NEUTRALITE DE LA HOLLANDE
insulaire. Yorke ne croit plus au succès (1). « S'ils n'envoient pas leur contingent en Angleterre , écrit-il , et si on ne met pas des entraves à leurs échanges, il sera impossible de continuer la guerre contre la France. «
L'idée de faire du tort à une marine rivale était trop conforme aux principes de la politique anglaise d'alors, pour qu'elle ne fût pas adoptée par Newcastle. Au refus de la plupart des provinces de reconnaître le « casus fœderis » et d'envoyer le secours réclamé , le gouvernement anglais riposta par la saisie, sous prétexte de contrebande de guerre , d'un certain nombre de bâtiments marchands battant pavillon hollandais.
Cette agression et la nouvelle du traité de Versailles décidèrent enfin les Provinces-Unies à accepter les conditions que leur offrait le gouvernement de Louis XV. Le 25 mai , les États Généraux prirent une délibération, dans laquelle leurs Hautes Puissances déclarèrent (2) qu' « elles étaient dans l'intention de garder une stricte neutralité, le tout cependant sans préjudice des alliances que la république a contractées , auxquelles les Hautes Puissances ne prétendent nullement déroger; qu'en conséquence, les Hautes Puissances sont dans la juste attente que Sa Majesté Très Chrétienne ne fera plus de difficultés de leur faire éprouver, en leur donnant une entière sûreté qu'ils ont demandée pour leur territoire et pour celui de leur barrière, les preuves non équivoques de son affection et de sa bienveillance ».
Louis XV sanctionna la neutralité des Pays-Bas hollandais et autrichiens par une lettre du 14- juin, dans laquelle il prenait acte de la déclaration des États Généraux et visait le traité récent conclu avec l'impératrice-reine.
L'exemple de la Hollande fut bientôt suivi par la Suède
(1) Yorke à Newcastle, 16 mars 1756.
(2) Extrait des registres des résolutions des Hautes-Puissances seigneuriales. États généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas, 25 mai 1756.
et le Danemark; aux mesures prises par l'Angleterre pour empêcher tout commerce par mer avec la France, les puissances du Nord répondirent en signant à Stockholm, le 12 juillet 1756, une « union maritime » et en armant une escadre, destinée à protéger leur marine marchande. Ce traité, qui suivait de près la victoire du Sénat suédois (1) dans ses démêlés avec la royauté, était une nouvelle preuve de la prépondérance du crédit français auprès des cours Scandinaves.
En Russie, les intérêts du gouvernement britannique n'étaient pas en meilleure voie. En se rapprochant de l'Angleterre, Frédéric, comme il l'avait affirmé à Nivernais, avait été influencé par la crainte de la Russie et par le désir d'éviter, au moyen d'une entente avec le principal allié de cette nation , l'intervention des armées moscovites dans un conflit européen. Mal renseigné sur les intentions réelles de la czarine , trompé par les assurances des ministres du roi George , il se fit longtemps illusion sur les suites de son action diplomatique , et crut à la possibilité de rétablir, sous les auspices delà Grande-Bretagne, des relations amicales entre son gouvernement et celui de Pétersbourg.
Nous avons déjà fait allusion à l'équivoque qui existait entre le cabinet d'Elisabeth et les ministres du roi George , au sujet de l'expression « ennemi commun » insérée dans la convention de septembre 1755. L'incident soulevé par les deux chanceliers russes au moment de la ratification , le 12 février 1756, eut des conséquences désastreuses pour la bonne intelligence des deux puissances.
Dans une pièce (2) intitulée : (( Déclaration secrétissime, »
(1) Un complot, organisé par les partisans de la cour, avait été découvert; les chefs des conjurés, Horn et Brahe, avaient été jugés et furent exécutés le 23 juillet 1756. L'Angleterre et Frédédc, dont la sœur était reine de Suède, soutenaient le parti royal, tandis que la France prêtait son appui au Sénat.
(2) Pièce annexée à la dépêche de Williams à Holdernesse, 19 février