‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 16 sur 249 · CAPITULATION DE WASHINGTON · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE WASHINGTON

saires. M. de Villiers promet « d'empêcher qu'il leur soit fait aucune insulte par nos Français et de maintenir, autant qu'il sera en notre pouvoir, tous les sauvages qui sont avec nous ». L'article 7 de la capitulation était relatif au renvoi des prisonniers français : « que comme les Anglais ont en leur pouvoir un officier, deux cadets et généralement les prisonniers qu'ils ont faits dans l'assassinat de M. de Jumonville et qu'ils promettent de les renvoyer avec sauvegarde jusqu'au fort Duquesne, et que pour sûreté de cet article et de ce traité MM. Jacob Wambrams et Robert Scobo, tous deux capitaines, nous seront remis jusqu'à l'arrivée de nos Canadiens ou Français ci-dessus mentionnés (1). »

Villiers résume en quelques mots les résultats obtenus : « Nous envisageâmes que rien ne pouvait être plus avantageux pour la nation que cette capitulation , n'étant pas naturel en temps de paix de faire des prisonniers qui , dans un temps de guerre, nous auraient été nuisibles, puisqu'ils eussent consommé nos vivres. Nous les faisions d'ailleurs consentir à signer qu'ils nous avaient fait un assassin dans le coup de mon frère , nous avions des otages pour la sûreté des Français qui étaient en leur pouvoir, nous leur faisions abandonner le pays comme appartenant au Roi très chrétien, nous les obligions à nous laisser leurs canons qui consistaient en neuf pièces, nous avions détruit tous leurs chevaux et bêtes à cornes , et nous leur faisions signer que la grâce que nous leur accordions n'était que pour leur prouver combien nous avions envie de les traiter en amis. »

Le départ de la troupe virginienne ne se fit pas sans difficulté; les récits anglais parlent de vols et d'insultes de la part des sauvages (2). Villiers, dans son rapport, raconte les efTorts qu'il fit pour arrêter ces désordres qu'il avait

(1) Voir, pour le texte même de la capitulation et pour les instructions données par Contrecœur, Dussieux, le Canada.

i'I) Colonel Innés au gouverneur de la Pcnsjlvanie, lettre interceptée. « Ce fut avec difficulté que l'on empêcha les sauvages de nous attaquer; ils

d'ailleurs prévus dans le texte même de la capitulation : (( Nos sauvages, qui avaient en tout adhéré à mes volontés, prétendirent au pillage; je m'y opposai; mais les Anglais encore pétris d'efTroi prirent la fuite et laissèrent jusqu'à leur pavillon et un de leurs drapeaux (1). Je démolis le fort et M. le Mercier fit casser leurs canons, ainsi que celui qui était accordé par la capitulation, les Anglais n'ayant pu l'emporter. Je me pressai de partir après avoir cassé les futailles de boissons, pour obvier aux désordres qui seraient infailliblement arrivés. Un de mes sauvages m'annonça dix Anglais; je les renvoyai subitement par un autre. »

Villiers était de retour au fort Duquesne le 7 juillet, après avoir brûlé le hangar de la Compagnie de l'Ohio et quelques maisons appartenant à des traitants anglais qu'il trouva sur sa route.

D'après le journal, l'expédition coûta au détachement deux Français et un sauvage tués, dix-sept blessés dont deux sauvages, sans compter nombre « de blessures si légères qu'elles n'ont pas eu besoin du secours du chirurgien ». Sur un effectif de 400 hommes, les Anglais avouèrent une perte de 100 tués et blessés.

Dans les colonies anglaises, la nouvelle de la défaite de Washington et de la reddition du fort de Nécessité, promptement publiée dans les gazettes locales, produisit une grande émotion. Le commandant virginien réfuta énergiquement les accusations dont il paraissait avoir reconnu le bien fondé, en les laissant incorporer dans une pièce au bas de laquelle il avait apposé sa signature : « Il ignorait, dit-il (2), l'existence de Jumon ville et sa qualité de parlementaire, il ne pouvait pas dire qui avait,

nous ont fait beaucoup de mal en pillant nos bagages. » Rapport de Washington.

(1) Washington donna un démenti absolu à ces assertions.

(2) Voir la lettre dans History of Virginia, by John Burk. Vol. III, p. 178 et 184.

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dans cette occasion, tiré le premier; il était fort possible d'ailleurs qu'il l'eût tué d'un coup de fusil ». Quant aux termes de la capitulation : « J'affirme et j'affirmerai jusqu'à ma mort, écrit-il à un ami (1), que nous avons été sciemment ou inconsciemment déçus par notre interprète en ce qui concerne le mot assassination. L'interprète était Hollandais, peu versé dans la lang-ue anglaise; il n'aurait pas, par conséquent, attiré l'attention sur la portée, le sens du mot en anglais ; mais quels que fussent les motifs de cette omission, il est certain qu'il a parlé de la mort ou de la perte du sieur Jumonville. C'est d'après cette interprétation que nous avons admis et compris l'expression employée; aussi est-ce avec une grande surprise et avec dépit que nous avons trouvé qu'une traduction littérale donnait au mot une tout autre portée. » L'explication de Washington, confirmée par les autres officiers de la garnison, a été acceptée par les historiens anglais et américains ; elle doit , il faut le reconnaître , au caractère , à la réputation de son auteur et à l'estime dont sa mémoire est entourée, un cachet de sincérité et de vraisemblance que le témoignage des faits relatés eût empêché d'accorder à tout autre. Dinwiddie rendit compte au gouvernement britannique (2) de la défaite que venait de subir l'expédition de Washington , et insista sur la nécessité d'envoyer des subsides et des renforts. En attendant, il essaya de réorganiser ses troupes découragées, et donna même l'ordre de reprendre la marche sur le fort Duquesne; mais ses intentions belliqueuses échouèrent, par suite du vote de l'assemblée virginienne, peu soucieuse d'ajouter de nouveaux sacrifices à ceux déjà consentis, et de la désertion des recrues qui ne voulaient pas continuer leurs services sans que leur solde fût assurée (3). Dinwiddie se vengea de ses dé-

(1) Voir aussi Parkman, Montcalm et Wolf.

(2) Dinwiddie aux Lords of ïrade, 24 juillet 1754. Record Office.

(3) Dinwiddie aux Lords of Trade, 23 septembre 1754.

boires en refusant d'exécuter la capitulation du fort de Nécessité, sous prétexte que le commandant français avait envoyé à Québec quelques prisonniers anglais.

Bientôt, à la réception d'un subside de 20,000 livres sterling" expédié par la métropole, il projette l'organisation d'un corps de 1,000 hommes, dont, malgré son inexpérience de l'art militaire, il sollicite la direction. « Si Sa Majesté, dit-il (1), veut me faire la grâce de me donner le commandement des troupes levées ici, je suis convaincu que cela leur ferait grand plaisir. » Avec ces troupes, il se fait fort de débusquer les Français de l'Ohio et de les poursuivre jusqu'au lac Érié.

Le gouverneur delà Virginie ne fut pas le seul à formuler et à proposer des plans d'attaque contre les établissements français. Dès le printemps de 1754, Shirley qui, après avoir fait partie de la commission des limites à Paris, était revenu prendre possession de son gouvernement à Boston, forma, de concert avec ses collègues des provinces voisines, un bataillon de 500 hommes, levés et entretenus aux frais du Massachusetts. L'expédition préparée avait pour but l'occupation du cours supérieur de la rivière Kennebec. '( Je n'hésiterai pas, écrit (2) l'infatigable ennemi des prétentions françaises, à affirmer que le Kennebec et la Chaudière sont dans les limites des territoires de Sa Majesté; mais comme une tentative de chasser les Français de cette dernière rivière, sur laquelle ils étaient établis avant la guerre, et d'étendre les revendications du Roi à des pays si voisins de Québec, pourrait entraîner un dissentiment international , je ne l'exécuterai pas sans avoir reçu les ordres de Sa Majesté à ce sujet. » Le détachement anglais, conduit par Shirley en personne, se contenta en effet de fonder de nouveaux postes sur le Kennebec, mais ne

(1) Dinwiddie aux Lords of Trade, 28 octobre 1754.

(2) Shirley aux Lords of Trade, 19 avril 175i.

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