‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 139 sur 249 · KAUNITZ PROPOSE LA NEUTRALITE · texte numérisé non relu

KAUNITZ PROPOSE LA NEUTRALITE

A cet effet, pleins pouvoirs étaient donnés au comte de Stahremberg pour « traiter et discuter en détail les articles proposés , les arrêter, conclure et signer » . Le duc Charles de Lorraine , gouverneur des Pays-Bas , recevait l'ordre de mettre des garnisons suffisantes dans les villes d'Ostende et Nieuport (1), et d'accueillir dans les dits ports indistinctement les vaisseaux de toutes les nations de l'Europe. Quant à la faculté de traverser les Pays-Bas qu'avait réclamée la France , « la réponse se trouvait dans l'état où on les laisse ; ils ne sont certainement pas dans le cas de pouvoir s'opposer au passage d'une armée, et tout aussi peu disposés à recevoir des troupes étrangères quelconques. » Pour les détails relatifs aux objets à atteindre, on s'en référait au plénipotentiaire autrichien; mais on insistait auprès du roi pour qu'il fit « presser et consommer le plus tôt possible la neutralité de la république de Hollande. » Enfin, le rescrit se terminait par des protestations d'amitié et par le vœu d'une prompte terminaison des négociations.

On a le droit de se demander jusqu'à quel point la cour de Vienne était sincère en admettant l'accession des alliés de la France , et parmi eux de la Prusse , à la ligue projetée. Marie-Thérèse et son ministre avaient-ils perdu tout espoir de rompre Funion des cours de Versailles et de Potsdam ? S'étaient-ils décidés à sacrifier le recouvrement des provinces perdues au maintien de la tranquillité de l'Allemagne et à la sécurité des Pays-Bas? Le chancelier autrichien , en acceptant l'entrée du conquérant de la Silésie dans ce que nous pourrions appeler le syndicat de garantie, reprenait-il une idée qu'il avait soutenue naguère auprès de sa souveraine? Croyait -il par cet acquiescement inattendu éveiller les inquiétudes du roi Frédéric, dont il connaissait le caractère soupçonneux, et

(1) Pour les mettre à l'abri d'un coup de main des Anglais.

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provoquer des explications et peut-être une brouille entre la France et la Prusse ?

Quelle que soit la réponse à ces interrogations, il est évident que les instructions dont nous venons de donner l'analyse et qui furent expédiées devienne le 27 janvier 1756, indiquaient une divergence de vues bien accusée entre les deux cours. A la requête française d'un concours indirect mais efficace pour l'entreprise contre le Hanovre, l'Autriche ripostait par un refus poli mais catégorique , et offrait en échange une déclaration de neutralité, qui dans son esprit devait s'étendre à la Hollande et à l'Allemagne.

Il est probable que , malgré les bonnes dispositions des deux souverains, l'accord sur des projets aussi contraires se fût fait longtemps attendre si les événements ne s'étaient pas chargés d'effectuer ce que la diplomatie n'eût pas obtenu. Quand les dépêches de Kaunitz arrivèrent à Paris, la situation était profondément modifiée par la nouvelle du traité de Westminster, signé à Londres le 16 janvier 1756.

Nous n'avons pas à rappeler l'explosion d'indignation et de courroux qui eut lieu dans les conseils de Louis XV quand on apprit la convention de Frédéric avec l'Angleterre ; mais nous devons rechercher si un pareil éclat était justifié de la part d'un gouvernement qui négociait, lui aussi, depuis cinq mois avec le plus grand ennemi de son allié. Tout d'abord, la similarité des agissements des deux cours, le mystère dont Frédéric et Louis entourent leurs pourparlers, semblent démontrer, il faut le reconnaître, le peu de confiance que l'un et l'autre mettaient dans une entente qu'ils proclamaient, cependant, comme la base de leurs relations avec les puissances étrangères. Mais si d'un examen superficiel du procédé nous passons à l'étude des détails, nous trouvons une différence essentielle entre la conduite du roi de France et celle du roi de Prusse.

Frédéric, quand il traite avec l'Angleterre, ne pense qu'à

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