NEWCASTLE CHERCHE A CONSTITUER UNE LIGUE
« Bien loin d'avoir abandonné par là (en traitant avec le roi Frédéric), écrit-il (1), l'ancien système, on a certainement suspendu ou prévenu pour le présent sa ruine
et on donne lieu de pourvoir à sa sûreté pour l'avenir. » Mûnchhausen s'exprime dans le même sens dans une lettre au saxon Fleming (2). D'après lui, l'accommodement avec la Prusse n'a pour objet que le maintien de la tranquillité en Allemagne; il ne doit donner aucun sujet d'inquiétude ni à l'Autriche , ni à la Saxe , avec lesquelles le roi George désire rester en bonnes relations,
A Vienne, l'envoyé anglais reçut l'ordre de tenir le même langage. Dans une dépêche en date du 23 mars, adressée à Keith par lord Holdernesse, se trouvent la justification de la conduite tenue par l'Angleterre à l'égard de la Prusse , et l'exposé de la politique qu'elle aurait désiré faire prévaloir en Allemagne avec l'aide de l'Autriche. Pour empêcher tout trouble en Europe, la réconciliation du roi de Prusse avec la Grande-Bretagne et ses alliés était indispensable. Le seul moyen d'atteindre le but était de rassurer ce prince contre les intentions hostiles qu'il prêtait à l'impératrice, en lui garantissant la paisible possession de ses États actuels. Cette garantie était d'autant plus conforme aux vues du roi George, que jamais ce souverain n'avait songé à donner son appui pour la reconquête de la Silésie. Si la cour de Vienne gardait quelque illusion sur ce chapitre, il était grand temps de la lui enlever. Le traité russe n'avait pas été fait contre la Prusse, mais il n'en constituait pas moins une sécurité additionnelle pour l'Autriche. « Le roi George, en effet, ne peut pas admettre des soupçons ou des insinuations sur la bonne foi du roi de Prusse , ni attribuer à ce prince le dessein d'attaquer l'Impératrice en Allemagne; mais si un pareil soup-
(1) Newcastle à Miinchhausen, 13 février 1756.
(2) Mûnchhausen à Fleming, 26 février 1786. Vitztlium, vol. I, p. 295.
çon se trouvait vérifié, si Sa Majesté Prussienne devenait l'agresseur contre la maison d'Autriche, le roi se regarderait comme libre , malgré le traité récent , de remplir ses engagements vis-à-vis d'elle, et de réclamer le concours de la czarine, tel qu'il a été stipulé par le traité signé avec cette princesse. »
Faire avorter les négociations entre les cours de Vienne et de Versailles, dont parlaient les dépèches interceptées de l'envoyé suédois (1), les rapports de Paris et les confidences de Berlin , amener un rapprochement entre l'Autriche et la Prusse, former une coalition de toutes les puissances continentales contre la France, assurer ainsi la tranquillité de l'Allemagne et la sécurité du Hanovre, déterminer Marie-Thérèse à prendre à sa charge la défense des Pays-Bas : tel était l'objectif général indiqué à l'ambassadeur anglais. L'idée de rétablir l'union entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, ressort également d'une lettre que Newcastle écrivait , le 23 mars , à Yorke (2) : « Il faut que nous prenions bien garde de ne pas provoquer légèrement la cour de Vienne; mais en même temps, nous devrons maintenir notre traité avec la Prusse , encourager cette alliance, et chercher peu à peu à l'incorporer dans notre vieux système. »
Miinchhausen ne partage pas les espérances du premier ministre : « Le comte FJeming (3) , écrit-il à Newcastle (4), parait être de l'opinion de Votre Excellence pour réunir le
nouvel allié avec les anciens. Pour moi, j'avoue que
quoiqu'il n'y aurait rien de plus satisfaisant et plus dési-
(1) Bunge à Hopken, 17 février 1756. Newcastle Papers.
(2) Newcastle à Yorke, 23 mars 1756.
(3) Le comte Fleming avait écrit à Miinchhausen, le 23 mars : « Le traité avec le roi de Prusse est bon si l'on y fait entrer les anciens alliés; sinon, on n'aura fait que changer d'amis sans qu'il soit bien constaté si l'on a perdu ou gagné au troc. » La lettre de Fleming fut envoyée à Londres.
(4) Munchhausen à Newcastle, 6 avril 175G.