‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 130 sur 249 · KAUNITZ AMBASSADEUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

KAUNITZ AMBASSADEUR EN FRANCE

Conserver et consolider l'entente cordiale avec la Russie, maintenir les relations d'amitié avec les Puissances maritimes, assumer une position d'expectative bienveillante vis-à-vis de la France, proclamer des sentiments pacifiques à l'égard de tout le monde, mais surveiller avec soin les agissements de l'ennemi par excellence, le roi de Prusse, restaurer les finances et réorganiser l'armée , attendre les événements en s'y préparant : telles furent les grandes lignes de la politique adoptée par l'impératrice-reine , et pratiquée par elle pendant la courte période de tranquillité dont jouit l'Europe après la paix d'Aix-la-Chapelle.

En octobre 1750, le comte de Kaunitz fut nommé au poste d'ambassadeur à Paris. Le choix de l'homme d'État dont nous venons d'exposer le programme indiquait, de la part de Marie-Thérèse, le désir bien accusé de se rapprocher de Versailles. Le nouvel envoyé reçut, en effet, pour instructions (1) d'affirmer au gouvernement de Louis XV les bonnes dispositions de l'Autriche, de combattre les insinuations perfides que le roi Frédéric ne cessait de faire sur les desseins de l'impératrice , de saisir toutes les occasions de miner l'accord qui existait entre la France et la Prusse, et de travailler sans relâche à la rupture de l'alliance de ces deux pays.

Pendant son ambassade qui dura jusqu'au commencement de 1753, Kaunitz, malgré tout son tact et toute son habileté, ne put arriver à aucun résultat appréciable. Le succès personnel du diplomate fut grand. Bien accueilli du roi et de son entourage , admis dans l'intimité de M^" de Pompadour, il acquit, pendant son séjour à Paris, une expérience des rouages de la cour, une connaissance des ministres et des personnages français qui lui furent plus tard d'une grande utilité; mais il dut se convaincre que

(1) Les instructions de Kaunitz en date du 18 septembre 1750 sont résumées par Arneth {Geschichte Maria Theresias, vol. IV, p. 324 et suivantes.)

le système prussien était trop enraciné, les vieux pré jugés contre la maison d'Autriche trop vivaces pour permettre le moindre espoir de changement dans l'attitude du cabinet de Versailles. L'entente avec le roi Frédéric était la cheville ouvrière de la politique française, le principe fondamental de son action. (( Le roi de Prusse est son allié, écrivait Kaunitz (1), et nous ne le sommes pas; et quel allié encore? Un allié sans la puissance et la considération duquel la France ne jouerait pas aujourd'hui dans le monde le beau rôle qu'elle y joue. Il est tout simple, par conséquent, qu'elle ait plus d'égard et plus de confiance pour lui que pour nous. »

Si nous devons en croire les rapports et la correspondance de Kaunitz, cités par M. d'Arneth , l'envoyé autrichien fut tellement découragé par ce qu'il voyait des sentiments et des vues du ministère français , qu'il donna à l'impératrice le conseil de renoncer, au moins pour le moment, au recouvrement de la Silésie, d'améliorer les relations avec le roi de Prusse et d'amener ce prince à se joindre à la ligue des Puissances maritimes. Un revirement pareil amènerait un refroidissement , peut-être une brouille entre Frédéric et la France, et ce but atteint, l'Autriche pourrait profiter des événements pour reprendre ses premiers projets. Marie-Thérèse, nous devons le reconnaître, ne goûta guère cet avis : la haine qu'elle avait vouée à Frédéric était beaucoup trop ardente , son tempérament beaucoup trop passionné pour accepter le plan machiavélique que lui soumettait son représentant.

Au mois d'avril 1753, Kaunitz vint remplacer, à la tète du département des Aflaires Étrangères, le comte d'Ulfeld, qui reçut une pension libérale en récompense des fonctions remplies. L'éloignement de Bartenstein, exigé par Kaunitz

(1) Kaunitz à Koch, secrétaire particulier de Marie-Thérèse, II décembre 1750. Lettre citée par Arneth.

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