‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 15 sur 249 · COMBAT DU FORT DE NECESSITE · texte numérisé non relu

COMBAT DU FORT DE NECESSITE

frère avait été assassiné et y vit encore quelques cadavres; delà il envoya « des découvreurs » pour reconnaître les Anglais qui, sous les ordres de Washington, s'étaient retirés dans un fort en pieux, qu'ils avaient construit aux Grandes Prairies, et auquel ils avaient donné le nom de fort de Nécessité.

Le récit que nous emprunterons au journal du commandant français donne une bonne idée de la guerre de partisans, telle qu'elle se pratiquait à cette époque en Amérique. « Je fis mettre, relate Villiers, la troupe en bataille dans le genre convenable pour le combat des bois;., comme nous n'avions pas la connaissance du local, nous présentâmes le flanc au fort, d'où ils commencèrent à tirer du canon sur nous; j'aperçus presque dans le même temps les Anglais en bataille sur la droite, qui venaient à nous. Les sauvages ainsi que nous fimes le cri et avançâmes à eux; mais ils ne nous donnèrent pas le temps de faire notre décharge qu'ils se replièrent dans un retranchement qui tenait à leur fort. 11 était situé assez avantageusement dans une prairie, dont les bois étaient à une portée de fusil; nous approchâmes d'eux le plus qu'il nous fut possible, pour ne pas exposer inutilement les sujets du Roi. Le feu, de part et d'autre , fut très vif et je me portai au lieu qui me paraissait le plus à portée d'essuyer une sortie; nous parvînmes à éteindre, pour ainsi dire, avec notre mousqueteric le feu de leurs canons. 11 est vrai que le zèle et l'ardeur de nos Canadiens et soldats m'inquiéta, parce que je voyais que nous allions être dans peu sans munitions. Le feu des ennemis se ralluma , vers les six heures du soir, avec plus de vigueur que jamais et dura jusqu'à huit heures.

« Comme nous avions essuyé toute la journée la pluie, que le détachement était très fatigué, que les sauvages me faisaient annoncer leur départ pour le lendemain , et qu'on débitait entendre battre au loin la caisse et tirer du canon.

30 LE RENVEIlSEMEiNT DES ALLIANCES. — CHAP. l.

je proposai à M. le .Mercier (1) d'offrir aux Anglais de parler. Il fut de mon avis, et nous fîmes crier que s'ils voulaient nous parler, nous ferions cesser le feu. Ils acceptèrent la proposition; il vint un capitaine à l'attaque où j'étais. Je détachai M. le Mercier pour le recevoir et me rendis dans la prairie, où nous leur dimes que, n'étant point en guerre, nous voulions bien leur éviter les cruautés où ils s'exposaient de la part des sauvages , s'ils s'obstinaient à une résistance plus opiniâtre, que dès cette nuit nous leur ôterions tout espoir de pouvoir s'évader; que nous consentions maintenant à leur faire grâce, n'étant venus que pour venger l'assassin qu'ils avaient fait de mon frère en violant les lois les plus sacrées , et les obliger à déguerpir de dessus les terres du domaine du Roi, et nous convînmes avec eux de leur accorder la capitulation que voici. »

Cette pièce, en date du 3 juillet 175i à huit heures du soir, porte les signatures de James Mackay, George Washington, Coulon de Villiers et Contrecœur (2); elle commence par le préambule suivant : « Comme notre intentiou n'a jamais été de troubler la paix et la bonne harmonie qui régnent entre les deux princes amis, mais seulement de venger l'assassinat qui nous a été fait sur un de nos officiers porteur d'une sommation et sur son escorte, comme aussi d'empêcher aucun établissement sur les terres du Roi mon maitre; à ces conditions, nous voulons bien accorder grâce à tous les Anglais qui sont dans le fort, aux conditions ciaprès. » La garnison était libre de se retirer avec les honneurs de la guerre , en emmenant une pièce de canon ; les effets des Anglais seraient mis en cache sous la surveillance de quelques gardiens, et pourraient être repris quand ils auraient à leur disposition les moyens de transport néces-

(1) Officier des Iroupes coloniales, qui avait cédé le commandement à M. de Villiers.

(2) Ce dernier n'était pas présent, son nom fut probablement ajouté comme celui du commandant français de la région.

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