TRAITE DE VERSAILLES. SON EFFET EN EUROPE
L'acte diplomatique , contenant la convention de neutralité et d'alliance défensive , qui porte le nom historique de traité de Versailles, fut en réalité signé à Jouy, résidence du ministre des Affaires Étrangères, le 1" mai 1756, par MM. de Rouillé et Remis au nom de la France , par M. de Stahremherg au nom de l'Autriche.
Les plénipotentiaires célébrèrent l'heureuse issue de leurs longues discussions par un repas, auquel le seul convive invité fut l'abbé La Ville, confident et auxiliaire dévoué de Rouillé.
Par la première convention, l'impératrice-reine s'engageait à observer la neutralité la plus absolue dans le conflit entre la France et l'Angleterre ; de son côté , le roi de France promettait de respecter les Pays- Ras ou autres royaumes. États et provinces appartenant à l'impératrice. Dans le (( traité d'union et d'amitié défensif », les parties contractantes proclamaient leur intention de confirmer « le traité de Westphalie et tous les traités de paix et d'amitié conclus entre elles depuis cette époque » , et s'accordaient à cet effet la garantie et la défense réciproque de leurs possessions et États actuels en Europe « contre les attaques de quelque puissance que ce soit , le cas de la présente guerre entre la France et l'Angleterre uniquement excepté ».
Si les bons offices des hautes puissances contractantes ne suffisaient pas pour écarter les agressions possibles, Leurs Majestés devaient « se secourir mutuellement, avec un corps de 24., 000 hommes ». La partie à la requête de laquelle le secours serait fourni resterait libre de transformer sa demande en subside financier, d'après des bases stipulées d'avance.
Aux deux pièces destinées à la publication, les plénipotentiaires ajoutèrent une convention secrète en 5 articles, dans laquelle, malgré l'exclusion du cas de la présente guerre entre la France et l'Angleterre maintenue dans le traité ostensible, l'impératrice se déclarait prête, si quelque puissance, même à titre d'auxiliaire du roi d'Angleterre, envahissait les domaines du roi très chrétien, à venir en aide à ce dernier. Le roi prenait à l'égard de l'impératrice un engagement analogue. Les deux contractants convenaient d'inviter de concert, et non autrement, à accéder à leur arrangement l'Empereur en sa qualité de grand-duc de Toscane, les rois d'Espagne et de Naples, l'infant duc de Parme, et tel autre gouvernement dont le concours leur paraîtrait désirable. Aucun traité ne devait être conclu ou renouvelé, par l'impératrice ou le roi, sans communication préalable à l'autre partie et sans son consentement.
Dans les documents officiels, aucune mention ne fut faite du grand projet de l'alliance offensive; mais il fut décidé que les pourparlers continueraient de part et d'autre , et le jour même de l'échange des signatures, Bernis remit à Stahremberg une note , contenant la réponse à quelquesunes des propositions autrichiennes , et demandant des éclaircissements sur les autres.
Que l'insuccès de la diplomatie française dût être attribué à l'incapacité et à la désunion des ministres de Louis XV, ou à l'infériorité de la situation de la France vis-à-vis de l'Autriche, il faut avouer que sur tous les points contestés la cour de Vienne avait gain de cause. La réciprocité, dont