‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 140 sur 249 · PREMIERE PHASE DE LA NEGOCIATION · texte numérisé non relu

PREMIERE PHASE DE LA NEGOCIATION

sa propre sécurité, ignore les intérêts de son allié, les sacrifie même en lui fermant la route du Hanovre , en protégeant contre toute attaque de la France les États continentaux du roi d'Angleterre. Les diplomates français, il faut le dire à leur honneur, tout en écoutant les ouvertures de l'Autriche , ne consentirent pas à abandonner le roi de Prusse, refusèrent de croire aux: accusations lancées contre lui, et suggérèrent à Vienne des mesures qui, dirigées contre l'intervention des Russes, auraient contribué à la défense de ses États.

« Jusqu'au commencement de février 1756 , écrira plus tard Bernis au comte de Choiseul (1), le roi rejeta constamment les propositions du mois de septembre 1755, et l'impératrice-reine, qui nous avait confié ses secrets les plus intimes, commençait même à se prêter de bonne grâce à conclure un traité de garantie des États respectifs des deux puissances et de ceux de leurs alliés (les possessions de l'Angleterre toutefois exceptées). Il ne restait que de légères difficultés à aplanir pour signer ce traité, dont la rédaction était chose achevée lorsqu'on apprit la conclusion de celui de Londres.

« Ainsi, tandis que le roi essuyait une ingratitude si marquée de la part du roi de Prusse, Sa Majesté refusait de se prêter aux propositions de la cour de Vienne, et songeait à assurer par une nouvelle garantie les États d'un prince qui le trahissait.

« Cependant, si le roi de Prusse, qui, en ratifiant son traité avec l'Angleterre, nous proposait de renouveler le traité que nous avions avec lui et qui était près d'expirer, avait eu la sagesse , après de mûres réflexions , de renoncer à la convention de Londres, jamais le traité de Versailles n'aurait été conclu , et la France aurait conservé en entier son système politique. »

(1) Instructions données à M. le comte de Stainville, ambassadeur à Vienne, 31 juillet 1757.

Malgré les assertions optimistes du brillant abbé , nous avons peine à croire que l'accord sur les conditions de la neutralité et sur l'exclusion de l'Angleterre eût été si facile à obtenir à Vienne. Nous avons déjà relevé l'opposition faite par Kaunitz à toute idée d'attaque contre le Hanovre, et dans le cours du récit, nous verrons constamment l'Autriche , tout en exigeant une action contre la Prusse , se refuser à consentir, au préjudice de la Grande-Bretagne, la réciprocité sur laquelle on insistait à Versailles. Il serait d'ailleurs du domaine de la fantaisie de chercher à deviner l'issue d'une négociation poursuivie dans des circonstances purement hypothétiques; il suffit de constater que l'initiative de Frédéric vint changer les dispositions du gouvernement de Louis XV, et bouleverser le système dont ce dernier s'était fait l'avocat auprès de l'Autriche.

Quoiqu'on eût eu vent des pourparlers engagés par Frédéric, et que la rumeur croissante d'une entente possible entre les deux souverains protestants n'eût pas été sans influence sur le départ du duc de Nivernais, on n'avait cru, ni à Vienne, ni à Versailles, que le roi de Prusse entrerait dans un arrangement quelconque avec la puissance insulaire, sans avoir pris l'avis de son vieil et fidèle allié Sa Majesté Très Chrétienne. Tout au plus s'imaginait-on (1) « que le roi de Prusse ne conclurait pas, et profiterait de l'occasion pour se faire un mérite auprès de la France en lui communiquant les propositions que l'Angleterre lui avait faites » . La confiance dans l'union franco-prussienne , la conviction de la nécessité pour Frédéric de s'appuyer sur cette politique, la franchise apparente des déclarations de ce prince, la sympathie bien connue de son représentant Knyphausen pour la France , suffisaient pour dissiper les soupçons que faisaient naître, dans les conseils de Louis XV, les articles des gazettes hollandaises et anglaises. Aussi plus

(1) Stahremberg à Kaunitz, 7 février 1756. Archives de Vienne.

Page 1