‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 156 sur 249 · KALNITZ ET W^" DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

KALNITZ ET W^" DE POMPADOUR

de Marie-Thérèse eut soin de faire ressortir les services qu'elle avait rendus et qu'elle était à même de rendre. « Je crois (1), mande-t-il à Kaunitz, qu'il serait très à propos que Votre Excellence voulût bien , dans la première lettre qu'elle me fera l'honneur de m'écrire, insérer quelques lignes ostensibles à M"^ de Pompadour. C'est à présent le moment où nous avons plus que jamais besoin d'elle, et je serais fort aise qu'outre les compliments personnels de Votre Excellence, il y eût aussi quelque chose qui marquât la reconnaissance et la considération de la cour et du ministère pour elle. Il est certain que c'est à elle que nous devons tout, et que c'est d'elle que nous devons tout attendre pour l'avenir. Elle veut qu'on l'estime, et le mérite en effet. »

Kaunitz s'exécuta de bonne grâce et adressa à la marquise un billet fort bien tourné (2) , où il eut soin d'insérer un passage ne laissant pas ignorer « que Leurs Majestés Impériales vous rendent toute la justice qui vous est due et ont pour vous tous les sentiments que vous pouvez désirer. »

Si Stahremberg eut soin de mettre en lumière la part indirecte, mais importante, que M"^" de Pompadour avait eue dans la conclusion du traité, il n'eut garde d'omettre, dans sa correspondance avec le chancelier, les remerciements auxquels avait droit son collaborateur de la première heure, et l'intérêt qu'il y avait à lui voir confier la suite des pourparlers. « Sans le concours de l'abbé de Bernis (3), qui, sur la plupart des choses, a toujours été de

(1) Slahremberg à Kaunilz, 13 mai 1756. Cité par Arnelh.

(2) Kaunitz à M""® de Pompadour, 9 juin 1756. Cité par Arneth. C'est probablement sur ce passage de la lettre de Kaunitz que fut édifiée la légende d'un billet autographe écrit par Marie-Thérèse à M'^'^ de Pompadour. L'existence de cette pièce, sur laquelle la plupart des historiens ont échafaudé leurs théories, a été niée de la façon la plus catégorique par l'impératrice dans une lettre adressée à l'électrice de Saxe le 10 octobre 1763. Voir Schee- 1er, t. I, p. 114, etc.; Vilzthum, t. I, p. 338.

(3) Stahremberg à Kaunitz, 2 mai 1756.

mon avis et contraire à celui de M. Rouillé, nous n'aurions jamais rien terminé. Aussi ai-je présentement plus de raisons que jamais de désirer que la négociation demeure entre ses mains. Si je puis me dispenser d'entrer directement dans cette affaire, je le ferai; mais si je ne vois pas d'autre moyen de retenir l'abbé dont la présence me parait absolument nécessaire, j'en parlerai àM"° de Pompadour en lui demandant de le dire au roi. Elle m'a fait savoir, par l'abbé de Bernis, que toutes les fois que je voudrais faire parvenir quelque chose directement au roi , je pouvais lui demander un rendez- vous, et qu'elle avait déjà la permission de me voir en particulier toutes les fois que je le voudrais. »

Nous laisserons le représentant de la cour de Vienne distribuer ses témoignages de satisfaction et poursuivre la tâche laborieuse de mettre sur pied la grande alliance, pour nous occuper de l'impression produite en Europe par la nouvelle du traité de Versailles.

Le secret avait été admirablement gardé vis-à-vis des diplomates français à l'étranger, à commencer par l'ambassadeur accrédité auprès de la cour de Vienne. Au comte de Broglie, qui l'interroge sur les rumeurs d'une entente entre les deux cours , d'Aubeterre répondait avec une bonne foi parfaite, à la date du 10 avril (1), c'est-àdire trois semaines à peine avant l'échange des signatures : « Il n'est question d'aucun traité entre la cour de France et celle de Vienne. Les deux puissances sont en fort bonne intelligence, mais rien de plus. » Broglie, dans une lettre en date du 26 mars à son collègue M. de Bonnac, ministre français à la Haye, se montre aussi mal renseigné (2) : « J'ai lieu de croire que ce qui vous est revenu de la prochaine signature d'un traité entre la France et la cour de

(1) D'Aubeterre à Broglie, 10 avril 1756. —Autriche, Supplément.

(2) Broglie à Bonnac, 26 mars 1756. — Correspondance secrète.

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