‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 146 sur 249 · NETTETE DES VUES DE KAUNITZ · texte numérisé non relu

NETTETE DES VUES DE KAUNITZ

tout au moins un collaborateur de la première heure, aussi résolu que lui à achever l'œuvre commune, un partisan convaincu des combinaisons auxquelles il avait attaché sa réputation, et du triomphe desquelles dépendait son avenir comme homme d'État. Ce fut donc à bon droit qu'il se montra fort ému de l'envoi annoncé de son collègue français à son poste d'ambassadeur en Espagne : « Je regarderais ce départ, écrit-il, comme un événement très contraire au bien de notre négociation, laquelle ne pourra guère être menée à bonne fin, si elle passe en d'autres mains que celles de l'abbé de Bernis qui , par le moyen de M"" de Pompadour, possède toute la confiance du roi, qui est un homme d'esprit, juste, très au fait des intérêts des princes, et intéressé personnellement à la réussite de notre affaire, qu'il regarde comme son propre ouvrage. »

Si , de la part du ministre des Affaires Étrangères de Louis XV, nous ne trouvons à cette époque que contradiction et indécision , il n'en était pas de même à Vienne. Le langage que tient Kaunitz est net et énergique; jamais il n'oublie le plan politique arrêté dans le conseil du mois d'août 1755. « Il faut qu'on se persuade sérieusement, mande-t-il à Stahremberg (1), et une fois pour toutes, en France , que ce n'est nullement la transplantation de l'infant , laquelle en effet nous importe peu , qui nous engage ou pourra jamais nous engager à lui accorder les avantages, inestimables pour la monarchie française, que nous lui offrons aux Pays-Bas ; mais que c'est uniquement la reprise de la Silésie et du comté de Glatz, et surtout un beaucoup plus grand affaiblissement encore du roi de Prusse, indispensable à notre tranquillité, qui en est la réciproque et la condition sine qua non; que c'est là l'équivalent , et que ce mot ne peut aller à aucune autre chose. »

En dépit des impatiences de Kaunitz et de son ambas-

(1) Kaunitz à Stahremberg, 9 mars 1756.

sadeur, malgré la bonne volonté de la cour de Versailles, manifestée par l'ordre définitif de rappel expédié à Nivernais (1), on ne fit guère de progrès pendant le mois de mars et la première quinzaine d'avril. « Ce qui cause depuis quelque temps, écrit Stahremberg (2), beaucoup de retardement, de désordre et d'autres inconvénients dans notre négociation, est la maladie de l'abbé de Bernis, jointe à plusieurs accidents fâcheux qui lui sont arrivés depuis peu (3). »

En l'absence de Bernis, il fallut traiter avec Bouille qui se montrait beaucoup moins accommodant que son collègue. Stahremberg fait un long récit des difficultés soulevées par le ministre, qui suggérait, à chaque entrevue, des modifications dans la rédaction de la convention de neutralité, d'abord écartée comme on l'a vu plus haut, et plus tard reprise sur l'insistance de la cour de Vienne (4); Rouillé voulait y introduire une réserve, relative « aux alliances que Sa Majesté Très Chrétienne a avec le roi de Prusse et d'autres puissances ».

La mort de la princesse de Rohan et de M™* de Bernis, nièce de l'abbé , suivie d'une rechute de ce dernier, vint interrompre de nouveau les conférences, qui ne recommencèrent qu'à la réception des instructions définitives de Vienne.

Dans la dernière quinzaine de mars, le conseil aulique s'était réuni sous la présidence de l'empereur et de l'impératrice, et le résultat de ses délibérations fut envoyé à Stahremberg, sous la forme d'un rescrit, en date du 27 mars. Dans cette pièce, à travers les phrases obscures, les raisonnements recherchés , et les assurances de franchise et de

(1) Le billet, par lequel Rouillé signifia à Nivernais l'ordre de revenir en France, est daté du 13 mars 1756.

(2) Stahremberg à Kaunitz, 17 avril 1756.

(3) Voir sur l'indisposition de Bernis : Mémoires de Bernis, t. I, p. 263.

(4) Kaunitz à Stahremberg, 11 mars 1756.

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