‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 165 sur 249 · PARTICIPATION DE M^^ DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

PARTICIPATION DE M^^ DE POMPADOUR

de M™" de Pompadour, à l'irritation qu'auraient occasionnée chez elle les propos de Frédéric et le dédain affecté par ce prince pour sa personne et son influence. Que la vanité de la favorite ait été piquée par les boutades et les épigrammes du philosophe de Sans-Souci, cela est hors de doute; mais le système prussien était trop ancré dans les conseils du roi, l'entente entre les gouvernements, sinon entre les souverains, trop cordiale, pour que la marquise eût osé tenter dans les relations extérieures de la France un changement qui eût déchaîné contre elle tant d'animosité et l'eût exposée à tant de périls. La réponse réservée de Bernis aux premières ouvertures de Stahremberg, le choix de Nivernais pour la mission de Berlin, le message dont M™" de Pompadour chargea ce dernier pour Frédéric, la chaleur que mit l'ambassadeur, dont nous n'avons pas à rappeler les attaches, à prôner le renouvellement avec la Prusse, sont autant de preuves que, jusqu'à la nouvelle du traité de Westminster, ni la favorite ni ses confidents les plus intimes ne songeaient sérieusement à modifier l'orientation de la politique étrangère de la France.

Pendant les longs pourparlers qui aboutirent aux conventions du 1" mai, nous rencontrons, dans la correspondance cependant si détaillée de Stahremberg, peu d'allusions à l'action directe de la marquise, alors que dans les dépêches postérieures au traité de Versailles son nom revient sans cesse, à propos, soit des avis qu'elle donne, soit des efforts qu'elle fait auprès du roi pour la bonne cause; l'envoyé de Marie-Thérèse parle peu d'elle pendant la phase difficile, et ne célèbre ses louanges qu'à la veille de la signature. Au moment le plus critique, M"" de Pompadour venait d'être nommée dame du palais (1); elle cherchait à se faire pardonner cet honneur, difficile à con-

(1) 3 février 1756. Voir les Mémoires de Luynes et d'Argenson.

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cilier avec sa naissance et sa position , par l'affichag-e de pratiques et de sentiments religieux en contradiction avec son passé et ses habitudes. Il est donc présumable que, sans se désintéresser tout à fait de la négociation, en femme prudente et avisée , elle n'intervint qu'à la dernière heure, alors qu'elle crut le résultat assuré.

La maîtresse attitrée de Louis XV fut l'objet des flatteries de Kaunitz, et reçut par son intermédiaire, après la ratification du traité de Versailles, un message de bienveillance de Leurs Majestés Impériales, accompagné d'un cadeau; mais on ne trouve aucune trace des billets que lui aurait écrits Marie-Thérèse et dont celle-ci a toujours nié l'existence. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que les hommes d'État du xviii" siècle n'avaient aucune répugnance à courtiser les personnages féminins qui , soit en qualité de favorites reconnues, soit de favorites devenues amies et conseillères, étaient considérées comme les Égéries de leurs souverains. C'est ainsi que Newcastle échange des présents avec la Pompadour, qu'il consulte sur la politique la comtesse de Yarmouth, maîtresse en titre du vieux roi George. Frédéric lui-môme, malgré son antipathie pour le beau sexe, mis au courant par Nivernais des influences prépondérantes auprès de Louis XV, engagea Knyphausen à gagner les bonnes grâces de celle qu'il avait trop négligée jusqu'alors.

(( Le duc de Nivernais, écrit-il le 2i janvier (1) , m'ayant beaucoup parlé de M"*' de Pompadour, vous devez prendre l'occasion de lui faire la visite, pour lui dire par un compliment des mieux tournés, combien j'avais été sensible à tout ce que le dit duc m'avait assuré de ses sentiments à mon égard. » Quelques jours après, il revient à la charge (2) : « M""" de Pompadour m'a fait faire quelques avances par le duc de Nivernais, auxquelles j'ai aussi ré-

(1) Frédéric à Knyphausen, 24 janvier 1756.

(2) Frédéric à Knyphausen, 3 février 1756.

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