‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 127 sur 249 · CONDUITE DE FREDERIC · texte numérisé non relu

CONDUITE DE FREDERIC

16 janvier; mais, si en agissant ainsi il n'avait cure ni de la situation présente ni des projets de la France, il n'entrait aucunement dans son plan de se brouiller avec elle. Il voulait préserver la tranquillité de l'Europe, il aspirait à devenir l'arbitre entre les cours de Versailles et de Londres; mais, pour jouer ce rôle, s'il était utile de devenir l'allié de l'une, il était indispensable de rester l'ami de l'autre.

Un peu moins de précipitation dans les avances faites à Londres n'aurait pas empêché la conclusion de la convention de Westminster, que le gouvernement anglais désirait autant que celui de Berlin, et plus d'honnêteté vis-à-vis de la France eût suffi pour lui conserver la bonne opinion de ce pays. Malheureusement pour le roi de Prusse , ni la patience, ni la moralité politique n'étaient au nombre de ses qualités. Rancunier lui-môme, mais assez décidé de caractère pour pouvoir subordonner son amour-propre à son intérêt, Frédéric ne comprit pas toute la portée de l'affront qu'il infligeait à la cour de France en traitant à son insu et avec son ennemi mortel ; il s'abusa sur le degré de susceptibilité du roi Louis XV. Cette faute lui coûta les épreuves de la guerre de sept ans, et mit la Prusse à deux doigts de sa ruine.

Averti par les dépêches de Knyphausen, par le langage de l'envoyé français, Frédéric fit tout au monde pour réparer son erreur et pour regagner la confiance perdue. S'il fut, dans les entrevues avec Nivernais , avocat éloquent et comédien habile , il faut reconnaître que l'art déployé ne servit que de décor à des vues et à des desseins qui font honneur à l'homme d'État.

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