‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 162 sur 249 · HÉSITATIONS DE LA COUR DE PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DE LA COUR DE PÉTERSBOURG

juge impartial : le roi d'Angleterre, en entretenant des projets aussi néfastes, aurait-il agi d'une façon conforme aux règles de la justice ou à l'avantage réel de la cause commune? » L'indignation du ministre anglais, qui, pour être tardive, était probablement plus chaleureuse, ne pouvait trouver d'écho à Saint-Pétersbourg que chez les partisans plus ou moins intéressés d'une entente avec le roi de Prusse. Il devenait de plus en plus difficile, pour ne pas dire impossible, de nier la contradiction évidente entre le traité de subsides, de septembre 1755, dont la plupart des clauses étaient dirigées contre l'ennemi commun d'alors, le roi de Prusse, et la convention de Westminster, de janvier 1756, qui interdisait l'entrée en Allemagne de ces mêmes troupes russes, que l'acte antérieur avait eu pour objet d'y appeler. L'équivoque, qui existait depuis cinq mois, devait prendre fin. La czarine, malgré sa mobilité^ aurait à choisir entre l'union avec l'Angleterre, à laquelle la Prusse serait invitée à adhérer, ou la reprise contre le roi Frédéric du projet d'action concerté avec l'impératrice-reine et ses alliés, parmi lesquels figurerait aujourd'hui la France.

Cependant, les lenteurs et les fluctuations de la cour de Pétersbourg , l'indolence maladive d'Elisabeth , la division de ses conseils , les arguments financiers de l'ambassadeur Williams , retardèrent de plusieurs mois la solution d'une question qui préoccupait à un si haut degré les principaux gouvernements de l'Europe.

Au sein du cabinet anglais, la fâcheuse impression produite par raccord de la France et de l'Autriche, l'échec de Keith à Vienne et les avis de la Haye et de Pétersbourg, fut singulièrement aggravée par les mauvaises nouvelles de l'Amérique et de la Méditerranée. Les amiraux et les généraux avaient aussi peu de succès à la tête des forces britanniques, que les diplomates du roi George auprès des cours du continent.

Le général Braddock, chargé de la conduite des opérations militaires en Amérique, venait d'essuyer une défaite sanglante sur les bords de la Monanghahela. Le maréchal de Richelieu avait pu débarquer sans opposition dans l'Ile de Minorque et commencer le siège delà citadelle de Saint- Philippe; l'amiral Hyng, envoyé avec une escadre au secours de la garnison anglaise , après avoir livré un combat malheureux à l'amiral La Gallissonnière, avait été obligé d'abandonner son entreprise et de rentrer à Gibraltar. En Allemagne, le Hanovre restait sans défense à la suite du départ des troupes électorales et hessoises, appelées en Angleterre par la menace d'une invasion des armées françaises, réunies sur les côtes de la Manche,

Nous relevons, dans une lettre intime de Newcastle (1) à son ami le colonel Yorke, l'expression du découragement qui régnait dans les cercles de Saint-James. « Toutes les puissances indépendantes, écrit le ministre, devront être alarmées de cette alliance contre nature , les cours protestantes surtout, puisque c'est contre elles qu'elle est directement et presque ouvertement faite Je ne puis dire

ce qu'il y aura lieu de proposer; mais il est évident qu'il faut, ou essayer (au prix d'une grosse dépense, je le reconnais) de former une contre-alliance à opposer à celle que je trouve si dangereuse, ou nous resigner à abandonner l'Europe à la France et à soutenir tout seuls, pendant plusieurs années , contre cette puissance , une lutte inégale , dans laquelle nous avons tout lieu de craindre des échecs incessants, à en juger d'après les expériences désastreuses que nous venons de faire, puisque nos armées prennent la fuite en Amérique et nos flottes dans la Méditerranée; et alors (ce que j'ose à peine vous avouer) que nous n'avons presque pas un vaisseau à ajouter à nos escadres, ni un ba-

(1) Newcastle à Yorke (très confidentielle), 11 juin 1756. — Newcastle Papers.

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