p. 175.
(3) Frédéric à Michell, 9, 11 et 16 mars 1736.
(4) Knyphausen à Frédéric, 15 mars 1756.