REVUE DE LA SITUATION APRES LE TRAITE DE VERSAILLES
début de l'année, évolution dont le traité de Westminster d'abord et celui de Versailles plus tard avaient été la manifestation publique. Sauf l'Espagne, qui, sous l'influence du ministre Wall et de l'habile ambassadeur anglais sir B. Keene, était restée fidèle à l'Angleterre, toutes les autres cours du continent avaient changé ou étaient sur le point de changer d'attaches. Le vieux système des Puissances maritimes et de l'Autriche était brisé; l'impératrice-reine, enl rainant à sa suite la plupart des princes de l'Empire, la Saxe et la Russie, avait contracté de nouveaux liens avec sa rivale séculaire, et cherchait à embrigader le cabinet de Versailles dans la ligue qu'elle s'efforçait de constituer contre le roi de Prusse. La Hollande abritait sa faiblesse derrière une proclamation de neutralité. Le roi Frédéric devait à ses mauvais procédés à l'égard de la France l'isolement presque complet dans lequel il se trouvait ; il ne soupçonnait pas encore le complot qui se tramait contre lui, et, tout en acceptant avec l'Angleterre une entente que lui imposaient les événements, n'avait pas perdu tout espoir d'une réconciliation avec la France, dont l'abandon paraissait trop contraire aux intérêts de cet État pour qu'il fût définitif. Quant à la Grande-Bretagne, délaissée par ses anciens amis, las d'exigences qui laissaient trop entrevoir l'égoïsme insulaire de ses procédés, peu édifiée sur la loyauté de son nouvel et unique allié , elle s'était presque résignée au sacrifice du Hanovre, et, peu soucieuse de se mêler à une bagarre générale , elle ne songeait qu'à la protection de son territoire , à la défense de ses possessions coloniales, et au maintien de sa suprématie maritime.
En traitant avec l'Autriche , la France avait perdu , il est vrai , l'espoir de s'indemniser sur les champs de bataille des Pays-Bas des échecs qu'elle pourrait éprouver en Amérique ou sur mer ; mais , en revanche , elle avait acquis la sécurité absolue de ses frontières de terre; elle pouvait
consacrer toutes ses ressources en hommes et en argent à la lutte contre le vieil ennemi , à la vengeance des affronts qu'elle avait supportés jusqu'alors avec tant de débonnaireté.
Ce plan d'action paraissait si naturel que le traité de Versailles fut interprété par presque tous les souverains, à commencer par Frédéric lui-même, comme devant raffermir, au moins pour le moment, la tranquillité du continent. Aussi fut-ce sans émotion, et sans grande préoccupation pour l'avenir, que les cabinets de l'Europe reçurent communication des manifestes lancés par l'Angleterre et la France, à l'occasion de la déclaration de guerre qu'elles venaient d'échanger, et par laquelle elles avaient transformé en lutte officielle des hostilités ouvertes, soit en mer, soit en Amérique , depuis plus de dix mois.
Cette accalmie, on le sait, ne dura guère ; dès le mois de juillet 1756, les préparatifs militaires du roi Frédéric, les sommations qu'il adressa à l'impératrice, enfin la brusque invasion de la Saxe, troublèrent profondément l'Europe et mirent fin aux rêves de repos et de paix dont la cour de Louis XV aimait encore à se bercer.
L'accord de Versailles s'imposait-il à la France? L'alliance autrichienne était-elle devenue nécessaire au roi très chrétien pour parer au danger auquel l'exposait le revirement de Frédéric? Quels avantages présentait le nouveau système? Quelles furent les causes qui amenèrent l'évolution dont le traité fut le signe extérieur? Cette évolution est-elle due à des intrigues de cour ou à des motifs de haute politique? Autant de questions que l'histoire a envisagées avec des divergences de vues qu'expliquent l'insuffisance des documents consultés, la nationalité, et souvent les tendances, nous dirions aujourd'hui l'état d'âme, des écrivains.
Tout d'abord, écartons la légende plus ou moins accréditée qui attribue le renversement des alliances au dépit