RESCRIT IMPERIAL DU 27 JANVIER
princes italiens déjà visés, les États amis de la France et notamment la Prusse y fussent compris, à la condition qu'il en serait de même des puissances attachées à l'Autriche, parmi lesquelles figurait, en première ligne, la Russie.
Sur un point, le représentant de Marie-Thérèse avait ordre de se montrer intraitable; il rejetterait avee énergie l'idée de repousser par la force les Russes qui viendraient défendre le Hanovre, et d'accorder, par contre, toute facilité aux Français pour l'attaque de ce pays. Une pareille conception était (1) « contradictoire, parce que ce serait un fait diamétralement opposé aux lois d'une neutralité, malhonnête et même ridicule, parce que ce serait s'engager à favoriser les ennemis de nos alliés ». Stahremberg devait s'attacher à obtenir la promesse secrète de renoncer à toute entreprise contre le Hanovre ; car l'entrée en Allemagne des troupes de Louis XV, avec l'acquiescement de l'empereur, soulèverait contre ce souverain tous les membres de l'Empire , et porterait à son prestige un préjudice irréparable.
De l'analyse que nous venons de donner, il ressort que l'impératrice-reine , malgré tout son désir de se rapprocher de la France, n'entendait sacrifier, sur l'autel de la nouvelle union, ni sa vieille intimité avec la Russie, ni les obligations qu'entrainait la dignité impériale, si péniblement acquise par son époux.
Dans le rescrit impérial du 27 janvier (2) , destiné à être mis sous les yeux du cabinet français, nous trouvons l'expression officielle et adoucie des desiderata si franchement exprimés par Kaunitz dans sa correspondance particulière. La cour de Vienne constatait avec peine les progrès que faisait la mésintelligence entre la France et l'Angleterre, affir-
(1) Kaunilz à Stahremberg, 27 janvier 1756. Cité par Arnelh,
(2) Archives de Vienne. L'original est en français.
30r, LE RENVERSEMENT DES ALLIANCES. — CHAP. VIL
mait « son espoir de voir le succès de la demande que Sa Majesté Très Chrétienne venait de faire vis-à-vis de Sa Majesté Britannique, » et déclarait qu'elle n'avait « pas même songé à vouloir gêner Sa Majesté Très Chrétienue dans l'usage que sa justice pouvait lui permettre de faire de ses forces. » Puis abordant le fond du débat, Leurs Majestés Impériales faisaient appel à l'équité du roi, pour lui faire sentir « qu'elles blesseraient les lois de l'honneur et les règles de la bonne foi, si elles se chargeaient de l'engagement aussi bien inutile de s'opposer au passage des troupes russiennes, au casque le roi de la Grande-Bretagne croirait devoir les appeler à son secours. Sa Majesté Très Chrétienne a une trop haute idée de l'honnête et du juste, pour ne pas comprendre que cette action serait contraire à l'exacte neutralité dont il doit être question,
« Leurs Majestés Impériales s'expliqueront avec la môme cordialité sur les propositions qu'elle a bien voulu leur faire. Elles consistent en trois objets, savoir :
« 1° Une neutralité parfaite à observer par Leurs Majestés Impériales, au cas que la France et l'Angleterre en vinssent à une guerre en Europe par rapport à leurs différends en Amérique;
« 2° Un traité d'amitié et de garantie réciproque entre la maison d'Autriche et la France et leurs alliés respectifs ;
(( 3" Et enfin un arrangement définitif sur les différends et autres objets, auxquels le dernier traité d'Aix-la-Chapelle n'a pas pourvu d'une façon à assurer solidement le repos de l'Europe.
« Leurs Majestés Impériales se font un plaisir de répéter à Sa Majesté Très Chrétienne qu'elles désirent sincèrement s'entendre et s'arranger avec elle. Elles en voient naître l'occasion avec une vraie satisfaction , et sont très décidées à faire ce qui pourra dépendre d'elles pour la mettre à profit, et pour qu'il puisse en résulter un arrangement solide. »