STAHREMBERG ET ROUILLE
nistère de Versailles de songer à se venger de l'Angleterre aux dépens de l'Autriche. Émue des projets belliqueux dont le bruit courait à Paris, l'impératrice fit interroger le gouvernement de Louis XV sur ses intentions. Ce fut à cette occasion que le successeur de Saint-Contest, M. de Rouillé, tout en protestant de son désir de conserver la tranquillité, répliqua (1) « qu'on ne pourrait en vouloir à la France si elle cherchait, dans le cas d'une guerre avec l'Angleterre , à s'indemniser des préjudices qu'elle avait à craindre, en attaquant les alliés de cette puissance. »
Une réponse aussi peu rassurante ne fut pas sans influence sur les pourparlers engagés dès lors avec la Grande-Bretagne et les Provinces- Unies, pour la protection des Pays- Bas. Les ouvertures de l'ambassadeur autrichien à la cour de Saint-James, les conférences de lord Holdernesse à Bruxelles, la contre-proposition de l'impératrice, l'envoi de Colloredo à Hanovre, prouvent la sincérité des intentions de Marie-Thérèse et de son ministre. La froideur de la France, ses liaisons intimes avec Frédéric ne laissaient d'autre parti à la cour de Vienne que celui d'un accord avec la Russie et les Puissances maritimes: mais si l'Autriche était prête à prendre fait et cause pour ses alliés , elle mettait à son concours deux conditions essentielles : 1° l'Angleterre et la Hollande contribueraient dans une large mesure à la défense des Pays-Bas; 2° l'Autriche serait garantie contre toute entreprise que le roi de Prusse pourrait tenter contre ses États héréditaires.
Nous avons raconté les négociations de Vienne et de Herrenhausen pendant le printemps et l'été de 1755. Il nous suffira de rappeler qu'un plan d'action commune de l'Autriche, des Puissances maritimes et des principaux Etats allemands , contre la France et la Prusse , fut soumis au roi George. Ce projet, soutenu par le roi et par ses mi-
(1) Stahremberg à Kaunitz, 17 avril 1755. Arneth.
nistres hauovriens , appuyé par Holdernesse , chaudement défendu par le comte Colloredo et le ministre saxon Fleming, échoua devant les objections de Newcastle, qui le trouvait plutôt dirigé contre la Prusse que contre la France, et devant l'opposition du public anglais, qui se refusait à consentir de lourds sacrifices pour une guerre continentale.
Après avoir attendu , pendant près de deux mois , la ré- ])onse au mémoire et au contre-projet expédiés à Hanovre le 19 juin 1755, la cour de Vienne, inquiète de ce long silence , convaincue qu'elle n'avait rien à attendre de l'Angleterre, émue des bruits que lui rapportaient ses représentants sur un rapprochement possible entre le cabinet britannique et le roi de Prusse, se détermina à faire des avances k la France. Cette grosse décision fut prise dans des réunions tenues le 19 et le 21 août, auxquelles assistèrent en dehors de l'empereur, de l'impératrice et de Kaunitz, les conseillers Ulfeld, Rodolphe Colloredo, Khevenhûller et Batthyani.
Dans une dépêche à sa cour, le ministre anglais Keith nous trace, vers cette époque (1), de ces personnages des portraits qui nous permettront d'apprécier l'importance des rôles de chacun : « L'Empereur est d'une intelligence ordinaire, et dans la vie privée aurait la réputation d'un honnête gentilhomme. Sa parole est sacrée et il a très bon cœur; mais son instruction a été très négligée, surtout en histoire. Rien d'important ne se fait sans lui , et quoique ce soit l'Impératrice qui tienne les rênes du pouvoir, en sa qualité d'excellente épouse elle a beaucoup de déférence pour l'Empereur, et quand il insiste sur quelque affaire, il est à peu près sûr de l'emporter. Sa Majesté se dit bon Anglais.
« L'Impératrice est naturellement douée d'autant de
(11 Keith à Holdernesse, très particulière, 27 juin 1755. Record Office.