‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 167 sur 249 · AVANTAGES ET DANGERS DE LALLIANCÉ · texte numérisé non relu

AVANTAGES ET DANGERS DE LALLIANCÉ

France et de l'Autriche, n'avait pas, jusqu'au traité de Westminster, d'adversaires dans les conseils du roi, et conservait encore à Versailles l'autorité d'un article de foi, raais, en dépit des protestations d'amitié et des échanges de compliments, n'avait jamais été cimentée par les sympathies personnelles des souverains.

Quelle que fût l'origine du nouveau système , qu'il fût dû aux préférences secrètes de Louis, au crédit de la favorite, à la faiblesse du roi pour sa fille la duchesse de Parme, comme l'insinue d'Argenson (1), à la colère soulevée par la conduite de Frédéric ou à la persévérance de Kaunitz, la comparaison des dangers et des avantages de la politique ainsi inaugurée , mérite l'examen tout autant que la recherche de ses auteurs responsables.

Le bénéfice que l'Autriche retirait du traité de Versailles et de l'alliance offensive qui en découlerait était tellement évident, qu'il n'est venu à la pensée de personne de blâmer Marie-Thérèse et son ministre, malgré le peu de succès de leur entreprise. En se liant avec la France, la cour de Vienne transformait d'ennemie en amie la puissance continentale la plus considérable de l'Europe; elle se débarrassait de toute préoccupation au sujet de ses possessions éloignées des Pays-Bas, et recouvrait sa liberté d'action contre le roi de Prusse en qui elle voyait, non seulement le conquérant de la Silésie , mais aussi le prétendant futur à la couronne impériale. Peu importait à Marie-Thérèse une perte de territoire en Flandre , perte qu'elle entendait bien réduire au strict nécessaire , si elle pouvait reprendre les provinces cédées et ruiner un rival détesté. La convention de neutralité et l'arrangement défensif du 1" mai n'étaient que les degrés inférieurs de l'échelle à gravir; mais le pas décisif que venait de faire le gouvernement de Louis XV ne serait que le premier de la voie dans la-

(1) D'Argenson, Mémoires, t. IX, p. 279,

quelle il serait entraîné. L'objectif visé dès les premières ouvertures, la rupture avec la Prusse, était acquis; le reste suivrait fatalement.

Autant l'intérêt de l'Autriche ressort avec la dernière clarté, autant celui delà France reste douteux, pour ne pas dire nul. Certes, il eût été puéril, au milieu du dixhuitième siècle, de maintenir comme dogme Fantagonisme permanent des maisons de Bourbon et de Habsbourg, de nier les avantages qu'il était possible de tirer, dans certaines conjonctures, d'une action commune avec la cour de Vienne; mais il faut se demander si les circonstances de l'année 1756 justifiaient un accord de ce genre.

Dans ses Mémoires , le principal négociateur du traité de Versailles , l'abbé, devenu cardinal de Bernis, reconnaît les effets désastreux qui résultèrent en fait, pour la France de son union avec l'Autriche et de sa participation à la ligue formée contre la Prusse ; mais il fait dériver ces conséquences, non des conventions de 1756, mais des arrangements de 1757 et 1758, qui réglèrent les conditions de coopération des deux puissances. Il est certain que, s'il y eut faute commise en signant l'acte de 1756, elle fut fort aggravée par les traités postérieurs; mais il est impossible d'admettre que les seconds ne furent pas le résultat logique du premier. La France ne pouvait pas rester sans alliés; aussi, la rupture avec la Prusse une fois accomplie, l'entente avec l'Autriche s'imposait en principe, sauf à régler les questions de concours et de compensation au mieux des intérêts des deux parties.

La question capitale du débat n'est donc pas celle des clauses plus ou moins avantageuses des pièces diplomatiques, mais celle de l'alliance autrichienne elle-même. La conduite du roi de Prusse obligeait-elle Louis XV à se jeter entre les bras de l'Autriche? En traitant avec l'Angleterre , Frédéric était-il devenu l'ami de cette puissance et Fennemi de la France? A ces interrogations nous n'hési-

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