‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 121 sur 249 · RAPPORT SUR LA NÉGOCIATION AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA NÉGOCIATION AUTRICHIENNE

tion entamée par la cour de Vienne n'est point dirigée directement contre la Prusse », mais il reconnaît que le but visé « est de dissoudre entièrement les liaisons de la France avec Votre Majesté, et que c'est la première branche d'un projet qui se rapporte à des vues beaucoup plus vastes et beaucoup plus éloignées. »

Ces nouvelles importantes furent immédiatement transmises aux ministres prussiens accrédités à Londres (1) , Vienne (2) et Dresde (3).

De son côté, Podewils profita de la visite d'adieu de Nivernais pour lui parler des bruits venus de Paris (4). L'ambassadeur se tira d'affaire avec esprit : « Ah ! je sais ce que c'est : c'est apparemment de la cession de la Flandre et de quelque autre partie du Pays-Bas que la cour de Vienne nous offre. Mais cela ne serait pas si mauvais pour la France, et surtout pour l'infant don Philippe, à qui on a fait le plus chétif et le plus misérable établissement du monde par la possession des pays de Parme et de Plaisance; car autant voudrait-il le nourrir chez nous à Versailles, à Fontainebleau, ou à Meudon ; il n'en coûterait pas plus à la France, et l'Espagne y trouverait son compte. »

Frédéric, informé de cette conversation, fit la réflexion suivante (5) : « Je verrai ce que je pourrai apprendre du duc de Nivernais aujourd'hui^ mais il appartient à cette catégorie de gens qui ne disent pas tout ce qu'on veut savoir d'eux. »

Dans la dernière entrevue entre l'envoyé français et le roi de Prusse, qui eut lieu à Potsdam le 5 avril (6), les deux interlocuteurs durent se borner aux propos aima-

(1) Frédéric à Michell, 27 mars 1756.

(2) Frédéric à Kiinggraffen, 27 mars 1756.

(3) Frédéric à Maltzahn, 26 mars 1756.

(4) Podewils à Frédéric, 2 avril 1756.

(5) Frédéric à Podewils, 3 avril 1756.

(6) Frédéric à Knyphausen, 6 avril 1756.

bles et aux compliments bien tournés, dans l'art desquels Nivernais était, comme on le sait, fort accompli; car nous ne trouvons aucune trace des dires du diplomate dans la volumineuse corespondance du monarque.

Tandis que Frédéric négociait avec Nivernais et cherchait, au moins pendant les premières semaines du séjour de ce dernier, à sauvegarder, par un arrangement avec la France, la neutralité qui était alors le but de sa politique, l'Angleterre se désintéressa presque complètement des incidents que nous venons de relater.

Le refus opposé à la réquisition française entraînait la continuation d'hostilités, que cette fois la cour de Versailles paraissait décidée à engagera fond. Les préparatifs d'invasion, qu'annonçaient tous les avis du continent, donnèrent lieu en Angleterre à une de ces paniques qui se renouvellent périodiquement chez nos voisins, et qu'explique la faiblesse des ressources militaires du royaume insulaire. Pendant l'hiver et le printemps de 1756, les conseillers du roi George n'eurent d'autre souci que celui de protéger l'Angleterre contre le débarquement des corps de troupes dont on annonçait la réunion sur les côtes de la Normandie et de la Picardie. Les garnisons de la Méditerranée, la sécurité du Hanovre , les renforts réclamés par l'Amérique , tout fut négligé pour le principal objet. A défaut des bataillons indigènes, insuffisants ou trop récemment levés pour pouvoir être utilisés , on appela en Angleterre le contingent hessois, la plus grande partie des troupes hanovriennes; on réclama, d'ailleurs sans succès, à la Hollande, les 6,000 hommes qu'en vertu des traités anciens cette puissance devait mettre au service de la Grande-Bretagne. La convention signée avec le roi de Prusse paraissait écarter tout danger pour les États électoraux du roi George ; il fallait profiter de cette heureuse circonstance pour concentrer sur l'Angleterre, directement menacée, toutes les forces dont on pouvait disposer.

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