‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 133 sur 249 · MARIE-THERESE · texte numérisé non relu

MARIE-THERESE

grandes et aimables qualités que personne au monde, et si elle avait été initiée de bonne heure aux affaires, aurait pu faire aussi bonne figure que n'importe quel prince en Europe , car elle possède , en plus de ses grands talents , l'intelligence la plus vive et la plus juste, une mémoire tout à fait extraordinaire et une éloquence naturelle des plus séduisantes ;.. . tenue complètement à l'écart des affaires du temps de son père, à la mort de ce dernier et dans le désordre qui s'ensuivit, elle fut obligée de se jeter dans les bras du ministère d'alors, ou plutôt de Bartenstein, qui est resté seul jusqu'à ce que Kaunitz ait pris le dessus dans l'estime de l'Impératrice , et il n'a tenu qu'à ce dernier s'il n'a pas été premier ministre au lieu d'aller comme ambassadeur en France. En dépit de toutes les intrigues de Kaunitz, le bon sens de la reine lui a fait comprendre que son intérêt réel est dans l'alliance anglaise. La jalousie et un peu d'amour-propre sont les seuls défauts de son caractère; on les voit surtout apparaître quand notre cour (d'Angleterre) le prend de trop haut, ou se sert de quelques expressions un peu vives.

« Le comte Ulfeld n'avait pas d'influence quand il était premier ministre, il en a encore moins aujourd'hui. Le comte Khevenhûller, grand-chambellan, ne manque ni de sens, ni de connaissances, mais c'est un petit homme sans énergie, à la dévotion de celui qui occupe la place de premier ministre. De plus il est sous la coupe de sa femme, une mégère s'il en fut , et cela leur fait du tort aux yeux de la cour et du public. Le maréchal Batthyani est moins que rien; je n'ai jamais entendu citer son nom à propos d'affaires. D'ailleurs, homme très aimable, très serviable dans la limite de ses moyens.

« Le comte Golloredo , le vice-chambellan , est à la fois un aimable homme et un homme de valeur; il a beaucoup de bon sens , et sans voir bien loin , il se rend très bien compte de tout ce qui est à sa portée ; il n'est aucunement

entêté ; il acquiert des lumières tous les jours, et a augmenté son crédit auprès de l'Empereur aussi bien qu'auprès de l'Impératrice... Il est aussi bien disposé pour l'Angleterre qu'il est possible de l'être.

« J'arrive enfin au comte Kaunitz, qui a plus d'influence auprès de Leurs Majestés que tous les autres réunis; et il faut le reconnaître, il leur est aussi supérieur par le talent que par le crédit. Doué d'une intelligence remarquable, d'une mémoire heureuse , il possède à un degré extraordinaire le don de s'exprimer avec clarté et avec éloquence; malheureusement , à ces grandes qualités il joint une certaine dose d'outrecuidance et beaucoup de paresse... Quant à ses intentions , je ne peux pas me repentir d'avoir dit qu'elles nous étaient favorables; j'en ai eu mille preuves avant son départ pour Paris, et le peu de bien que j'ai pu faire à cette époque a été fait grâce à lui et à son concours. Il déclare tous lesjoursavec emphase qu'il est résolu à soutenir notre système , comme le seul moyen de maintenir les libertés de l'Europe et de défendre la maison d'Autriche et les autres alliés contre la France et la Prusse ; s'il ne dit pas la vérité, il doit être le plus mauvais et le plus faux des hommes. En écrivant ceci, je ne prétends cependant répondre que de ma propre sincérité...

« Koch, le secrétaire du cabinet, est le seul autre avec lequel l'Impératrice cause d'affaires; il n'est pas capable, mais foncièrement honnête. »

Le conseil, dont nous venons de passer les membres en revue, était d'autant plus enclin à suivre Kaunitz dans son projet de tenter une négociation secrète avec la France, que cette puissance paraissait de moins en moins disposée àbrusquer les événements. Stahremberg (l)avait

(1) stahremberg à Kaunitz, 2 août 1755. Slahremborg à Cobenzell, 2 août 1755. Lettre citée dans une dépêche de Mitchell, chargé d'affaires d'Angleterre à Bruxelles, au duc de Newcastle, en date du 5 août 1755.

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