‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 160 sur 249 · LA DÉCLARATION SECRÉTISSIME · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION SECRÉTISSIME

l'impératrice , « pour ne laisser aucun lieu à l'interprétation ultérieure et pour prévenir tout malentendu, » avait notifié « que le cas de la diversion à faire , à laquelle Sa Majesté Impériale s'est engag-ée par la convention qui vient d'être ratifiée, ne peut et ne doit exister que lorsque le roi de Prusse attaquera les États de Sa Majesté le roi de la Grande-Bretagne ou ceux de ses alliés ». A la suite de cette signification , on expliquait que l'impératrice était résolue à tenir sa parole, qu'elle professait l'amitié la plus grande pour le roi George, et qu'elle eût été disposée à envoyer un contingent de troupes pour la défense des Pays-Bas, si elle n'avait pas été arrêtée pas les troubles sérieux qui venaient d'éclater en Sibérie, et par la nécessité d'employer dans cette région une partie de ses forces.

Williams, stupéfait d'une communication qui, dans les circonstances actuelles, annulait le traité dont il venait d'obtenir si péniblement la ratification, refusa d'abord de recevoir la pièce. Cependant, sur la prière de ses interlocuteurs , qui affirmèrent obéir à un ordre formel de leur souveraine, il consentit à en prendre copie. La conversion de sa cour était trop récente , et les sentiments personnels de l'ambassadeur trop hostiles à la personne du roi Frédéric (1), pour qu'il ne cherchât pas à plaider les circonstances atténuantes en faveur de la déclaration. « J'espère, écrit-il (2) à Holdernesse, que la partie de cette note, relative à l'attaque du roi de Prusse, répondra aux desseins de Sa Majesté , et obligera ce prince à rester fidèle à ses promesses. Je puis vous assurer que, dans le cas où Sa Majesté Prussienne aurait une autre conduite, cette cour n'hésitera pas à l'attaquer avec vigueur, et afi'ectera à cette opération un nombre beaucoup plus considérable de soldats que celui qui a été stipulé dans notre traité. »

(1) Williams, ministre anglais à Berlin en 1750, avait été rappelé par son gouvernement sur la demande formelle du roi Frédéric.

(2) Williams à Holdernesse, 19 février 1756. Record Office.

Holdernesse, selon son habitude en matière de négociation épineuse , le prit de haut avec le gouvernement moscovite ; il retourna aux deux chanceliers le malencontreux document, et chargea l'envoyé anglais de leur dire (1) que « Sa Majesté (Britannique) ne considère ni nécessaire ni utile un commentaire du traité récemment conclu». Elle ne peut admettre que la cour de Russie revienne sur un engagement pris en termes formels, « que ne peuvent modifier des réserves postérieures, de venir en aide à l'Angleterre, soit directement, soit par voie de diversion, dans le cas d'une attaque dirigée contre cette puissance par un ennemi quelconque ».

Pendant que le cabinet de Saint-James morigénait celui de Saint-Pétersbourg, l'opposition contre l'alliance anglaise grandissait tous les jours en Russie. Williams est obligé de l'avouer, et donne , dans ses dépêches, des nouvelles de plus en plus alarmantes. L'ambassadeur autrichien, le comte Esterhazy (2) , de confident intime devenu ennemi acharné, remet une plainte de la cour de Vienne au sujet de la conclusion du traité anglo-prussien, sans entente préalable avec les alliés de l'Angleterre, l'Autriche et la Russie. Le vice-chancelier, comte Woronzow, fait de l'opposition à son chef, le comte Bestushew, et cherche à décider le conseil de l'empire à dénoncer la convention britannique. La question de la rupture fut, en effet, discutée devant la czarine (3), et ne fut repoussée qu'à la majorité de six voix contre quatre, grâce à l'action énergique du grand chancelier et à l'influence du grand-duc et des deux Schuwalow, gagnés à la cause anglaise par la grande-duchesse Catherine. Quant à la souveraine, « son aversion pour la personne du roi de Prusse éclate à chaque instant , et il est certain

(1) Holdernesse à Williams, 30 mars 1756.

(2) Williams à Holdernesse, 27 mars et 11 avril 1756.

(3) Williams à Holdernesse, Il avril 1756.

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