KAUNITZ INSISTP POUR LE TRAITÉ DÉFENSIF
faites jusqu'à ce jour par des réponses évasives, nous ne pouvons en ce moment nous soustraire plus long-temps à une déclaration claire, et la France songera, nous en avons l'espoir, à nous tirer de l'embarras et à se mettre à notre place. »
Kaunitz appuya le rescrit du 27 mars par quelques mots personnels : « Je me bornerai à vous dire, écrit-il (1) le 28 mars, que nous attendons, avec une juste impatience, la nouvelle de la consommation du traité défensif , dont je suis bien aise de voir que l'on commence à sentir également la nécessité où vous êtes. Ce qui doit aller après, et le plus tôt le mieux , c'est le traité secret s'il peut se faire de la façon dont nous nous en expliquons aujourd'hui. L'arrangement des mesures nécessaires, pour en rendre l'exécution certaine , est ce qui doit suivre , et enfin l'exécution même in tempore opportuno. »
Si à Vienne on savait ce qu'on voulait, il n'en était pas de même à Paris. Plus les ministres français étudiaient les clauses du grand projet, et plus ils commençaient à en craindre la conséquence immédiate, qui devait être (2) « une guerre générale, très longue et très coûteuse ». Stahremberg, qui comprenait à merveille que l'acceptation de l'alliance offensive serait un travail de longue haleine et rencontrerait bien des résistances, se conforma aux ordres de Vienne et reporta tous ses efforts sur la partie du programme qu'il était possible de réaliser à bref délai. « Ce qu'il y a de certain , écrit- il (3), est que nous sommes d'accord pour le fond ; il (Bernis) est entièrement dans nos principes, et pourvu que je parvienne, comme je m'en flatte, à faire conclure pour le présent le traité défensif, il y a tout lieu d'espérer que nous réussirons tôt ou tard à faire entrer cette cour dans notre grand projet, et c'est peut-être
(1) Kaunitz à Stahremberg, 28 mars 1756.
(2) Extrait d'une conversation avec Rouillé, cité par Stahremberg.
(3) Stahremberg à Kaunitz, 17 avril 1756.
le roi de Prusse lui-même qui nous en fournira les meilleurs moyens; mais ce n'est pas le temps encore, et ce qui importe avant toutes choses est de conclure au plus tôt le traité défensif ; ce premier pas fait pourra en amener bien d'autres. »
Les propositions autrichiennes, jusqu'alors examinées par le comité spécial, devaient être soumises au conseil tout entier. L'envoyé de Marie- Thérèse donne des détails intéressants sur sa composition et sur les opinions de ses membres.
« Depuis la retraite du comte de Saint-Severin (1), écrit-il, celle du maréchal de Noailles (2), l'accident malheureusement survenu à M. de Séchelles (3) qui vient de résigner entièrement la charge de contrôleur général, et la rechute de M. de Puysieulx, lequel depuis quelques mois dépérit à vue d'œil et n'est pas même en état de suivre le courant des affaires , le conseil est composé de MM. de Machault, d'Argenson, Rouillé et de Saint-Florentin. Votre Éminence connaît par elle-même ces quatre sujets; elle sait quelle est la portée de leur génie et quelles sont leurs dispositions politiques. La mésintelligence des deux premiers subsiste toujours et augmente d'un jour à l'autre. M. d'Argenson , à qui on a cru devoir faire part, ainsi qu'aux autres ministres, du dessein du roi de conclure une alliance et d'établir une intelligence parfaite avec Leurs Majestés Impériales, n'a eu garde de s'opposer ouvertement à cette idée ; mais il est certain qu'il fera sous main tout ce qui dépendra de lui pour nous contrecarrer, et il se donne actuellement beaucoup de mouvement pour savoir au juste
(t) M. de Saint-Séverin , plénipotentiaire français au traité d'Aix-la-Chapelle, se relira du conseil au commencement de 1756; il mourut le 7 mars 1757. (Luynes, vol. XV, p. 4')0).
(2) Le maréchal de Noailles se retira du conseil le 13 avril 1756; il mourut le 24 juin 1766, âgé de près de quatre-vingt-huit ans (Boutaric, t. I, p. 49).
(3) M. de Séchelles avait eu une attaque, aux suites de laquelle il succomba quelques mois après.