‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 17 sur 249 · SHIRLEY · texte numérisé non relu

SHIRLEY

dépassa pas la ligne de partage des eaux, située à 110 milles environ de Québec. « La construction d'un fort, mande-t-il (1) au ministre, serait une menace des plus effectives pour cette partie du Canada, et une pierre d'attente pour l'expulsion des Français de ce pays , quand on le jugera convenable. »

En attendant la réalisation de cet objectif qu'il ne perd jamais de vue, Shirley ne cesse d'entretenir le ministère de la Grande-Bretagne de la nécessité d'enlever aux Français les positions qu'ils occupaient depuis 1750 sur la rivière Saint-Jean, au nord de la baie de Fundy, et sur l'isthme de Shediac. Enfin, il reçoit l'autorisation de se concerter à cet effet avec le gouverneur en second de la Nouvelle-Ecosse, le colonel Lawrence, ancien adversaire du chevalier de La Corne. « Il y a environ une semaine, écrit-il au ministre Robinson (2), j'ai reçu votre lettre du 5 juillet (3), par laquelle vous me faites savoir le désir de Sa Majesté que je m'entende avec le colonel Lawrence, à l'effet de profiter de l'absence supposée des Indiens qui habitent la Nouvelle-Ecosse , et , dans le cas où les forces à notre disposition seraient suffisantes, pour attaquer les forts français. Si je ne m'étais pas mis d'accord avec le colonel Lawrence, je devrais le faire de suite. »

A la réception des mêmes instructions, le gouverneur de la Nouvelle -Ecosse s'applaudit d'avoir devancé les projets de son gouvernement. « Je me suis bien vite aperçu , écritil (i), qu'aucune mesure de défense ne serait effective, tant que le fort de Beauséjour et tous les établissements français au nord de la baie de Fundy ne seraient pas dé-

(1) Shirley à Robinson, 11 novembre 1751.

(2) Shirley à Robinson, 11 novembre 1754.

(3) L'ordre donné par le gouvernement de Londres d'attaquer les forts fiançais de l'Acadie était, par conséquent, antérieur à la réception des nouvelles de la prise du fort de Nécessité.

(4) Lawrence aux Lords of Trade , 5 novembre 1734.

truits, ayant appris de très bonne source que les Français sont résolus, aussitôt que les fortifications de Louisbourg auront été mises dans un état passable, de se rendre maîtres de la baie de Fundy en prenant le fort de Chignecto... J'ai pensé qu'il était de mon devoir le plus strict de prévenir cette entreprise, et en conséquence me suis déterminé à les attaquer avant qu'ils aient le temps de réunir leurs troupes. J'ai envoyé le lieutenant colonel Monckton à Boston avec une lettre pour le gouverneur Shirley... contenant tous les détails de l'entreprise... J'étais très préoccupé de la responsabilité que j'assumais en essayant une expédition de cette importance, et surtout en occasionnant une dépense aussi considérable, sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de Vos Seigneuries... Je viens d'être dégagé de toute inquiétude par la réception des ordres de Sa Majesté. »

Forts de l'assentiment de leur cour, les deux gouverneurs emploient les mois d'hiver aux préparatifs de l'opération projetée contre les postes français de rx\cadie, Lawrence rassure son Ministre (1) sur les indiscrétions possibles: « L'affaire sera conduite de sa part (celle de Shirley) avec tant de secret, que les Français ne s'alarmeront que quand nos armements seront achevés. » En effet, Shirley put réunir l'assemblée de Massachusetts, obtenir d'elle les crédits nécessaires, lever et organiser les troupes coloniales destinées au coup de main , arrêter les Français résidant à Boston, interdire tout commerce et toute communication avec Louisbourg, sans troubler la quiétude des administrateurs du Canada et de l'ile Royale, et sans provoquer de leur part aucune demande d'explications.

Les craintes qu'exprimait Lawrence sur les desseins du gouverneur de Louisbourg n'avaient aucun fondement. Le chevalier de Drucourt, qui arriva à File Royale dans le

(1) Lawrence à Rohinson, 12 janvier 1755.

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