‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 157 sur 249 · DEMARCHE DE KEITH · texte numérisé non relu

DEMARCHE DE KEITH

Vienne est aussi sans fondement J'ai appris que nous

avions fait un assez bon accueil à la proposition du roi de Prusse de renouveler son traité. M. de Nivernais est chargé d'entamer cette affaire et de la laisser conclure à M. de Valory. »

Ce fut seulement par une dépèche circulaire du ministre, datée du 31 mai, que les agents français à l'extérieur furent informés, à la fois, des nouvelles conventions et de la modification profonde apportée aux relations internationales de leur pays.

L'arrangement de Versailles eut deux conséquences immédiates : l'échec de la tentative de rapprochement que le ministère britannique avait essayée à Vienne, et la déclaration de neutralité de la Hollande.

Nous avons vu l'usage que fit le chancelier autrichien des ouvertures anglaises pour surmonter les dernières hésitations du cabinet français; aussitôt l'avis de l'échange des signatures parvenu à Vienne, il s'empressa de remettre à l'envoyé du roi George la réponse attendue depuis le 7 avril. D'après le récit de l'ambassadeur (1), Kaunitz prit l'attitude et le ton les plus froids , se borna à lui lire un mémoire contenant « la réponse verbale » de l'impératrice, et se refusa à entrer en discussion sur cette pièce, dont le contenu causa à son interlocuteur « autant de chagrin que de surprise ».

Keith en appela du chancelier à Leurs Majestés Impériales. L'audience qui lui fut accordée eut lieu le 13 mai au palais de Schônbrun , après le diner de la cour, auquel assistèrent comme d'habitude les diplomates étrangers et beaucoup de personnages de la noblesse autrichienne. Il fît respectueusement observer à Marie-Thérèse l'effet que produirait sur son gouvernement la note que Kaunitz avait préparée ; bien loin de calmer les dissentiments déjà

(I) Keith à Holdernesse, 16 mai 1756. Record Office, Londres.

existants, elle ne servirait qu'aies envenimer; elle serait regardée à bon droit comme une renonciation aux errements du passé, comme la rupture de l'union des deux Etats. Il suppliait Sa Majesté d'apporter à la pièce officielle les modifications nécessaires pour éviter un pareil désastre. L'impératrice lui répondit que ce ne serait pas sa faute si les craintes de l'ambassadeur se réalisaient; « ce n'était pas elle qui avait abandonnée le vieux système , mais bien la cour de Londres qui l'avait abandonné, elle, et l'alliance avec elle, en traitant avec le roi de Prusse. La nouvelle de cette convention l'avait frappée comme d'une attaque d'apoplexie. Quoique le bruit de cette négociation lui fût venu de différents côtés, elle n'avait jamais voulu y ajouter foi. Aujourd'hui il n'y avait plus de doute; aussi considérait-elle la vieille alliance comme morte , et ne devait-elle encourir aucun reproche si elle essayait d'assurer sa sécurité en prenant les mesures qui lui paraissaient nécessaires... Elle ne pouvait pas comprendre pourquoi nous serions surpris de la voir prendre des engagements avec la France, et suivre ainsi l'exemple que nous lui avions donné en nous liant avec la Prusse. »

L'envoyé anglais, voyant le peu de succès de son langage diplomatique sur l'esprit de la souveraine , voulut s'adresser au cœur de la femme. Il demanda la permission de parler comme homme privé, comme serviteur dévoué de l'impératrice, pour la personne de laquelle il professait une véritable vénération. Usant largement de l'autorisation bienveillante qui lui fut accordée, Keith exposa à Marie- Thérèse les dangers de sa nouvelle politique, lui reprocha la versatilité qu'elle montrait en se brouillant avec l'ami de son père et de sa maison , pour se lier avec un gouvernement dont la perfidie et l'ambition dans le passé ne présageaient rien de bon pour sa conduite future. « Je ne puis croire, s'écria-t-il, que Votre Majesté, impératrice et archiduchesse d'Autriche, s'humilie au point de se jeter entre

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