‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 153 sur 249 · CONCESSIONS DES NÉGOCIATEURS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CONCESSIONS DES NÉGOCIATEURS FRANÇAIS

Bernis avait fait son cheval de bataille, avait été abandonnée; contre l'Angleterre , la France n'obtenait aucun avantage, tandis que, par la garantie des États de l'impératrice et par son engagement de ne pas renouveler de traité sans l'assentiment de cette souveraine, elle s'aliénait la Prusse et ne laissait à cette dernière d'autre politique que celle de resserrer les liens d'amitié qu'elle avait formés avec la Grande-Bretagne. Si la convention de neutralité, qui éloignait tout danger d'hostilités dans les Pays-Bas et sur la frontière du Bhin, pouvait se justifier par la sécurité dont jouiraient les deux contractants, on s'explique difficilement les motifs qui décidèrent la diplomatie française à accepter le traité défensif. Craignit-elle la création d'une confédération subventionnée par l'or britannique, dans laquelle entreraient le roi de Prusse et l'impératrice-reine réconciliés aux dépens de la France? Il est possible que cette crainte ait existé dans l'esprit de l'abbé de Bernis : il est certain qu'il s'en est servi comme argument pour surmonter les hésitations de ses collègues; mais la vraisemblance d'une coalition de ce genre , quoi qu'en dise un historien moderne , qui ne cache d'ailleurs pas ses préférences pour l'alliance autrichienne , nous parait très sujette à caution.

Sans doute, de même que Bernis avait mis en avant un projet de ligue des puissances européennes, dont seule l'Angleterre devait être exclue, le ministère Newcastle avait imaginé, à la suite du traité de Westminster, une union défensive de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse, destinée à garantir l'Allemagne, et plus spécialement le Hanovre, contre une incursion française; mais à supposer qu'une entente même momentanée eût pu être efl'ectuée entre des souverains dirigés par des sentiments et des intérêts si opposés , il est évident qu'il eût été impossible de donner à cet arrangement un caractère offensif et de mobiliser contre la France des forces aussi disparates et aussi dispersées.

Engagée dans une guerre maritime et coloniale avec sa rivale d'outre-Manche, la France avait tout gain à ne pas se mettre sur les bras un conflit continental , dont elle ne pouvait espérer aucun avantage , et dans lequel elle gaspillerait sans utilité ses armées et son argent.

Pour expliquer les concessions des plénipotentiaires français, on a insisté sur la situation prépondérante que, pendant la dernière phase des négociations de Paris, le gouvernement de l'impératrice avait vis-à-vis de Louis XV. L'Autriche avait obtenu , sans rien donner en échange , le rappel du duc de Nivernais et la rupture des pourparlers avec Frédéric; la France, si elle ne traitait pas avec elle, resterait isolée en Europe. Marie-Thérèse, au contraire, conserverait la ressource , si on ne se mettait pas d'accord à Paris, d'écouter les ouvertures que Keith venait de lui faire au nom de la cour de Londres.

Tout est possible en politique ; mais il faut reconnaître qu'un revirement de ce genre eût été aussi difficile à réaliser qu'un retour de la France à l'alliance prussienne. A Vienne, on savait fort bien que l'accueil des avances anglaises aurait pour conséquence le refroidissement des relations si cordiales qu'on entretenait en Russie. Au moment de l'envoi du rescrit du 27 mars, Kaunitz ne pouvait, il est vrai, être informé des résultats de la conférence tenue à Pétersbourg le 11 avril, ni partant de l'offre d'une action commune des deux impératrices contre le roi de Prusse. « Ces bonnes nouvelles, » qu'il s'empressa de transmettre à Stahremberg, ne parvinrent à ce dernier qu'après la signature du traité de Versailles et n'eurent par conséquent aucune influence sur les stipulations arrêtées le l"'" mai ; mais il connaissait par les dépêches d'Esterhazy, son ambassadeur auprès de la czarine, les sentiments de cette princesse, l'interprétation qu'elle donnait à la convention anglaise et les discussions orageuses qui avaient eu Heu entre le chevalier Williams et les chanceliers russes. Une

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