‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 149 sur 249 · LE MINISTERE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

LE MINISTERE DE LOUIS XV

OÙ Ton en est et de quoi il est question. Je ne doute pas que ce ne soit par lui que M. de Knyphausen a eu les notions qu'il a fait passer à son maître au sujet de notre négociation secrète, et la chose est d'autant plus certaine que l'abbé de Bernis vient de m'avouer que, dès le lendemain de notre première entrevue à la petite maison de jyjmo ^g Pompadour, près de Sèvres, M. d'Argenson en avait été informé. Il est certain que, de tous ceux qui composent actuellement le ministère , il est sans doute celui qui a le plus d'esprit et le plus de finesse , et c'est précisément par là que nous en avons le plus à craindre.

« M. Machault désire sans contredit la conclusion de notre affaire; mais il est apparent que, lorsqu'il s'agira des moyens, il sera toujours de l'avis de M. Rouillé qui, soit par timidité , soit par le désir d'avoir un sentiment à lui , soit enfin par les scrupules et la méfiance que l'abbé La Ville lui inspire, ne se fixe jamais à rien, trouve des difficultés à tout et ne va jamais au grand et au solide.

« Quant à M. de Saint-Florentin, Votre Éminence connaît ce qui en est; ainsi, je n'ai rien à dire à son sujet. Nous avons beaucoup perdu en perdant M. de Séchelles, qui était non seulement très bien intentionné, mais en même temps assez clairvoyant pour envisager notre projet dans toute son étendue, et assez ferme pour conseiller et soutenir de grandes entreprises. Son avis entraînait toujours celui de M. de Machault et rectifiait souvent celui de l'abbé de Bernis. En un mot, c'était l'homme qu'il nous fallait. Il fréquente encore le conseil , mais c'est plutôt ad honores qu'autrement; on ne lui parle plus de notre négociation et il semble presque avoir oublié qu'il en est question. MiM. de Noailles et de Puysieulx,, auxquels on n'a fait qu'une communication très vague et très générale de ce dont il s'agit, sans entrer dans aucuns détails, m'ont paru très bien disposés , et nommément le dernier. Le maréchal de Noailles a fait comprendre qu'il fallait avoir grande at-

tention à se conserver toujours l'influence que la France avait dans les affaires intérieures de l'Empire en qualité de garante du traité de Westphalie , et empêcher que la maison d'Autriche n'empiétât, sous prétexte de religion ou autrement, sur les droits et libertés des princes des Etats de l'Empire. Au reste, il a paru goûter le projet d'une union stable et solide entre les deux puissances , et est convenu que c'était le vrai moyen d'assurer pour jamais le repos et la tranquillité de l'Europe Son raisonnement a fait beaucoup d'impression sur M. Rouillé , qui est toujours susceptible de méfiance et d'inquiétude. Il ne me voit jamais, depuis ce temps-là, sans qu'il me parle de la garantie du traité de Westphalie, et je prévois qu'il en sera question lors de la rédaction des articles du traité défensif. Voilà quelles sont, à peu près, les dispositions des ministres de cette cour relativement à notre négociation. Celui de tous qui me donne le plus d'inquiétude est, sans contredit, M. Rouillé. »

Le post-scriptum de cette importante dépèche est plein de confiance : « J'ai eu encore une conversation avec l'abbé de Bernis, d'après laquelle j'ai lieu d'espérer que je parviendrai à conclure le traité défensif. Il va partir tout à l'heure pour Versailles, et m'a dit lorsque je l'ai quitté qu'il était sûr du roi et de M'^^ de Pompg-dour; qu'il était à présent le maître de notre aflàire et qu'il n'avait plus d'opposition à craindre de la part de qui que ce pût être. »

La confiance de Stahremberg était justifiée ; dans sa dépèche du 2 mai, il put annoncer la signature de la convention de neutralité et du traité défensif. Il fait (1) des derniers pourparlers un historique intéressant : « Il fut décidé que MM. Puysieulx, d'Argenson et de Saint-Florentin seraient invités à un comité, qui devait se tenir,

(1) stahremberg à Kaunitz, 2 mai 1756.

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