KAUNITZ APPELE AU MINISTERE
comme condition de son entrée au ministère, fut plus difficile à concilier avec l'estime que Marie-Thérèse avait conservée pour ce vieux serviteur de la monarchie autrichienne. On lui assura une retraite lucrative en le nommant vice-chancelier, et en l'appelant à faire partie du conseil privé. Ses rivaux ainsi honorablement écartés, Kaunitz devint le véritable premier ministre , ou plutôt le directeur, le confident de l'impératrice. Connaissant à fond le caractère de sa maîtresse, il sut jauger exactement ses qualités et ses défauts; prêt à l'initiative des suggestions, obstiné dans la défense de ses idées , tenace dans ses opinions, peu disposé à l'abandon des projets qu'il avait conçus, il était cependant assez fin et assez souple pour s'incliner à temps, et pour cesser une résistance dont la prolongation eût déplu à sa souveraine.
Sir Hanbury Williams (1) fait, en 1753, de ce ministre qui venait d'assumer le pouvoir, le crayon suivant : « Il parle bien et avec beaucoup de précision de langage , si bien que je le soupçonne de prendre plaisir à s'écouter. Ses phrases sont un peu trop recherchées et étudiées, mais la pratique des affaires le corrigera de ce défaut. Tout le monde s'accorde à dire qu'il est fort honorable et qu'il a les intérêts de l'Impératrice à cœur. Kaunitz a un autre avantage qui lui est tout à fait personnel, c'est que l'Impératrice n'a pas peur de sa capacité; elle le considère comme un homme qui a fait son apprentissage sous ses yeux et sous sa direction. Elle croit que c'est elle qui l'a formé , et ne ressent par suite aucune jalousie de celui qui a été l'ouvrage de ses mains, ni aucun soupçon à l'égard de l'homme qu'elle regarde comme sa créature. »
D'après l'ambassadeur anglais , Kaunitz était alors complètement rallié au système de l'accord avec les Puissances maritimes. L'année 1753 s'écoula, en effet, sans aucun
(1) Arneth, Marie-Thérèse , t. IV, p. 350.
effort apparent de la part du nouveau ministre, pour appliquer la politique qu'il avait préconisée avant et pendant son ambassade de Paris. Le comte de Stahremberg, qui devait lui succéder, ne prit possession de son poste que dans les premiers jours de 1754. Les instructions qu'il emporta de Vienne rappelaient l'attitude hostile du gouvernement de Louis XV depuis la paix d'Aix-la-Chapelle, les tentatives faites pour exciter la Porte Ottomane contre l'Autriche, les intrigues secrètes du roi pour préparer l'élection du prince de Gonti au trône de Pologne, la résistance opposée à la désignation du grand-duc Joseph comme roi des Romains. Un rapprochement des deux cours n'était guère à espérer; aussi l'envoyé d'Autriche devait-il se borner à tenir un langage des plus pacifiques, éviter toute plainte ou toute récrimination sur la conduite du roi de Prusse, et déclarer en toute occasion que l'impératrice entendait observer les traités, et ne demandait qu'à vivre en bonne intelligence avec toutes les puissances, sans exception.
Stahremberg assez mal reçu par le ministre des Affaires Étrangères d'alors, M. de Saint-Contest , se loue, au contraire, de l'accueil de M"" de Pompadour, pour laquelle il avait été chargé d'une lettre de Kaunitz, dont le prétexte était un procès auquel s'intéressait la favorite. Il ne se fait d'ailleurs aucune illusion sur les sentiments de la cour de Versailles à l'égard de l'Autriche , et sur le caractère de plus en plus confidentiel des rapports avec le roi de Prusse.
Pendant la première phase des négociations qui précédèrent la rupture entre la France et l'Angleterre , la cour de Vienne, peu soucieuse de se mêler au conflit et très inquiète d'une attaque contre ses possessions en Flandre, chercha à faire prévaloir auprès du cabinet anglais le parti de la conciliation , et protesta hautement à Paris de son désir de voir maintenir la paix. Cette réserve calculée n'empêcha pas, comme nous l'avons vu plus haut, le mi-