‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 129 sur 249 · POLITIQUE AUTRICHIENNE EN · texte numérisé non relu

POLITIQUE AUTRICHIENNE EN

suite des arrangements intervenus , et sur l'orientation la plus favorable à imprimer à sa politique future. Les mémoires ainsi préparés furent soumis à l'examen du conseil réuni en séance , et donnèrent lieu à une discussion , dont l'analyse faite par M. d'Arneth, d'après les documents des archives de Vienne , éclaire d'un jour des plus vifs les visées et les agissements de la cour impériale pendant la période qui précéda la guerre de sept ans.

A croire ce résumé, tout le monde fut unanime à déplorer la perte irréparable qu'on avait éprouvée en cédant la Silésie, et sur le danger permanent que présentaient le voisinage, le pouvoir accru, le caractère remuant du roi de Prusse; ce souverain devait être considéré comme l'ennemi le plus redoutable de la maison de Habsbourg. L'empereur, le vice-chancelier CoUoredo, le maréchal Kônigsegg se déclarèrent partisans du maintien de l'ancienne alliance avec les Puissances maritimes, repoussèrent comme inutile toute tentative de rapprochement avec la France, et se prononcèrent pour une attitude conciliante vis-à-vis de la Prusse; les autres membres de la conférence, et parmi eux le vieux ministre Bartenstein, sans être aussi affirmatifs, préconisèrent l'attente et la temporisation.

Seul , le comte de Kaunitz protesta contre la résignation au statu quo. A son avis, le recouvrement de la Silésie devait être l'unique but de la cour de Vienne ; mais ce serait un leurre que d'imaginer l'Angleterre ou la Hollande disposées à encourager ou faciliter une pareille entreprise. Si le roi George , disait le négociateur d'Aix-la-Chapelle, est des nôtres par haine de son neveu et crainte d'une attaque contre son électorat, la nation anglaise, au contraire, admire le roi de Prusse et sympathise avec celui qu'elle regarde comme le champion du protestantisme allemand. Le voudraient-elles, les Puissances maritimes n'ont pas les moyens d'assister l'Autriche. La Russie est notre

amie; elle est animée des sentiments les plus hostiles à l'égard de Frédéric ; mais il est impossible de faire foi sur une cour dont la politique toute personnelle peut se modifier avec la mort de la czarine ou la disgrâce du grandchancelier. Une seule nation est assez forte pour nous aider à reprendre ce quenons avons perdu : c'est la France. Sans doute elle nous poursuit de sa haine depuis deux siècles, sans doute elle a contribué à l'agrandissement de notre ennemi implacable, mais elle n'est pas sans entretenir quelque méfiance à l'égard d'un souverain qui n'écoute que son intérêt , et qui ne s'est pas fait faute de l'abandonner dans les circonstances les plus critiques. Pour détacher la France de l'alliance prussienne, pour obtenir son consentement et peut-être son concours à la reconquête de la Silésie, il faudrait faire une cession de territoire, soit en Italie , soit dans les Pays-Bas ; échanger, par exemple , les duchés de Parme et de Plaisance que possède actuellement l'infant Philippe, gendre du roi Louis XV, contre un établissement en Savoie ou dans les Flandres, avec promesse de réversion à la couronne de France. Le chef de la maison de Bourbon ne resterait pas insensible à des propositions aussi avantageuses pour sa famille et pour son royaume. Quant à l'impératrice , le léger sacrifice d'une partie de ses possessions lointaines serait amplement compensé par la reconstitution de ses États héréditaires. Loin de prendre notre parti de la conquête de la Silésie , nous devons avoir pour objectif non seulement les précautions contre des agressions nouvelles du roi de Prusse , mais bien l'amoindrissement de ce monarque et la restitution des provinces perdues.

Ce courageux et patriotique langage répondait trop exactement à la pensée secrète de Marie-Thérèse pour qu'elle n'y donnât pas son assentiment; mais tout en n'oubliant ni le conseil ni le conseiller, elle se rangea aux avis plus prudents de la majorité.

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