‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 126 sur 249 · CONDUITE DE FREDERIC · texte numérisé non relu

CONDUITE DE FREDERIC

ce nous semble, distinguer entre les négociations anglaises avant l'arrivée de Nivernais, et les discussions entamées avec ce dernier. Pendant la première période, le roi oublie toutes les obligations que lui imposaient sa réputation personnelle et sa qualité de souverain, pour ne penser qu'à l'intérêt immédiat de ses États. Il s'abaisse au mensonge pour éviter les reproches. Honteux de l'action qu'il va commettre, il a hâte de s'abriter derrière le fait accompli; il précipite les événements pour échapper aux représentations qu'il attend. A la venue de l'ambassadeur, il n'a pas le courage, dès la première entrevue, de parler du traité; pendant quelques jours, il s'exprime en termes équivoques; il laisse croire à son interlocuteur que les choses sont moins avancées qu'elles le sont en réalité, et n'avoue qu'à la dernière extrémité l'existence de la convention. Cet aveu fait, l'attitude du roi change; il semblerait qu'il cherchât à racheter la tromperie dont il a usé vis-à-vis de la France par la franchise de ses explications, par la sincérité de ses discours, par la chaleur de ses protestations. Était-il de bonne foi à ce moment? Nivernais le crut et nous le pensons avec lui.

Le rapprochement de l'Angleterre et de la Prusse pouvait se comprendre, et dans une certaine mesure se justifier. Menacé parles deux impératrices dont les États avoisinaient les siens , et dont il n'ignorait pas les dispositions malveillantes, brouillé avec l'Angleterre, en mauvais termes avec le roi de Pologne, Frédéric, lorsqu'il fit les premières ouvertures au roi George, n'avait qu'un seul appui, la France. D'autre part, la conquête de la Silésie était un fait beaucoup trop récent pour n'être pas contesté par le vaincu; en cas d'hostilités sur le continent, la Prusse aurait à lutter, non pas pour l'acquisition de nouveaux territoires, mais pour la conservation des provinces annexées. L'expérience de la dernière guerre avait démontré que la France, occupée dans les Pays-Bas et sur le Rhin, n'avait

pas été en mesure d'assister son allié dans la lutte que celui-ci avait soutenue contre l'Autriche. L'avenir, dans l'automne de 1755, se dessinait bien autrement menaçant : à Fxlutriche viendraient se joindre, grâce aux subsides de la Grande-Bretagne, les armées russes et peut-être les contingents de la Pologne et de la Saxe ; quant au secours à espérer de la France, la faiblesse de sou gouvernement, la timidité de ses ministres, l'inexpérience de ses généraux, ne permettaient point de tabler sur une coopération plus active que celle du passé. Dans ces conditions, la Prusse n'avait rien à gagner et pouvait beaucoup perdre dans un conflit général ; elle avait donc tout avantage à écarter de l'Europe l'incendie qui, allumé en Amérique, pouvait s'étendre au vieux monde.

Or, l'une des parties belligérantes , l'Angleterre, moins forte sur terre que sa rivale, s'estimerait heureuse de maintenir aux hostilités leur caractère colonial et maritime, et n'interviendrait sur le continent que pour protéger les États électoraux de son souverain. Lui donner sur ce point la satisfaction désirée, garantir la neutralité du Hanovre, serait assurer la paix en Allemagne ou du moins éloigner la guerre des frontières de la Prusse. Les Russes, privés du subside que l'Angleterre n'aurait plus de raison de leur fournir, resteraient dans l'inaction; l'Autriche, inquiète po.ur les Pays-Bas, n'oserait pas tenter une attaque isolée contre la Prusse , que d'ailleurs cette dernière serait en mesure de repousser; quant à la lutte entre la France et l'Angleterre, réduite aux proportions infimes de quelques escarmouches au Canada, de quelques combats sur mer, il serait facile de la terminer par une médiation des puissances neutres , parmi lesquelles le roi de Prusse devrait figurer au premier rang.

C'est pour obéir à ces préoccupations , d'ailleurs fort légitimes, c'est avec le souci bien entendu de ses Etats, que Frédéric née-ocia et sisrna avec le roi George le traité du

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