LE COMITE SPECIAL
Rouillé (i), de son premier commis Tabbé La Ville, du ministre de la marine Machault, et du contrôleur général Séchelles. L'institution de ce comité, l'exclusion du comte d'Argenson, que l'on savait partisan dévoué de l'entente prussienne , donnèrent à Kaunitz et à sa souveraine la certitude d'un premier résultat et l'espoir d'une réussite ultérieure. Cependant, la mission du duc de Nivernais, dont le départ après des retards répétés venait enfin d'avoir lieu, était une preuve manifeste de la foi de la cour de France dans le maintien de son union avec la Prusse. L'envoyé extraordinaire obtiendrait sans doute de cette puissance le renouvellement du traité encore en vigueur, et, en resserrant les liens existants , mettrait fin aux avances que la rumeur publique accusait Frédéric d'avoir faites à son oncle George II.
Ce fut donc sous l'influence de considérations quelque peu contradictoires, que fut rédigée la réponse de la cour impériale au projet de neutralité conditionnelle, mis en avant par la France.
Une longue dépêche de Kaunitz (2) résume les vues de la cour de Vienne, telles qu'elles ressortaient de la conférence tenue le 23 janvier. Le chancelier justifiait les mesures défensives prises en 1755 et les propositions que l'impératrice avait soumises à la cour de Saint-James, par la crainte d'une entreprise du roi de Prusse contre les États héréditaires de l'Autriche. L'attitude équivoque de l'Angleterre avait enfin dessillé les yeux de sa souveraine, et lui avait fait comprendre le but égoïste de cette nation, qui ne songeait qu'à l'entraîner dans une guerre contre la France,
(1) D'après Arnelli, l'initiation de Rouillé et de ses collègues aux pourparlers aurait eu lieu dans le courant de novembre 1755. Le cardinal de Bernis dit que le comité fut institué environ six semaines après lenvoi de la réponse aux ouvertures de Stahremberg; il ne fait pas mention de l'abbé La Ville.
(2) Arneth, t. IV, p. 409-415.
sans se soucier des périls auxquels l'exposerait l'intervention. Irrités du peu de succès de leurs efforts à Vienne, les ministres du roi George avaient entamé à Berlin les pourparlers qu'on avait dénoncés au gouvernement de Louis XV.
De cette revue rétrospective passant à l'examen des suggestions françaises , on se disait prêt à les accepter en principe. On applaudissait à la demande de restitution des prises, formulée, en guise d'ultimatum, par le cabinet de Versailles, et on n'hésitait pas à reconnaître qu'un refus de la part du gouvernement britannique donnerait le droit de dénoncer ce dernier comme l'agresseur dans la mêlée probable. On enregistrait avec satisfaction la double déclaration que la France n'avait aucun projet hostile contre les Pays-Bas ou autre territoire autrichien, et qu'elle ne songeait pas à rechercher contre l'Angleterre ou le Hanovre le concours de la Prusse, tout en maintenant son alliance avec ce pays. La cour de Vienne ne pouvait que se montrer favorable à la garantie réciproque des possessions des deux États. Sans doute une convention de ce genre aurait pour effet d'aliéner les Puissances maritimes, et d'exposer la France au dépit du roi Frédéric, qui se trouverait empêché de rien entreprendre contre les États de l'impératrice. Mais l'arrangement proposé n'avait rien de contraire aux obligations ni aux intérêts de l'Autriche : les traités défensifs avec la Grande-Bretagne ne pouvaient s'appliquer à une guerre commencée sans nécessité, sans le consentement et au grand préjudice des alliés du royaume insulaire; les intérêts de l'impératrice étaient sauvegardés, puisque, à l'égard de la Prusse et de la Porte, ses ennemis naturels, il n'y avait aucune aide à attendre de Londres , tandis que, du côté des Pays-Bas, tout danger disparaissait à la suite d'un accord avec la France. Plus la garantie serait générale, plus elle serait efficace: aussi ne faisait-on aucune objection à ce que, outre l'Espagne et les