‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 136 sur 249 · CONTRE-PROPOSITIONS FRANÇAISES · texte numérisé non relu

CONTRE-PROPOSITIONS FRANÇAISES

A la note française , Kaunitz, désireux d'écarter des propositions embarrassantes sans interrompre la négociation commencée, se borna à répondre que l'Autriche, sans faire une déclaration isolée de neutralité, serait disposée à se joindre à l'Espagne et à d'autres États, pour une action commune contre le prince qui jouerait le rôle de perturbateur de la paix publique.

Bernis riposta au nom de son maître , en sollicitant des éclaircissements sur les nouvelles vues de la cour de Vienne. La préparation de la pièce réclamée fut retardée jusqu'au 20 novembre , par les couches de Marie-Thérèse et la naissance de la princesse Marie -Antoinette, à qui la France devait faire expier si cruellement l'impopularité de l'alliance autrichienne.

Dans sa note qui parvint à Paris vers les premiei's jours de décembre, le chancelier avait surtout pour but de gagner du temps en priant le roi très chrétien de fournir des indications précises sur les conditions et la portée de l'arrangement que l'on suggérait à l'impératrice.

La réplique du gouvernement de Louis XV, en date du 28 décembre, est beaucoup plus explicite que les précédentes. Le roi de France, exposait-on (1), avait adressé une réquisition à l'Angleterre, s'ofi'rant à reprendre les pourparlers sur les différends d'Amérique, mais exigeant la restitution préalable des prises. Dans le cas d'un refus de la part de la Grande-Bretagne et de l'extension de la guerre au continent, l'Autriche ne serait pas appelée à prendre une part directe aux hostilités; mais on lui demanderait de refuser l'entrée en Allemagne aux Russes et aux Hessois, et à toutes autres troupes à la solde anglaise. Au contraire, si les Russes, malgré cette interdiction, persistaient à attaquer la France ou l'un de ses alliés, l'impératrice accorderait le libre passage aux troupes fran-

(1) Pièce citée et résumée par Arnelh, t. IV, p. 405,

çaises chargées de repousser l'agression. Une entente sur ces bases entre les cours de Versailles et de Vienne aurait pour résultat, croyait-on, d'afTermir la paix sur le continent européen. Quant aux autres points soulevés, l'examen détaillé que nous ferons du rescrit autrichien nous dispensera de les reproduire ici. Nous nous contenterons de signaler, dans les développements du document français, la trace des craintes d'une intervention des armées russes en Allemagne , dont il avait été si longuement parlé dans les instructions préparées pour le duc de Nivernais quelques semaines auparavant.

La joie que, d'après Arneth, la lecture de la note occasionna à Kaunitz, ne semble pas justifiée. Il est vrai que la France remplaçait la garantie de la paix d'Aix-la-Chapelle, dont il avait été question tout d'abord, par la proposition d'une convention avec l'Autriche et une déclaration de neutralité de cette puissance ; mais les conditions attachées à cette neutralité étaient inacceptables, car elles avaient le grand inconvénient de mettre en antagonisme la cour de Vienne et sa fidèle amie la Russie, tandis qu'elles laissaient au roi de Prusse tous les avantages de l'alliance française. En attendant, cependant, on prenait pied à la cour de Louis XV, on était débarrassé, au moins pour le moment, de l'éternelle menace de l'invasion des Pays-Bas, et c'était beaucoup dans les conjonctures difficiles où se trouvait l'Autriche.

Au début très méfiant à l'égard des ouvertures de son ancienne rivale, le cabinet de Versailles paraissait avoir pris confiance dans la rectitude des intentions et dans la sincérité des procédés de l'impératrice. Une circonstance surtout pouvait être regardée comme symptôme favorable à la suite des négociations. La conduite de l'affaire, confiée, dans le principe, au seul abbé de Bernis, qui adressait son rapport directement au roi, était depuis quelque temps soumise à l'examen d'un comité, formé du ministre

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