‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 150 sur 249 · INITIATION DU CONSEIL A LA NEGOCIATION · texte numérisé non relu

INITIATION DU CONSEIL A LA NEGOCIATION

le lundi 19 avril, chez M. de Machault; que l'abbé de Bernis ferait à ce comité le récit de tout ce qui s'était passé depuis le commencement de notre négociation , à la réserve seulement de la façon dont elle avait été entamée (1). »

Pour ménager la susceptibilité des intéressés , on ne fit pas mention de l'initiation de MM. de Séchelles et de Machault aux pourparlers secrets, et on laissa croire que, dès le début, l'abbé de Bernis avait agi sous les ordres et la direction du ministre des Affaires Étrangères. « L'abbé , continue Stahremberg, me rendit compte, le mardi 20, de ce qui s'était passé au comité de la veille. Il me dit que les ministres avaient approuvé unanimement tout ce qui s'était fait jusqu'ici; qu'ils avaient paru entrer parfaitement dans les vues qui leur avaient été présentées, que M. de Puysieulx avait déclaré d'abord qu'il était très porté pour la chose, mais qu'il fallait agir avec beaucoup de prudence et de circonspection dans le choix des moyens, que M. d'Argenson s'en était expliqué à peu près de même, que la seule objection, qu'ils avaient faite l'un et l'autre, était qu'au lieu de se procurer la paix, comme on l'avait toujours désiré, notre projet allait au contraire, selon toute apparence, engager une guerre qui serait probablement générale et de religion. »

Le conseil se prononça pour la conclusion immédiate du traité défensif, et même, si cela se pouvait, pour l'adoption des préliminaires du grand projet.

C'est à ce moment que, d'après Flassan (2), serait intervenue une lettre de • Stahremberg à M"^ de Pompadour, datée du 20 avril , c'est-à-dire du lendemain de la réunion du comité , dans laquelle il développait les arguments fa-

(1) M. de Bussy, commis aux Affaires étrangères, fut également, sur la demande de Uouilié, mis au courant de la négociation.

(2) Flassan, Histoire de la diplomatie française, t. VI, p. 48.

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vorables à l'alliance avec sa cour. Ce document, dontFlassan donne le résumé, n'a pu être retrouvé; mais, étant donnée la nature intime des rapports de l'envoyé autrichien avec la marquise , il est fort possible , et môme probable, qu'il ait existé. Quant à lui reconnaître le poids que lui attribuent certains historiens allemands (1), nous croyons qu'il y a là une erreur d'appréciation. Stahremberg, qui raconte toutes ses démarches et se loue beaucoup, comme nous le verrons tout à l'heure , du concours de la favorite , ne fait aucune mention de l'épitre qu'il aurait adressée à cette dernière. Par contre, il insiste sur l'effet produit par une autre communication.

« M. de Bernis, relate-t-il, m'assura que ce qui avait beaucoup contribué à faire prendre la résolution de conclure, sans tarder un instant, le traité défensif, était le contenu de la lettre que j'avais pris le parti de lui écrire la veille. Elle produisit un effet admirable; on loua, d'une part, la franchise et la sincérité de mon procédé , et on décida, de l'autre, qu'il fallait absolument lier les mains de ma cour et empêcher qu'elle ne pût renouer avec l'Angleterre. » Le billet (2), auquel il est fait allusion dans cette citation , contenait l'avis de l'arrivée à Vienne d'une note importante du gouvernement anglais, et de l'audience que M. Keith avait demandée au comte de Kaunitz, pour lui remettre des propositions nouvelles.

D'après Bernis, Stahremberg aurait donné le caractère d'un ultimatum à la conclusion des deux traités; « faute de quoi, déclarait-il (3), l'impératrice, également exposée du côté du roi de Prusse et de la cour de Londres , dont elle avait refusé d'adopter les mesures, se verrait obligée pour sa sûreté de renouer avec ses anciens alliés. » S'il faut en croire le diplomate français, dont le récit (1) ne diffère

(1) Schœfer, t. I, p. 153; Huschberg, Introduction de Wuttke, p. lxi.

(2) Stahremberg à Bernis, l'J avril 1755. Archives de Vienne.

(3) Bcinis, Mémoires, t. I, p. 264.

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