DERNIERES DISCUSSIONS
de celui de l'autrichien que par les compliments qu'il se décerne à propos « du détail et de la précision » de son rapport au conseil, ce fut grâce à lui que Stahremberg consentit, malgré les ordres formels de sa cour, à remettre jusqu'après la signature l'examen des grands projets ultérieurs, A en juger par les dépêches que nous venons d'analyser et par le langage de Kaunitz, la résistance du représentant de Marie-Thérèse fut d'autant moins énergique , que la cour de Vienne était encore plus soucieuse que celle de Versailles de sceller, par un acte officiel, les bases d'un accord défensif que les événements transformeraient bientôt en alliance offensive.
Les dernières discussions portèrent sur l'insertion de la clause visant le traité de Westphalie, sur la réserve d'un conflit entre l'Autriche et la Porte (2), que voulaient ajouter les négociateurs français et que Stahremberg parvint à faire écarter. Quant au point capital de la réciprocité , le succès resta au diplomate autrichien, qui obtint dans la garantie donnée par l'impératrice le maintien de l'exception « au cas de la présente guerre entre la France et l'Angleterre » , tandis que la garantie accordée par le roi de France ne contenait aucune restriction et s'appliquait , par conséquent, à une attaque du roi de Prusse contre les États de l'impératrice. Après de longs débats, où Rouillé parait avoir été assez mal soutenu par ses collègues , il fut décidé que l'on rédigerait un article secret, d'après lequel l'exception ne viserait que les hostilités directes entre la France et l'Angleterre, et non l'éventualité d'une entreprise contre la France par une autre puissance agissant comme auxiliaire de l'Angleterre, En dépit de tous ses eflbrts, Bernis ne put arracher, même dans les articles
(1) Bernis, Mémoires, t. I, p. 26G.
(2) Les diplomates français, pour ménager l'influence de leur gouvernement à Conslanlinople, auraient voulu faire bénéficier la Porte d'une exception à la garantie accordée à l'Autriche en cas d'attaque.
secrets, aucune déclaration ou promesse relative à rétablissement de rinfant don Philippe.
Ainsi se termina la nég-ociation qui, commencée en septembre 1755, aboutit, après huit mois de pourparlers, à l'instrument diplomatique du l"'" mai 1756.
Nous avons dû nous borner à reproduire des extraits de la correspondance échangée entre la cour de Vienne et son représentant à Paris, tout en exprimant l'espoir de voir publier en entier ces pièces, qui, malgré les redites et le • style diffus de Stahremberg, constituent un document his-J torique de la plus grande valeur. Mais cette lecture suffira, nous le pensons, pour démontrer que le ministère de Louis XV eût pu obtenir, vers le mois de mars et au prix de sacrifices moindres , des résultats au moins équivalents à ceux du traité de Versailles. Dès cette époque, il lui eût été facile de conclure une convention de neutralité, et peut-être une alliance défensive sur le pied d'égalité et de réciprocité qui lui fut refusé plus tard. Le langage irréfléchi de Rouillé, l'émotion au sujet du traité de Westminster qu'il ne sut pas dissimuler à l'Autrichien, les regrets qu'il manifesta plus tard sur la perte de l'alliance prussienne, la mobilité de ses opinions, la jalousie que lui inspiraient le talent et l'initiative de son collègue, l'indécision qui était le fond de son caractère , ne furent pas sans nuire au succès de l'œuvre dont il était officiellement chargé. Il y a lieu de croire que Bernis tout seul eût mieux réussi; moins gêné dans son action, moins préoccupé d'aboutir, il eût su mieux tirer parti de la situation, et eût pris à son propre compte des revendications, dont il faisait peu de cas, quand elles émanaient d'un chef pour les moyens duquel il professait une bien mince estime.